‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 126 sur 355 · LIVRE IV, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IX

honneur, en tant que l’une et l'autre se rapportent à Jesus- Christ : mais elles le meritent bien differemment, en tant que la vraye croix appartient plus excellemment à Jesus-Christ, que ne fait pas l’image de la croix; car la vraye croix luy appartient comme relique, instrument de la redemption, autel de son sacrifice, et son image encore; mais l'image de la croix ne luy appartient que comme remembrance (1) de sa passion. La difference de leur adoration ne se prend pas du subjet auquel elles appartiennent, mais de la façon en laquelle elles luy appartiennent : elles appartiennent à un mesme subjet; mais non pas en mesme facon, ains diversement : c'est ce qui en diversifie et rend differentes les venerations.

Mais comme nommerons-nous ces adorations relatives, selon leurs differences?

1° Pour vray il ne les faut jamais appeller adorations simplement, et sans bonnes limitations; car, si le mot d'adoration penche plus à signifier l'honneur deu à Dieu seul que le subalterne, et que partant il ne doit pas estre employé à signifier le subalterne, sinon qu'il soit borné par quelque addition, combien moins le faut-il mettre en usage, pour signifier les adorations relatives et imparfaictes, sinon qu'on ayt limité la course de sa signification à la mesure de l'honneur qu’on veut nommer.

2° 1] ne suffit pas d’appeller une de ces adorations, adoration relative ou imparfaicte; car par ces parolles on ne mettroit aucune difference entr'elles. Toutes ont part à ce nom d’adoration relative, comme à leur genre : cette estoffe leur est commune. Elles sont toutes de cette espece d'honneur qu'on appelle adoration et toutes de cette espece d'adoration qu'on appelle relative. I] faut donc accourcir encore ces deux noms par quelque addition : mais où preudra-t-on cette addition? Il la faut chercher en la qualité de l’excellence à laquelle vise l’adoration. Si elle vise à l'excellence divine, il la faut appeller adoration relative, de latrie; car l'honneur qui a pour son subjet la divinité est appellé latrie. Si elle vise à l'excellence surnaturelle creée, on l'appelle adoration relative, due, où hyperdulie, selon le plus et le moins de l'excellence; car ainsi appelle-t-on l'honneur deu aux excellences surnaturelles. Si l'adoration vise à une excellence purement humaine, elle se nommera adoration relative, humaine, ou civile.

3° Qui voudra encore plus particulariser ces adorations , selon le divers rang de rapport et appartenance que la chose qu'il en veut honorer tient à l'endroict de l’excellence à laquelle il vise,

(1) Représentalion.

il le pourra faire aysement, disant par exemple : J’honore telle chose d’adoration de latrie respective, comme reliques, ou images, ou memorial, ou instrument de Jesus-Christ. Ainsi fautil parler des reliques, images, ou instrumens des saincts, laissant chaque chose en son grade; car, à la verité, les reliques, comme les cloux, la vrâye croix, le sainct suaire, meritent plus d'honneur relatif de latrie, que ne font les images ou simples croix de Nostre-Seigneur, d'autant qu’elles appartiennent à Nostre- Seigneur, par une relation plus vive et estroite que les simples remembrances.

Au reste, personne ne doit treuver estrange que ces menus. honneurs, imparfaicts et relatifs, portent les noms des honneurs absolus et parfaicts, de latrie, hyperdulie et dulie; car comme pourroit-on mieux nommer les feüilles que du nom de l'arbre qui les produit, et duquel elles despendent? Les choses que nous honorons d'honneur relatif sont appartenances et dependances des excellences absoluës : les honneurs que nous leur faysons sont aussi des appartenances et dependances des honneurs absolus que nous portons aux excellences absoluës. La croix est une appartenance de Jesus-Christ ; l'honneur de la croix est une appartenance de l'honneur de Jesus-Christ. L'honneur de Jesus- Christ s'appelle justement latrie; l'honneur de la croix est us de latrie : c’est une feüille de ce grand arbre, c’est une plume de cet aigle qui vise droict au soleil de la Divinité.

Pourquoy appelle-t-on l'image de S. Claude, $. Claude, et le corps mort d’iceluy encore, sinon pour la relation et rapport que l'une et l’autre appartenance ont à ce sainct vivant? De mesme peut-on appeller l'honneur deu au corps et image de ce sainct, du nom de l'honneur deu au sainct mesme; car autant de pro- : portion que l’image ou le corps d’un sainct homme a à la personne du sainct propre, autant en a l'honneur deu au corps et à l'image d’un sainct, avec l'honneur qui est deu à la personne d'iceluy. L'homme en peinture est homme, un homme mort est homme; mais non pas simplement homme, ains homme par proportion, representation et relation. De mesme l'honneur deu à l’image et au corps de cet homme, s'il est simplement homme, sera humain, non absolument, mais proportionné et relatif : s’il est homme sainct, l'honneur sera de dulie, mais respective et relative. Si c'est l'image de Jesus-Christ, l'honneur sera de larrie, mais respective. Si on me demande quel amour me fait caresser le laquais de mon frere, voire son chien, je ne sçaurois nier que ce, ne soit l'amour fraternel, et que ces affections et beneficences (1)

(1) Caresses.

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