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$ IT. — De la purgation des pechez veniels.
Premierement, la mesme lumiere interieure du Sainct-Esprit, qui nous fait voir plus distinctement nos pechez, nos inclinations et imperfections, à mesure qu’elle devient plus grande, nous eschauffe aussi au desir de nous en nettoyer et purger. Outre les pechez mortels, et l'affection au peché mortel, dont on a esté purgé par la penitence, on descouvrira encore plusieurs inclinations et affections aux pechez veniels, dont il se faut absolument purger : car, d’estre purs et exempts tout-à-fait de pechez vemiels en cette vie, cela ne se peut; mais on peut bien n’y avoir aucune affection. C’est autre chose, par exemple, de mentir une fois ou deux de gayeté de cœur en chose de peu d'importance, et autre chose de se playre à mentir, et d’estre affectionné à cette sorte de peché. C’est donc de cette affection au peché veniel qu'il faut purger son ame, c’est-à-dire , qu'il ne faut pas nourrir volontairement la volonté de continuer et perseverer en aucune sorte de peché veniel; car ce seroit une lascheté trop grande de vouloir tout à nostre escient garder en nostre conscience une chose si desplaysante à Dieu, comme est la volonté de luy vouloir desplayre.
En effect, si le peché veniel, pour petit qu'il soit, desplaiïst à Dieu , bien que non au point que pour cela il nous veuille perdre et damner, est-il possible qu'une ame bien née veuille, non-seulement desplayre à son Dieu, mais affectionner de luy desplayre? Mais je dy encore une fois, quelle apparence y a-t-il qu'une ame genereuse se playse à desplayre à son Dieu, et s’affectionne à luy estre desaggreable, et veuille vouloir ce qu’elle sçayt He estre ennuyeux ?
$ IV. — De la purgation de l'affection aux choses inutiles et dangereuses.
Il faut encore , outre cela, se purger.de l’affection aux choses inutiles et dangereuses, comme sont les jeux, les bals, danses, festins, pompes et comedies, lesquelles, quoyqu’en leur substance ne soient pas choses mauvaises, mais indifferentes, pou-vant estre bien et mal exercées, elles sont neantmoins dangereuses et nuysibles, et de cela il s’en faut absolument deffaire et purger.
C’est dommage de semer en la terre de nostre cœur des affeclions si vaynes et sottes : cela occupe le lieu des bonnes impressions, etempesche que le suc de nostre ame ne soit employé aux bonnes inclinations.
Les Nazareens s’abstenoient non-seulement de tout ce qui pouvoit enyvrer, mais aussi des raysins et du verjus; non point que le raysin et le verjus enivrent, mais parce qu'il y auroit du danger en mangeant du verjus d’exciter le desir de manger des raysins, et en mangeant des raysins, de provoquer l’appetit à boire du moult et du vin.
Que les petits enfans s’affectionnent et s’eschauffent apres les papillons, nul ne le treuve mauvais, parce qu'ils sont enfans; mais n'est-ce pas une chose ridicule ou plutost lamentable, de voir des hommes s’empresser et s’affectionner apres des bagatelles si indignes, comme sont les choses susdites, lesquelles, outre leur inutilité, nous mettent en peril de nous desregler et desordonner à leur poursuitte.
$ V. — De la purgation des mauvaises inclinations.
Troisiesmement. Il se faut enfin purger des mauvaises inclinations naturelles, lesquelles, pour n'avoir prins leur origine de nos pechez particuliers, ne sont pas proprement pechez, ny mortels, ay veniels, mais s'appellent imperfections, et leurs actes, deffauts et manquemens : comme la trop grande tristesse de saincte Paule en la mort de ses enfans et de ses proches, qui la reduisoit presque au mourir; cela estoit une imperfection, non un peché, puisque c'estoit contre son gré et sa volonté.
Il y en a qui, de leur nature, sont legers, les autres rebarbatifs, les autres durs à recevoir les opinions d’autruy; les autres sont inclinez à l'indignation, les autres à la cholere, les autres à l’amour. En somme, il se treuve peu de personnes qui ne soient subjettes à telles ou semblables imperfections, lesquelles, pour estre propres et naturelles à un chascun, si est-ce que, par le soin et affection contraire, on les peut corriger et moderer; et mesme on peut s’en delivrer et purger, et c’est ce qu'il faut faire.
On a bien treuvé le moyen de changer les amandiers amers en doux, en les perçant au pied pour en faire sortir le suc : pourquoy ne pourrions-nous pas aussi faire sortir nos inclinations perverses pour devenir meilleurs? Il n’y a point de si bon naturel qui ne puisse estre rendu mauvais par les habitudes vicieuses : il n'y à point aussi de naturel si revesche, qui, par la grace de Dieu premierement, puis par l'industrie et diligence, ne puisse estre dompté et surmonté.
Suivez pour cela les ordres et conduitte du directeur prudent et zelé.