‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 307 sur 355 · ADVIS TOUCHANT L'EXAMEN · texte numérisé non relu

ADVIS TOUCHANT L'EXAMEN

De la revue et confession annuelle, et celuy de tous les jours.

NorTez que ce que j'ay dit pour l’examen de la revue et renouvellement annuel, on le peut aussi fort bien appliquer pour l'examen ordinaire de chaque jour, et mesme pour celuy des confessions ordinaires.

1. Se mettre en la presence de Dieu, en la maniere ordinaire.

2. Luy demander la lumiere et la grace de se bien cognoistre.

3. Protestez, si vous remarquez d'avoir fait quelque petit breu et progrez dans la vertu, que c’est pour luy en donner la gloire, et vous en resjoüyr en sa bonté.

4. Comme, au contraire, si vous descouvrez avoir peu profité, ou mesme avoir offensé, que vous ne vous en abattrez pas ny descouragerez pour cela; mais plutost vous voulez vous encourager davantage, vous humilier, et remedier à vos deffauts, moyennant la grace de celuy qui vous accorde encore ce moment PAS faire pemitence et retourner à luy.

5. Jettant la pensée sur toutes les occupations et employs de la ho (ou de l’année), considerez doucement et tranquillement, comme jusques à l'heure presente vous vous estes comportée envers Dieu, envers le prochain, et à l'endroict de vous-mesme, en pensées, parolles, actions et obmissions, surtout eu esgard à vos resolutions, à vos passions et mauvaises inclinations.

S I. — Examen de nostre ame envers Dieu.

Mettez-vous en la presence de Dieu.

Invoquez le Sainct-Esprit, luy demandant lumiere, affin de bien cognoistre et detester vos pechés.

O Seigneur, que je vous cognoisse, et que je me cognoisse! Qui estes-vous, Seigneur, et qui suy-je? J’ay eu assez de foiblesse et de malice pour commettre le mal; mais, helas! je n'ay point assez de lumiere pour le cognoistre et le detester : c’est une grace que j'attens de vostre seule bonté.

Considerez quel est vostre cœur contre le peché mortel? avez-vous une resolution forte de ne le jamais commettre pour quelque chose qui puisse arriver? Cette resolution a-t-elle duré depuis vostre derniere protestation jusqu'à present? En cette resolution consiste le fondement de la vie spirituelle. ;

2. Quel est vostre cœur à l’endroict des commandemens de Dieu? les treuvez-vous on doux, aggreables? Qui a le goust

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en bonne estat, et l’estomach sain, il ayme les bonnes viandes et rejette les mauvaises.

3. Quel est vostre cœur à l’endroict des pechez veniels? On ne peut qu'on en fasse quelqu'un par-cy par-là. Y en a-t-1l point auquel vous ayez une speciale inclination? et, ce qui seroit le pis, y en a-t-il point auquel vous ayez affection et amour?

4. Quel est vostre cœur à l’endroict des exercices spirituels? Les aymez-vous? les estimez-vous? ne vous faschent-ils point? en estes-vous point desgoustée? auquel vous sentez-vous moins ou plus inclinée? Oüyr la parolle de Dieu , la lire, en deviser, la mediter, esperer en Dieu, se confesser, prendre les advis spirituels, se preparer à la communion, se communier, reprimer ses affections ; qu'y a-t-il en cela qui respugne à vostre creance? Et si vous treuvez quelque chose à quoy ce cœur ayt moins d’inclination, examinez d'où vient ce desgoust, et ce qui en est la cause.

5. Quel est vostre cœur à l’endroict de Dieu mesme? Se plaistil à se ressouvenir de luy ? en ressent-il point de douceur aggreable? Je me suis ressouvenu de Dieu, dit David, ef m'en suis delecté.

Sentez-vous en vostre cœur une certaine facilité à l’aymer, et un goust particulier à favoriser cet amour ?

Vostre cœur se recrée-t-il point à penser à l’immensité de Dieu, à sa bonté, à sa suavité? Si ce ressouvenir vous arrive parmy les occupations du monde et la vanité, se fait-il faire place, saysit-il point vostre cœur, se tourne-t-1l point de son costé, luy va-t-il point au devant, comme une espouse fidelle lorsque son espoux revient de loin?

6. Quel est vostre cœur à l’endroict de Jesus-Christ, Dieu et homme? Vous playsez-vous autour de luy? Les bonnes ames prennent leurs delices autour de Jesus-Christ, et ont une extreme tendreté d'amour en son endroict; mais les mauvaises se playsent autour des vanitez.

7. Quel est vostre cœur à l’endroict de Nostre-Dame, des saincts, et de vostre bon ange? Les aymez-vous fort? Avez-vous une speciale confiance en leur bienveillance? Leurs images, leur vie, leurs louanges vous playsent-elles ?

8. Quant à vostre langue, comment parlez-vous de Dieu ? Vous playsez-vous d'en dire du bien, selon vostre condition et suffisance ? aymez-vous à chanter ses cantiques ?

9. Quant aux œuvres, avez-vous à cœur la gloire exterieure de Dieu, et de faire quelque chose à son honneur? Car ceux qui ayment Dieu, avment avec Dieu l’ornement de sa mayson.

10. Remarquez-vous d’avoir quitté quelque affection, et renoncé à quelque chose pour Dieu? C’est un bon signe d'amour, de se priver de quelque chose en faveur de celuy qu’on ayme. Qu’avez-vous donc cy-devant quitté pour l'amour de Dieu ?

$ IL. — Examen de vostre estat envers vous-mesme.

1. Comment vous aymez-vous vous-mesme? vous aymez-vous point trop pour ce monde? Si cela est, vous desirerez de demeurer tousjours icy, et aurez un extreme soin de vous establir en cette terre, Si vous vous aymez pour le ciel, vous desirerez, au moins vous acquiescerez aysement de sortir d'icy-bas, à l'heure qu'il playra à Nostre-Seigneur.

