‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 127 sur 355 · LIVRE IV, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IX

ne soient fraternelles, non que j'estime le laquais, ny le chien de mon frere, mais parce qu'ils appartiennent à mon frere : aussi la propension où inclination que j'ay à leur bien n’est pas simplement fraternelle, et de mesme estoffe que celle que j’ay à l’endroict de mon frere; mais elle y a son rapport et relation, dont elle peut estre dite fraternelle relative. Ces honneurs relatifs et imparfaicts procedent des honneurs absolus et parfaicts ; et non-seulement en procedent, mais s’y rapportent et reduisent : ce n’est pas merveille s'ils empruntent le nom du lieu de leur naissance et de leur finale retraitte.

Enfin, jamais il ne faut dire qu'on adore, de l’adoration de latrie simplement, autre que Dieu tout-puissant. Le docte Bellarmin le preuve suffisamment, et quand il ne produiroit que le Concile septiesme general, qui determine clairement qu'il faut honorer les images, mais non pas de /atrie, cela doit suffire; car ce qui se dit à ce propos des images appartient à toutes autres appartenances exterieures de Dieu. Et certes, puisque l'honneur de latrie est le souverain, il n’est deu aussi qu'à la souveraine excellence qui est Dieu.

J'ay dit l’adoration de latrie simplement, d'autant que si on parle d’une latrie imparfaicte et relative, avec semblables moderations et extenuations, on la doit attribuer à la croix, et autres appartenances de Jesus-Christ; autremènt non, en façon que ce soit : la raison est, parce que, selon la regle des logiciens, le mot qui signifie deux, ou plusieurs choses, l’une principalement et directement, l’autre par similitude et proportion, estant mis à part seul, et sans limitation, 1l signifie tousjours la chose principalement signifiée : Analogum perse sumptum stat pro famosiort significato. Si on dit homme, cela s’entend d’un homme vray et naturel, non d’un homme mort, ou peint; si on dit latrie, c’est la vraye latrie, et non la latrie imparfaicte et relative. Que si j'ay tousjours dit qu'il ne falloit pas mesme dire simplement qu'on adoroit les creatures, sinon qu'on y employast des circonstances qui restreignissent la signification du mot adorer, d'autant qu'il penche plus à l'honneur de Dieu qu'à celuy des ereatures; combien plus ay-je raison de dire qu'il ne faut jamais mettre en usage le mot seul de /atrie, pour aucun honneur que pour celuy de Dieu seul, puisque ce mot de /atrie a esté particulierement choisy et destiné à cette seule signification, et ne peut desormais avoir autre usage, sinon par proportion et extension ? Pour vray, le mot eguzvoque se prend tousjours en sa principale signification, quand il est mis seul et sans limitation, et non

jamais pour les significations accidentaires et moins principales En voilà bien assez, ce me semble, pour les bons entendeurs. ? ?

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