LIVRE IV, CHAPITRE XII
rolles visent à la croix cloüée et joincte à son crucifix, telle qu'elle estoit au tems de sa passion.
Mais pourquoy la saluë-t-on, pourquoy luy parle-t-on, comme on feroit au Crucifix mesme? Certes, c’est parce que les mots vont à la croix; mais l'intention est dressée au Crucifix : on parle du Crucifix sous le nom de la croix. Ne disons-nous pas ordinairement : Il appella cinquante cuirasses, cinquante lances, cent mousquets, cent chevaux? n’appellons-nous pas l'enseigne d’une compagnie celuy qui porte l'enseigne? Si, parlant des chevaux, nous entendons les chevaliers, si par les mousquets, lances, cuirasses, nous entendons ceux qui portent les mousquets, lances et cuirasses, pourquoy par la croix n’entendrons-nous bien le Crucifix? Ne parlons-nous pas souvent du roy de France, et du duc de Savoye, sous les noms de fleur de lys, et croix blanche, parce que ce sont les armes de ces souverains princes? pourquoy ne parlerons-nous du Sauveur sous le nom de la Croix, qui est sa vraye enseigne? C'est donc en ce sens qu'on s’addresse à la croix, qu'on la saluë et invoque : comme aussi nous addressons au siege, et y appellons, pour dire qu'on appelle à celuy qui sied au siege. Mais 1l faut joindre à cecy ce que j'ay dit au second livre, chapitres 1x et x.