2. Tenez-vous bon ordre en l’amour de vous-mesme? Le seul amour-propre et desordonné nous ruyne. L'amour ordonné veut que nous aymions plus l’ame que le corps, que nous ayons plus de soing d'acquerir les vertus que toute autre chose, que nous tenions plus compte de l’honneur celeste que de l'honneur bas et caduc. |

Le cœur bien ordonné dit plus souvent en soy-mesme : Que diront les anges, si je pense à telle chose? que non pas : Que diront les hommes?

3. Quel amour avez-vous à vostre cœur? Vous faschez-vous point de le servir en ses maladies? Vous luy devez ce soing de le secourir quand ses passions le tourmentent, et laisser toute chose pour cela.

4. Que vous estimez-vous devant Dieu? Rien sans doute : or, il n'y a pas grande humilité en une mousche de ne s'estimer rien au prix d’une montaigne , ny à une goutte d’eau de se tenir pour rien en comparayson de la mer; mais humilité gist à ne point nous surestimer aux autres, et à ne vouloir pas estre surestimez par les autres. À quoy en estes-vous pour ce regard ?

5. Quant à la langue, vous vantez-vous point,!ou d’un biais ou d’un autre? Vous flattez-vous en parlant de vous ?

6. Quant aux œuvres, prenez-vous point de playsir contraire à vostre santé? je veux dire de playsirs vains, inutiles, trop de veilles sans subjet, et autres semblables?

S III. — Examen de l’estat de vostre ame envers le prochain.

Il faut aymer le mary et la femme d'un amour doux et tranquille, ferme et continuel, parce que Dieu l’ordonne et le veut. J'en dy de mesme des enfans, des proches parens et amys, chascun selon son rang.

Parlant en general, voyez quel est vostre cœur à l’endroict du prochain. L’aymez-vous bien cordialement, et pour l'amour de Dieu.

Pour bien discerner cela, representez-vous certaines gens ennuyeux et maussades; car c’est là où on exerce l’amour de Dieu envers le prochain, et beaucoup plus envers ceux qui nous font du mal, ou par effect, ou par parolles. Examinez bien si vostre cœur est franc en leur endroict, et si vous avez grande contradiction à les aymer.

Estes-vous point prompte à parler du prochain en mauvaise part, surtout de ceux qui ne vous ayment pas? Faites-vous point de mal au prochain, directement ou indirectement? Pourveu que vous soyez raisonnable, vous vous en appercevrez aysement.

S IV. — Examen sur les affections de nostre ame.

En l'examen de ce que dessus consiste la cognoissance de l’advancement spirituel qu’on a fait, considerant doucement quel a esté nostre cœur à l’esgard de chascun de ces articles depuis nos dernieres resolutions, et quelles fautes notables on y a commises : car, quant à l'examen des pechez, cela est pour la confession de ceux qui ne pensent point à s’advancer; et il ne manque point de secours pour se bien examiner, par les formules de confession dressées à ce subjet, sur les commandemens de Dieu, sur les pechez capitaux, et par la cognoissance que chascun a des pechez qu'il peut commettre en sa vocation et contre ses obligations.

Mais pour abreger le tout, il faut reduire l'examen à la recherche de nos passions, considerant quels nous avons esté, et comment nous nous sommes comportez :

1° En nostre amour envers Dieu, envers le prochain, et envers nous-mesmes.

2° En nostre hayne envers le peché qui se treuve en nous, envers le péché qui se treuve aux autres; car on doit desirer l’exterminement de l’un et de l’autre.

3° En nos desirs, touchant les biens, touchant les playsirs, touchant les honneurs.

4° En la crainte des dangers du peché, et des pertes des biens de ce monde : on craint trop l’un , et trop peu l’autre.

5° En esperance trop mise, peut estre, au monde et en la creature, et trop peu mise en Dieu et aux choses eternelles.

6° En la tristesse, si elle est trop excessive, et pour chose indigne.

Quelles affections enfin tiennent vostre cœur empesché, quelles passions le possedent, en quoy principalement il s’est detraqué. À

Car, par les passions de l’ame on recognoist son estat, en les tastant l’une apres l’autre, comme fait un joüeur de luth, tirant et laschant les cordes, selon qu'il en est besoin, il les accorde : ainsi, apres avoir tasté l'amour, la hayne, le desir, la crainte, les peines, la tristesse et la joye de nostre ame, si nous les treuvons mal accordantes à l’air que nous voulons sonner, qui est la gloire de Dieu, nous pouvons les accorder moyennant sa grace et le conseil de nostre pere spirituel.

$ V. — Affections qu'il faut produire apres l’examen.

Apres avoir doucement consideré chaque poinct de l'examen, et veu à quoy vous en estes, vous viendrez aux affections en cette sorte.

1. Remerciez Dieu de ce peu d’amendement que vous avez treuvé en vostre vie, depuis vos dernieres resolutions, recognoissant que ç’a esté sa seule misericorde qui l’a fait en vous. et pour vous.

2. Humiliez-vous fort devant Dieu, recognoissant que si vous n'avez pas beaucoup advancé, c’a esté par vostre faute, parce que vous n'avez pas fidellement, courageusement et constamment correspondu aux inspirations, clartez et mouvemens qu’il vous a donnez en l’orayson et ailleurs.

3. Promettez-luy de le loüer à jamais des graces receues, pour vous retirer de vos inclinations à ce petit amendement.

4. Demandez-luy pardon de l'infidellité et desloyauté avec laquelle vous avez correspondu. È

5. Offrez-luy vostre cœur, affin qu'il s’en rende du tout maistre.

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