ORDINAIRE
$ I. — Des advantages de la frequente confession.
SOUVENEZ-VOUS que Nostre-Seigneur a laissé à son Eglise le sacrement de Penitence et de confession pour nous laver de nos iniquitez, toutesfois et quantes que nous en serons souillez.
Ne permettez jamais que vostre cœur demeure longtems infecté du peché, puisque vous avez un remede si present et facile.
L’ame qui à consenti au peché doit avoir horreur de soymesme, et se nettoyer au plustost, pour le respect qu’elle doit porter aux yeux de la divine Majesté qui la regarde.
Confessez-vous humblement et devotement tous les huict jours, et tousjours, s'il se peut, quand vous communierez, encore que vous ne sentiez point en vostre -conscience aucun reproche de peché mortel.
Par la confession vous recevrez non-seulement l'absolution des pechez veniels que vous confesserez, mais aussi une grande force pour les esviter à l’advenir, une grande lumiere pour les bien discerner, et une grace abondante pour effacer toute la perte qu’ils vous auroient apportée : vous prattiquerez la vertu d’humilité, d’obeyssance, de simplicité et de charité, et en cette seule action vous exercerez plus de vertus qu’en aucune autre.
$ IT. — De la necessité de la contrition.
Ayez tousjours un vray desplaysir des pechez que vous confesserez, pour petits qu’ils soient, avec une ferme resolution de vous en corriger à l’advenir.
Ne faites pas comme ceux qui, se confessant par coustume des pechez veniels, et comme par maniere d’agencement, sans penser à s’en amender, en demeurent toute leur vie chargez, et par ce moyen perdent beaucoup de bien et profit spirituel.
Si vous vous confessez, par exemple, d'avoir menti, quoyque
(4) Extrait de l’Introduction, 2° Parlie, chap. 19.
sans nuysance ; ou d’avoir dit quelque parolle desreglée, ou d’avoir trop joué, repentez-vous-en, et ayez un ferme propos de vous en amender.
C'est un abus de se confesser de quelque peché que ce soit, mortel ou veniel, sans vouloir s'en purger, puisque la confession n’est instituée que pour cela.
$ III. — De la maniere de se bien accuser et declarer en confession.
Ne faites pas ces accusations superflues, que plusieurs font par routine : Je n'ay pas tant aymé Dieu que je devois; Je n’ay pas prié avec tant de devotion que je devois ; Je n’ay pas chery le prochain comme je devois et reçu les sacremens comme je devais; et semblables circonstances generales, ce qui ne fait ni froid ni chaud en la confession, ce qui ne fait pas cognoistre l’estat de la conscience au confesseur. Tous les saincts du paradis et tous les hommes de la terre en pourroient dire autant, s'ils se confessoient.
Voyez donc quel subjet particulier vous avez de faire ces accusations , et l'ayant descouvert, accusez-vous-en tout simplement et naïfvement.
Dites, par exemple : Ayant veu un pauvre necessiteux, je ne l’'ay pas secouru comme je pouvois, par negligence ou par dureté de cœur, ou par mespris, selon la qualité et l’occasion de cette faute.
De mesme de la priere, dites : J’ay eu des distractions volontaires ; ou : J’ay negligé de prendre le lieu, le tems et la contenance requise pour avoir attention en la priere.
Ne vous contentez pas de dire vos pechez veniels quant au fait, mais accusez-vous du motif qui vous a induict à les commettre.
Par exemple, touchant le mensonge, dites : J'ay fait un mensonge par vanité, affin de me louer et excuser, ou par opiniastreté ou vaine joie.
Touchant le jeu, dites : J’ay joué pour le desir du gain, ou pour le playsir de la conversation , et semblables.
Dites aussi la longueur et la durée du tems, qui accroist d’ordinaire de beaucoup le peché, y ayant grande difference entre une vanité passagere d'un quart d'heure, qui vous aura passé par l'esprit, et celle où vostre cœur aura trempé un jour, deux jours, ou une semaine entiere.
Quoyqu'on ne soit point obligé d’estre si pontilleux en la declaration des pechez veniels, ny mesme teñu absolument de
512 OPSUCULES SPIRITUELS.
les confesser, si est-ce que ceux qui veulent bien epurer leurs ames pour mieux atteindre à la saincte devotion, doivent estre soigneux de bien faire cognoistre au medecin spirituel le mal, pour petit qu'il soit, dont ils veullent estre guerys.
N’espargnez point de dire ce qui est requis pour bien faire entendre la qualité de vostre offense, comme le subjet que vous avez eu de vous mettre en cholere, ou de supporter quelqu'un en son vice.
Par exemple, un homme lequel me desplaist, me dira quelque parolle legere pour rire, je la prendray de mauvaise part, et me mettray en cholere; que, si un autre qui m'eust esté aggreable en eust dit une plus aspres, je l’eusse prinse en bonne part : je n’espargneray donc point de m'expliquer ainsi :
Je me suis relasché à des parolles de courroux contre une personne, ayant prins d'elle en mauvaise part quelque chose qu'elle m'a dit, non tant pour la qualité des parolles, mais pour ce que cette personne m'estoit desaggreable.
S'il est besoin mesme de particulariser les parolles pour vous bien declarer, ne feignez pas de les dire, parce qu’en s’accusant ainsi naïfvement, on ne descouvre pas seulement les pechez qu'on a faits, mais aussi les mauvaises inclinations, coustumes, habitudes, et autres racines du peché; ce qui donne une plus entiere cognoissance au pere spirituel du cœur qu'il traitte, et des remedes qui lui sont propres.
Tenez neantmoins tousjours couvert le tiers qui aura cooperé à vostre peché, tant qu'il vous sera possible.
Prenez garde à une quantité de pechez qui vivent et regnent bien souvent insensiblement dans la conscience, affin que vous les confessiez, et que vous puissiez vous en purger.
Lisez soigneusement à cet effect les chapitres vi, XXVII, XXVWH, XXIX, xxxv et xxxv1, de la troisiesme partie, et le chapitre vi de la quatriesme partie de l'Introduction.
Ne changez pas aysement de confesseur ; mais en ayant choisy un, continuez à luy rendre compte de vostre conscience aux jours destinez pour cela, luy disant naïfvement et franchement les pechez que vous avez commis.
Outre cela, de tems en tems, comme seroit de mois en mois, ou de deux mois en deux mois, dites-luy encore l’estat de vos inclinations, quoy que vous n'y ayez pas peché; comme si vous estiez tourmenté de la tristesse, du chagrin, ou si vous estiez
porté à la joye, aux desirs d’acquerir des biens, et semblables inclinations.