LIVRE III, CHAPITRE X
Lactance raconte que quelques chrestiens assistant à leurs maistres qui sacrifioient aux idoles, faysant le signe de la croix, chasserent leurs dieux, si qu'ils ne peurent figurer leurs divinations dans les entrailles de leurs victimes. Ce qu’entendant les devins, ils irritoient ces seigneurs, à la sollicitation des demons, contre la religion chrestienne, et les induisoient à faire mille outrages aux eglises : dont Lactance ayant conclu contre le paganisme pour la religion chrestienne, :l dit en cette sorte : « Mais les payens disent que ces dieux ne fuyent pas devant la ) croix par crainte; mais par hayne : oùy, comme si quelqu'un » pouvoit hayr, sinon celuy qui nuit, où peut nuire. Ainsi il » estoit seant à la majesté de ces dieux de punir et tourmenter » ceux qu’ils hayssoient plutost que de fuyr : mais d'autant qu'ils » ne peuvent s'approcher de ceux ésquels ils voyent la marque » celeste, ny nuire à ceux que l'estendart immortel contre- » garde comme un rempart inexpugnable, ils les faschent et » affligent par les hommes, et les persecutent par les mains » d’autruy. Ce qu’à la vérité s’ils confessent, nous avons gain » de cause. » C'est certes tres-bien dit à ce grand personnage.
Julien l’Apostat desirant sçavoir quel seroit le succez du dessein qu'il avoit de se rendre maistre absolu de l’empire, ayant rencontré certain sorcier et devin, entra avec luy en une profonde grotte, « Et en la descente oùyt des bruits horribles, » sentit de grandes puanteurs, et vit des fantosmes enflammez. » Dont tout effrayé il recourt à la croix et vieil remede, et se » signe. d'icelle : prenant pour son protecteur celuy duquel il » estoit persecuteur. Chose admirable! ce signe eut vertu, les » diables sont surmontez, et les frayeurs cessent. Qu’advint-il » de plus? Le mal reprend haleine, il poursuit outre, il est » animé à son entreprise, et les frayeurs le pressent de plus » fort. Il recourt d'autre fois au signe de la croix, et les diables » sont domptez. Julien apprentif en ce mestier demeure tout » esbahy de voir les diables vaincus par la croix : le maistre sorcier le tance, et contournant le fait à son advantage, luy » dit : Ne pensez pas, je vous prie, qu'ils ayent eu peur, ils ont
» pris en abomination ce signe, non pas qu'ils en ayent esté » espouvantez, le pire l'emporte : il dit cecy, et le persuada. » Abominationt illis fuimus, non timori, vincit quod pejus est : hæc dixit simul, et persuasit. Ce sont parolles de S. Gregoire Nazianzene, qui recite l’histoire de Theodoret, et l’histoire Tripartite.
Sainct Gregoire-le-Grand raconte qu’un Juif se treuvant une
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nuict en un temple d'Appollon, où plusieurs diables estoient assemblez, comme tenant conseil, s’estant signé de la croix, il ne peust jamais estre offensé par iceux : d’autant, disoient-ils, que c'est un vaisseau vuide, mais il est marqué. C’est assez pour mon entreprise. Mais oyons ce que le traitteur dira à cecy; car il parlera, à quelque prix que ce soit.
1° Il respond donc à ce dernier exemple « Que qui voudroit » en un mot s'en developper, diroit que tels dialogues sont » remplis de recits frivoles. » De fol juge briefve sentence. S. Gregoire-le-Grand, ancien et venerable Pere, fait ce recit. Le traitteur, qui, au plus, ne peut estre que quelque vain ministre, l’accuse de niayserie et mensonge. À qui croirons-nous? Grand cas, si tout ce qui ne revient pas au goust de ces novateurs doit estre retenu pour fable! Mais que peut-il cotter d’absurde en ce recit, pour le rejetter, partant d’un si bon lieu, comme est le tesmoignage de S. Gregoire? Sera-ce que les diables tiennent des assemblées et conseils? mais l'Escriture y est expresse (1. Paral. 18; 1. Reg. 22); et Jean Cassian raconte un pareil exemple. Sera-ce que le signe de la croix empesche les efforts du diable? mais tous les anciens et plus purs chrestiens l'ont creu et enseigné, et mille experiences en font foy. Qui a donc peu inciter ce traitteur à faire ce jugement contre S. Gregoire, sinon la rage dont il est animé pour soustenir ses opinions?
2° Mais ayant ainsi respondu à S. Gregoire en particulier, 1l baille des responses generales pour rabattre la pointe de tous ces miracles alleguez, et de plusieurs autres.
1° « Dieu à permis souvent que des choses se fissent, les- » quelles il n'appreuvoit pas, comme infinis effects, advenus » autrefois autour des oracles, le tesmoignent; et quand cela » advient, dit Moyse au treiziesme du Deuteronome, par- » lant des effects prodigieux des faux-prophetes, Dieu veut » espreuver si on le craint, et si on l’ayme tout seul : car il ne » suffit pas de dire que quelque chose soit advenué; il faut » savoir si Dieu en est l’autheur, si c'est chose qui tende au » salut des hommes et à la gloire de Dieu. »
2° « Il s’est peu fayre que pour en graver au cœur des hommes » une plus profonde pensée de la mort et passion de Nostre-Sei- » gneur Jesus-Christ, sur les commencemens de la predication » evangelique, Dieu quelquesfois a voulu qu'il se soit fait des » choses extraordinaires. Et pourtant si alors il a pleu à Dieu » monstrer quelquesfois sa debonnayreté aux siens, ille faut re- » cognoistre pour le remercier de son support. Mais s’il a vou-