LIVRE III, CHAPITRE X
» lu que ceux qui estoient jà (1) peu voyans, vissent encore » moins, où que mesme ils devinssent aveugles, recognoissons » ses jugemens, et retenons pure sa verité. »
3° « Que si ces effects sont faits par la force de Jesus-Christ, » ç’a esté moyennant l’invocation du nom d'iceluy, et non par un » signe; que si Ç’a esté par mauvais moyen, un charme aura esté » chassé par un contre-charme, Dieu donnant efficace d'erreur à » Satan pour decevoir les hommes; lequel Satan se voyant de- » chassé de son fort par Jesus-Christ, a basty un autre fort con- » tre le mesme Jesus (Luc. 11), et employant à tel effect la sim- » plicité des chrestiens, et en fuyant devant la croix, il à fait » comme ceux qui reculent, pour plus advancer. »
4° Et parlant de l'exemple de Julien l’Apostat, il dit : « Que » l'exemple d’un tel miserable ne doit estre avancé, pour establyr » une doctrine en l'Eglise; car tel exemple n’est pas loüable : » tellement qu'on peut bien faire cette conclusion : Puisque Ju- » lien l’Apostat, et semblables autres, ont fait ce signe, et en ont » esté, comme on dit secourus, il est apparent que cela ne pro- » cede de Dieu : ains il est venu de Satan, qui l’a de plus en » plus voulu troubler et enlacer par le juste jugement de Dieu; » car ce cas, advenu extraordinairement, a servy pourtant pour » confondre cet abominable, tant en sa conscience que devant » les hommes, et devant Dieu. » Voilà en somme les responses du traitteur.
On leur oppose : 4° Leur contrarieté, incertitude et doubte; il ne sçayt à qui bailler l'honneur de ces evenemens : « Si c’est » par la force de Jesus-Christ, si c’est par mauvais moyen, il s’est » peu faire pour en graver une plus profonde pensée de la mort » et passion de Jesus-Christ..…... Que si ç'a esté Dieu, donnant effi- » cace d'erreur à Satan pour decevoir les hommes...., » quels embarrassemens? Monstre-t-il pas, avec ses irresolutions, qu'il est bien empesché, et qu'il va sondant le guay, pour essayer s’il pourra treuver quelque response?
2° Je leur oppose toute l'antiquité, laquelle, avec un consentement nompareil, enseigne que ces merveilles advenuës sont de la main de Dieu. Ces grands Peres que nous avons citez, eten si grand nombre, nous inviteroient-ils bien à faire le signe de la croix, s'ils doubtoient que le diable en fust l’autheur? Et qui doubtera que Jesus-Christ en soit l’autheur, s’il considere, comme Lactance deduit, combien cela tend à l'honneur de Dieu, que le simple signe de sa passion chasse ses ennemvs?
(1) Déjà.