LIVRE 1, CHAPITRE IX
» que, par la veuë interieure, elle voye en ce petit peu toute la » vertu de la croix, pendant que vous pensez voir ce bois-là, » auquel le Seigneur de Majesté estant clouë, fut pendu, tout » le monde tremblant, et vous resjouyssez avec crainte. » Et plus bas, parlant de l’Invention de la Croix, il dit « Que les » Juifs l’eussent abolie, s'ils l'eussent treuvée , et n’eussent peu » souffrir (ce sont ses parolles) qu’en la Croix, demeurant en » estre, la passion de celuy-là fust honorée, duquel ils ne peu- » vent supporter que la Resurrection soit reverée, laquelle a » esté preuvée par le sepulchre vuide, les sceaux en estant le- » VeZ. »
Mais, s’il m'est permis de parler par experience, quelle devotion vid-on s’allumer parmy les deux confreries d’Annessy et de Chambery , lorsqu'estant allées en procession à Aix, elles eurent ce bien d'y voir la saincte piece du bois de la croix, laquelle y est conservée? personne ne se peust tenir de pleurer et souspirer vers le ciel, à la veuë de ce precieux gage. Combien de sainctes resolutions de mieux vivre à l’advenir, et de saincts deplaysirs et regrets de la vie passée prit-on à cette occasion? Certes, la simple veuë d'un bois n’eust pas eu ce credit, si par-là la toutepuissante passion du Sauveur n’eust esté vivement representée. Saincte et admirable vertu de la Croix pour laquelle elle merite d'autant plus estre honorée!