‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 128 sur 355 · RESOLUTION NECESSAIRE D'UNE DIFFICULTÉ · texte numérisé non relu

RESOLUTION NECESSAIRE D'UNE DIFFICULTÉ

IL vaut mieux loger icy ce mot que de l'oublier; car il est necessaire. 91 l’adoration relative des appartenances de Jesus- Christ s'appelle latrie imparfaicte, parce qu’elle se rapporte à la vraye et parfaicte latrie deuë à Jesus-Christ, et de mesme l’adoration respective qu'on porte aux appartenances de Nostre-Dame s'appelle kyperdulie, d'autant qu’elle vise à la parfaicte kyperdulre , deuë à cette celeste Dame, ou l’adoration respective qu'on porte aux appartenances des Saincts s’appelle dulie relative, d'autant qu'elle se reduit à la parfaicte dulie deuë à ces glorieux Peres : pourquoy n'appellera-t-on adoration de latrie l'honneur qu'on fait à la Vierge Mere de Dieu et aux Saincts, puisque l'honneur de la mere et des serviteurs redonde tout, et se rapporte entierement à l'honneur et gloire du Fils et Seigneur Jesus- Christ, nostre souverain Dieu et Redempteur? Tout honneur se rapporte à Dieu, comme il a esté clairement deduit en l'avantpropos : donc tout honneur est et se doit appeller adoration relative de latrie.

Cette difficulté merite response. Je la prendray du grand docteur S. Bonaventure. Les honneurs subalternes se rapportent à Dieu en deux façons, ou comme à leur premier principe et der- : niere fin, ou comme à leur objet et subjet. Or l'honneur subalterne, quoy que absolu et propre, se rapporte à Dieu comme à son principe premier et fin derniere et non comme à son objet. Mais l'honneur relatif se rapporte à Dieu comme à son objet et subjet, dont il est nommé honneur de latrie. Il est neantmoins imparfaict et relatif, d'autant qu'il n’a pas Dieu pour son objet, en tant que Dieu se considere en soy-mesme, ou en sa propre nature; mais seulement en tant qu'il est representé ou recognu en ses appartenances et dependances , par la relation et rapport qu’elles ont à sa divine Majesté. La reverence que S. Jean portoit aux souliers de Nostre-Seigneur, s’estimant indigne de les porter, estoit une saincte affection de latrie; mais de latrie relative, par laquelle il adoroit son Maistre, non en sa propre personne, mais en cette basse et abjecte appartenance.

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