‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 301 sur 355 · ADVERTISSEMENS SUR LA MEDITATION · texte numérisé non relu

ADVERTISSEMENS SUR LA MEDITATION

serez de la meditation que vous aviez preparée, à la meditation de vostre propre misere, de laquelle vous tirerez des affections d'humilité, de confiance, et telles semblables qui vous seront tres-utiles.

Le second remede sera de prendre un livre en main, et de le lire avec attention jusqu’à ce que vostre esprit soit resveillé.

Le troisiesme, c’est de picquer vostre esprit par quelque contenance de devotion, comme se prosterner en terre, estendant les bras en croix, tenant les mains joinctes et eslevées au ciel.

Que si apres tout cela vous demeurez encore en seicheresse et sans consolation, et mesme en telle sorte que vous ne puissiez proferer aucune parolle, ny interieurement ny exterieurement; ne laissez pas pour cela de vous contenir en une contenance devote, sans vous inquieter ny troubler, vous ressouvenant qu'il y a deux fins principales pour lesquelles on se met en la presence de Dieu et en orayson : l’une est pour exciter son affection en l'amour de Dieu, et lorsque nostre affection n’y est point vivement excitée, nous disons que nostre ame est en seicheresse ; l’autre est de rendre hommage à Dieu, protestant qu’il est nostre souverain Createur et Seigneur; et cette fin est extremement noble, parce qu'il y a moins de nostre interest.

Que si, venant à l’orayson, nous de pouvons pas faire le premier, il faut se contenter du second, qui est tousjours beaucoup, encore que nous ne puissions parler à Dieu, et qu'il semble qu'il ne nous parle point. Combien y a-t-il de courtisans qui vont cent fois l’année en la chambre du roy et en sa presence, non pour luy parler ny pour l’oüyr, mais simplement pour estre veus de luy, et tesmoigner, par cette assiduité, qu’ils sont ses serviteurs? Ainsi devons-nous venir en l’orayson comme à la chambre du roy, pour luy parler et l’oüyr en ses inspirations et mouvemens intérieurs; ce qui arrivant, ce nous est un playsir tresdelicieux. Mais si, ne pouvant luy parler ny l’oüyr, nous demeurons là en devotieuse contenance, 1l aggreera nostre patience et favorisera nostre assiduité, et sans doute (1) qu'une autre fois il nous prendra par la main, s’entretiendra avec nous, et nous fera voir toutes les allées du sainct jardin de l’orayson. Mais quand il nede feroit jamais, contentons-nous que ce nous est un honneur trop plus grand d’estre aupres de luy et à sa vue.

(1) Certainement.

VIT. Sur les distractions.

Quand vous serez distraitte, ce vous sera un grand souslagement de vous imaginer la devotion et ferveur des anges et des saincts, à l’orayson desquels vous joindrez la vostre, quoyque indigne. Il sera bon mesmement de vous imaginer que vous estes en la compaignie de plusieurs personnes devotes avec qui vous voulez faire orayson; et mesme, si vous en cognoissez, vous pourrez vous les imaginer en l’acte de ferveur et de priere.

Tous les remedes contre la seicheresse sont bons contre les distractions. Au demeurant, quoy qu'il arrive, il ne faut jamais se laisser surprendre de la tristesse et inquietude ; mais, soit que nostre orayson ayt esté douce et savoureuse, ou qu'elle ayt esté seiche et sans goust, il faut s’en retirer tousjours en paix, avec intention de servir Dieu tousjours fidellement tout le reste de la journée.

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