‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 5)Chapitre 43 sur 158 · RESPONSE AU MEMOIRE DE DENYS DE MARQUEMONT · texte numérisé non relu

RESPONSE AU MEMOIRE DE DENYS DE MARQUEMONT

exprima qu’elle estoit de la mayson de la Congregation des Oblates d'Annecy, et ny le nom, ny la chose ne fut point treuvée estrange, signe manifeste qu’elle est de l’espece des Instituts qui sont suffisamment appreuvez quand ils sont erigez par les evesques, desquels les actions n'ont pas besoin d’approbation speciale, sinon és cas que le Saint-Siege s’est expressement

reservez.

Et l'exemple sus-allegué de cette province de Milan semble estre garant irreprochable de cette verité; comme encore qu'il ne soit point necessaire que cette Congregation soit en tout semblable à quelque autre d'Italie, puisque mesme en cette province-là on void que chaque evesque donne des Constitutions à celles qui sont en son diocese, dissemblables à celles des autres, et mesme de leur metropolitain et metropolitaine, tel qu'estoit S. Charles ; de sorte qu'il suffit de sçavoir que telles Congregations sont en usage en l’Eglise de Dieu entre les pasteurs les plus reformez et dignes d'imitation, et qu'elles peuvent estre establies sous differentes Constitutions, selon que les lieux, les occasions et les fins qu'on pretend le requierent. Estant au reste tres-certain que, non-seulement à Milan, mais en la province de Milan, telles Congregations ont eglise, messe, sacrement, chœur, bien que non pas toutes.

Exemple en soit les Guastales à Milan, où nos bons Peres Barnabites disent tres-souvent la messe, où l’institutrice comtesse Guastale a establi un confesseur et un clerc ordinaire pour dire la messe et administrer les Sacremens, ainsi qu'il appert par son testament imprimé, que l’evesque de Geneve a, et l'on peut bien comprendre que les Ursulines qui sont en Congregation ont eglise interieure, c'est-à-dire chœur pour elles, et exterieure

pour les messes, au diocese de Novare, puisqu’au Formulaire

de la reception, qui est imprimé parmi les autres escrits pastoraux de M® de Novare, il est dit tout à la fin que les filles receues seront ramenées en leurs maysons, ou bién en l’eglise interieure, si elles sont receues en Congregation.

Et quant à dire l'office ensemble, à la verité l'evesque de Geneve n’a pas encore certitude si cela se fait és eglises de Milan; mais ouy bien que la permission de le dire n’est point du genre des choses prohibées aux evesques, qui le permettent en Italie aux confreries des penitens ou disciplinans, sans reprehension de personne; et ces confreries, composées de gens maryez, imitent en cela les religieux et le clergé d’une bonne imitation.

Cela, comme l’on pense, avec ce qui a esté escrit au papier

cy-devant presenté à MF l'archevesque, peut suffire pour monstrer que l'erection de telles Congregations est tres-lovsible, d'autant plus que celle de la Tour des Mirouers de Rome est non-seulement tolerée, mais appreuvée expressement par le Saint-Siege, et grandement loüée comme une maniere de vivre saincte, tesmoin Navarre.

Mais que non-seulement elles soyent loysibles, ains aussi utiles au salut des ames et gloire de Dieu, il est advis qu’on n'en puisse pas doubter sans blasmer ces bons evesques d'Italie, qui avec beaucoup de soing les erigent, dressent et instruisent, laissant à part que la chose parle d’elle-mesme. Et S' Françoise, tousjours conduitte par son bon ange, pensa que la sienne seroit à l'honneur et plus grande gloire de Dieu. Et toutes presque les anciennes Congregations estoient de cette nature, les vœux solemnels des religieux et religieuses n’estant introduicts que depuis cinq cents ans en çà, ainsi que remarque doctement Hieronymus Platus, èn (16. De bono status religiosi. Eten ces Congregations-là vivoient et fleurissoient les grands saincts et grandes sainctes qui faysoient leurs vœux en grande celebrité, mais sans solemnité, ains que font encore à present les estudians des Jesuites, lesquels, s'ils sortent sans congé apres leurs vœux simples, sont votrement apostats, puisqu'ils sont tenus pour religieux : mais les maryages qu’ils contractent ne sont pourtant pas invalides, puisqu’en cela seulement consiste la solemnité du vœu de chasteté, laquelle n’a jamais esté en leur vœu.

