LIVRE IV, CHAPITRE XI
de l’adoration faite au Fils de Dieu, elle porte le nom et appellation de son principal , ressentant aussi de sa nature.
A cette façon d’adorer et considerer la croix se rapportent presque toutes les plus solemnelles parolles, loüanges et ceremomies qui se prattiquent en l'Eglise catholique, à l’endroict de la croix; mais entre autres, tout le sainct et devot hymne composé par le bon Theodulphe, ancien evesque d’Orleans. Voyonsle en toutes ses parties, latin et françois :
Vexilla regis prodeunt, Fulget crucis mysterium, Quo carne carnis conditor Suspensus est patibulo.
Quo vulneratus insuper Mucrone diro lancez , Ut nos lavaret crimine, Manavit unda et sanguine.
Impleta sunt quæ concinit David fideli carmine, Dicens : In nationibus Regnavit à ligno Deus.
Arbor decora et fulgida, Ornata regis purpura :
Electa digno stipite ,
Tam sancta membra tangere.
Beata, cujus brachiis Secli pependit pretium , Stlalera facta corporis, Prædamque tulit Tartart.
O Crux! ave, Spes unica, Hoc Passionis tempore, Auge piis justiliam , Reisque dona veniam.
Te summa Deus Trinitas, Colluudet omnis Spiritus , Quos per Crucis mysterium Salvas, rege per sæcula. Amen.
L’estendart vient du Roy des roys, Le mystere luict de la croix, Où pend en chair, saincte, sacrée, Celui qui toute chair a creée.
Où de plus est ïà mort blessé Le flanc par la lance percé Pour nous rendre nets de soüilleure, Le sang sort et l'eau toute à l'heure.
Ores (1) on voit verifié Ce que David avoit crié :
Que Dieu par le bois qui le serre Regneroit un jour sur la terre.
Arbre beau, tout resplendissant De la pourpre du Roy puissant, Arbre sur tous autres insigne,
Par l’attoucher de chair si digne.
Heureux qui tient és bras pendu Le prix du monde tout perdu, Le corps decà tout en balance, Delà l'enfer et sa puissance.
Je te saluë, Ô saincte croix, Nostre espoir seul en ces destroits; Donne aux bons accroist de justice, Pardonne aux pecheurs leur malice.
Dieu seul grand, haute Trinité, Tout esprit louë ta bonté ; Si la croix sauve les coupables, Rends-nous de perdus perdurables.
Qui ne void qu'en toutes ces parolles on considere la croix comme un arbre auquel est pendant le precieux fruict de vie, createur du monde, comme un throsne sur lequel est assis le Roy des roys? C’est de mesme quand l'Eglise chante ce que le petit traitteur nous reproche : O croix qui dois estre adorée; Ô croix qui dois estre regardée, aymable aux hommes, plus saincte que tous, qui seule as merité de porter le talent du monde, doux bois, doux cloux portant le doux faix. C’est la version du traitteur, qui n'est pas certes trop exacte; le latin est plus beau : O crux adoranda, à crux speciosa, hominibus amabilis, sanclior universis, quæ sola digna fuisti portare talentum mundi, dulce lignum, dulces clavos, dulcia ferens pondera ; et ailleurs : Crux fidelis inter omnes, arbor una nobilis, nulla silva talem profert fronde, flore, germine, dulce lignum, dulces clavos, dulce pondus sustinet; qui est une piece de l'hymne composé par le bon Pere Fortunatus, evesque de Poictiers. Toutes ces pa-
4) Par là. ;