‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 224 sur 355 · DE LA BIENSEANCE DES HABITS · texte numérisé non relu

DE LA BIENSEANCE DES HABITS

SAINT Paul veut que les femmes devotes (il en faut autant dire des hommes) soient revestues d’habits bien-seants, se parant avec pudicité et sobrieté. Or, la bien-seance des habits et autres ornemens depend de la matiere, de la forme, et de la netteté. Quant à la netteté, elle doit presque tousjours estre esgale en nos habits, sur lesquels, tant qu’il est possible, nous ne devons laisser aucune sorte de soüilleure et vilainie. La netteté exterieure represente en quelque façon l’honnesteté interieure. Dieu mesme requiert l'honnesteté corporelle en ceux qui s’approchent de ses autels, et qui ont la charge principale de la devotion.

Quant à la matière et à la forme des habits, la bien-seance se considere par plusieurs circonstances, du tems, de l’aage, des qualitez, des compaignies, des occasions. On se pare ordinairement mieux és jours de feste selon la grandeur du jour qui se celebre; en tems de penitence, comme en caresme, on se demet bien fort; aux nopces, on porte les robbes nuptiales, et aux assemblées funebres les robbes de deuil; aupres des princes on rehausse l’estat, lequel on doit abbaisser entre les domestiques. La femme mariée se peut et doit orner aupres desson mary, quand il le desire; si elle en fait de mesme en estant esloignée, on demandera quels yeux elle veut favoriser avec ce soin particulier. On permet plus d’affiquets aux filles, parce qu’elles peuvent loysiblement desirer d’aggreer à plusieurs, quoy que ce ne soit qu’affin d’en gaigner un par un sainct mariage. On ne treuve pas non plus mauvais que les veufves à marier se parent aucunement, pourveu qu'elles ne fassent point paroistre de folastrerie, d'autant qu'avant desjà esté meres de famille, et passé par les regrets du veufvage, on tient leur esprit pour meur etattrempé. Mais quant aux vrayes veufves, qui le sont, non-seulement de corps, mais aussi de cœur, nul ornement ne leur est convenable, sinon l'humilité, la modestie

(1) Rendre vigueur.

et la devotion : car, si elles veullent donner de l'amour aux hommes, elles ne sont pas vrayes veufves; et si elles n’en veullent pas donner, pourquoy en portent-elles les outils? Qui ne veut recevoir les hostes, il faut qu’il oste l’enseigne de son logis. On se mocque tousjours des vieilles gens quand ils veullent faire les jolis : c’est une folie qui n’est supportable qu’à la jeunesse.

Soyez propre, Philotée; qu'il n’y aytrien sur vous de traisnant et mal ageancé. C’est un mespris de ceux avec lesquels on converse, d'aller entre eux en habit desaggreable; mais gardez-vous bien des affeteries, vanitez, curiositez, et folastreries. Tenezvous tousjours, tant qu'il vous sera possible, du costé de la simplicité et modestie, qui est sans doute le plus grand ornement de la beauté, et la meilleure excuse pour la laydeur. S. Pierre advertit principalement les jeunes femmes de ne porter point leurs cheveux tant crespez, frisez, annellez, et serpentez. Les hommes qui sont si lasches que de s’amuser à ces muguetteries, sont partout descriez comme hermaphrodites. Et les femmes vaines sont tenuës pour imbecilles (1) en chasteté; au moins, si elles en ont, elle n’est pas visible parmy tant de fatras et bagatelles. On dit qu'on n’y pense pas mal; mais je replique comme j’ay fait ailleurs, que le diable y en pense tousjours. Pour moy, je voudrois que mon devot et ma devote fussent tousjours les mieux habillez de la troupe, mais les moins pompeux et affetez, et comme il est dit au Proverbe, qu’ils fussent parez de grace, bienseance, et dignité. S. Louys dit, en un mot, que l’on se doit-vestir selon son estat, en sorte que les sages et bons ne puissent dire : Vous en faites ‘trop: ny les jeunes gens : Vous en faites trop peu. Mais en cas que les jeunes ne se veuillent pas contenter de la bien-seance , il se faut arrester à l'advis des sages.

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