En somme, les fruicts de cette Congregation sont appreuvez. Si donc elle est loysible, on ne peut doubter qu'elle ne soit tresutile, sans que pour cela on veuille l’esgaler en resputation, dignité et perfection aux Religions formelles ou Congregations des vœux solemnels; car en l'Eglise, il v a des rangs et methodes pour le service de Dieu, en grand nombre et en grande difference, tous bons, tous honnorables, mais plus les uns que les autres.

La fin particuliere de l’erection de la Congregation de la Visitation en la ville d'Annecy, fut laretraitte des filles infirmes de corps, ou pour l'imbecillité (4) de la complexion, ou pour l’aage, et des veufves encore aucunement attachées aux affaires de leurs enfans, ainsi qu'il est dit és Regles ; comme encore le refuge et retraitte des femmes qui demeurent au monde, quand elles desireroient prendre des resolutions et instructions pour mieux et plus sainctement vivre en leurs maysons et mesnages. Car, quant à la visite

(1) Faiblesse.

des malades, elle fut plutost adjoustée comme exercice conforme à la devotion de celles qui commencerent cette Congregation et à la qualité du lieu où elles estoient, que pour fin principale. Il est vray que cet exercice fut aymé, non-seulement parce que de soy-mesme 1l est pieux et grandement aggreable à Dieu, mais parce que celles qui le prattiquoient n’alloient jamais pour le faire sans revenir meilleures et plus consolées. Et comme telles Congregations peuvent estre exercées diversement, on treuva bonne et à propos cette charité, qui excitoit une odeur de grande suavité parmy ce peuple.

Or, maintenant, vu au cas qu’il faut resoudre, et considerant que le genre de vie prattiqué en cette Congregation pourra estre receu avec beaucoup d'utilité et de gloire de Dieu en divers endroicts du royaume de France, s’il estoit reduict au poinct auquel M5’ l’archevesque le desire, l’evesque de Geneve de tout son cœur, sans un seul brin de respugnance, acquiesce à l’establissement de cette Congregation en tiltre de simple Congregation, sous la condition d'une closture perpetuelle, toute telle qu’elle est marquée au Concile de Trente pour les religieuses formelles, et sous cette douce et benigne interpretation que comme à Rome et en Italie presque partout on estime une suffisante cause pour faire entrer les filles du monde és monasteres, quand elles ont besoin

et volonté d'y estre instruittes, on puisse aussi y faire entrer les femmes et filles qui auront besoin et volonté de s’y retirer pour un peu, affin de mettre ordre et restaurer leur conscience ; puisque cette necessité est grande, et les fruicts de ces entrées plus grands qu'il ne se peut dire, ainsi que l'experience l'a fait voir de deçà. Et quant à l'entrée des peres et enfans, s’il est treuvé bon de les gratifier, on croit que ce sera beaucoup de consolation pour eux, et sans apparence de peril, la chose estant bien conduitte, avec l'entrée des medecins et confesseurs.

Pour la retraitte des veufves qui seront encore obligées de sortir parfois, il suffira aussi qu’elles la fassent en habits seculiers et modestes, jusqu’à ce qu’elles soient du tout deslivrées des necessités de sortir.

Et pour satisfaire encore plus pleinement aux conceptions des hommes du monde, on pourroit, ce semble, obtenir aysement de la Cour de parlement, ou du Conseil du roy, que les renoncemens faits par les filles, à leur entrée, des pretentions temporelles, tiendroient, avec reserve de ce qui leur seroit accordé en leurs entrées qui demeurera acquis à la Congregation, sinon au cas d'expulsion, qu’il leur sera rendu ou à leurs parens pour

leur entretien , sans qu'elles puissent pretendre autre chose; car une telle desclaration seroit utile pour le temporel aux familles, et pour la descharge des maysons, et, par consequent, il y a lieu de croire qu'il seroit facile de l'obtenir.

Mais quant au nom de la Congregation, Monseigneur l’archevesque est supplié tres-humblement d'aggreer qu’en tous cas celuy de la Visitation demeure, puisque sous ce nom-là la Congregalion d'Annecy est receuë en l’estat de Savoye, et les patentes enterinées au Senat, et plusieurs contracts faicts, avec quantité d’autres escritures. Aussi ce titre de Visitation est fort authentique; et pourveu qu’on soit d'accord des choses, il semble que les noms sont de fort peu de consideration.

Pour la forme des vœux, il importera aussi fort peu ; et Monseigneur l’archevesque pourra la dresser à son gré, quoyque celle qui avoit esté dressée soit grandement conforme à celle des Congregations de la province de Milan, que Monseigneur l’archevesque pourra voir és livres qu'il a, si toutesfois la memoire de l’evesque de Geneve ne le trompe.

Mais en fin finale, parce que l’on void clairement que l'esprit de Monseigneur l’archevesque auroit une entiere et aggreable satisfaction que cette Congregation fust convertie en une Religion formelle, sous la Regle de S. Augustin, avec les mesmes Cons- Ututions qu’elle à maintenant, l’evesque de Geneve y acquiesce aussi fort librement et de grand cœur, non-seulement pour le respect, honneur et veneration qu'il doit à l'esprit majeur, mais aussi parce que, selon qu’il peut discerner des articles proposez, tout ainsi que Monseigneur de Paris a converti la simple Congregation des Ursulines en Religion formelle, sans changer la fin principale de la Congregation; de mesme en la transmutation de la Congregation de la Visitation en Religion formelle, on pourra exactement garder la fin d'icelle Congregation : ce qu'estant, iln’y a rien à dire que la Religion formelle ne soit plus desirable pour la resputation envers le monde, et pour la descharge particuliere de l'evesque de Geneve qui n'aura plus occasion de faire des apologies et esclaircissemens ROBE la Visitation.

Or, la fin de la Congregation seroit aysée à conserver dans la Religion, pourveu que cette fin soit aymée, aggreée et favorisée, autant qu'elle le merite, et qu’en ces quartiers des Gaules la necessité du bien des ames le requiert. Car, quand mesme il faudroit avoir approbation expresse du Saint-Siege, estant bien remonstré que les veufves, en ces pays de deçà, pour resoluës

qu'elles soient, ne peuvent demeurer en leurs maysons, sans de continuelles sollicitations au maryage, sans estre altaquées, courlisées, et exposées à mille incommoditez, à cause de la grande liberté qui regne entre les deux sexes, il n’est pas croyable qu'il ne soit treuvé bon qu'on les retire dans cette Congregation en leurs habits, et à la charge qu'y estant, elles se conforment aux Regles et usages d'icelle, observant la closture au plus pres qu’il se pourra.

Item que pour les mesmes considerations, on retire pour quelques jours les femmes qui voudront se recueillir en Dieu, pour establir leur vie en ce service au monde.

Mais surtout si on remarque la difference qu'il y à entre la France et l'Italie, et qu’en Italie les femmes et filles ont mille commoditez, és compaignies, Societez et Congregations, de prattiquer la devotion de plus qu'en France; car il semble qu'il n'y peut avoir aucune resplique à ces remonstrances, et que si l’on pourvoit aux jeunes filles de retraitte pour les faire instruire dans les monasteres, on doit aussi pourvoir aux veulves, filles infirmes, et aux femmes mesme maryées, de cette commodité pour leur establissement et advancement en la devotion, les autres plus rigoureuses Religions n'y servant pas convenablement, puisqu'elles de donnent que le mouvement d'admiration et d'estime, mais non pas celuy de prattique et d'imitation.

Où ne dit rien en cet endroict de l'expulsion des sœurs. parce que, puisqu'il s'agit de la Regle de S. Augustin, elle y est expressement marquée, et ne restera sinon de l’execution comme il est noté dans les Regles.

Pour ce qui regarde de corriger l’incivilité du langage en l’endroict où il est parlé, en sorte qu’il semble qu'on veuille faire la leçon aux evesques et traitter en Pape, il ne faut sinon corriger cet endroict-là et tous les autres ésquels on verra qu'il sera à propos.

Reste qu'il playse donc à M£ de Lyon de conclure toute cette

affaire, affin que sans plus de delay on puisse faire l’establissement en l’une des deux façons, d’autant que les Regles sont demandées de toutes parts, et la Congregation desirée en plusieurs endroicts, et mesme en ce pays de Savoie, à quoy il n’est pas expedient de respondre ny correspondre, que tout ne soit arresté; et aussi n’y a-t-il plus lieu de retarder, attendu que l’evesque de Geneve est en une parfaitte indifference pour aggreer avec suavité le choix qu'il playra à M‘ l’'archevesque de faire, et mesme à prins plus d’inclination pour celuy de Ja Religion, y V. 21

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