‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 308 sur 355 · Suppliez-le qu'il vous rende toute fidelle · texte numérisé non relu

Suppliez-le qu'il vous rende toute fidelle

7. Invoquez les Saincts, la Saincte Vierge, vostre ange, vostre patron, S: Joseph, et ainsi des autres. |

8. Enfin, pour vous exciter à une plus grande recognoissance de toutes les graces receues, comme aussi à la douleur de vos pechez et ingratitudes passez, et vous affermir de plus en plus : aux bonnesresolutions que vous avezprinses de mieux servir Dieu, et de vous animer à la vertu, faites les eslevations suivantes avec le plus d'application, de sentiment et de ferveur que vous pourrez, ou toutes ensemble et de suite, ou tantost l’une et tantost l’autre, selon vostre commodité et devotion.

ESLEVATIONS A DIEU {1) :

Sur le bonheur de sa conversion, par forme de recognoissance.

(Ceci pourra estre aussi utilement prattiqué apres chaque confession renouvellant ses bonnes resolutions.)

Si j ay projeté, à mon Dieu, de quitter, rejetter, detester, et renoncer pour jamais tout peché mortel, est-ce pas vous, à mon Dieu , qui avez, par vostre immense misericorde, formé et jetté dedans mon cœur de si belles, si justes, si dignes et si genereuses resolutions? Aussi est-ce à vous, Ô mon Dieu, que j'ay fait cette protestation, que j'ay donné ma parolle. Ah ! Seigneur, c'est à vous à qui mon cœur l’a dit : Non jamais je ne l’oublierai, et maintenant que je la reitere, toute la Cour celeste, qui fut tesmoin et se resjoüyt pourlors de ma resolution, s’en resjoüyra, et y donnera son approbation de nouveau.

Ah! combien doux et gracieux vous me fustes en ce tems-là, à mon Dieu! Ah! que les cordes avec lesquelles vous tirastes ma petite barque à ce port salutaire de la grace furent pleines d'amour et de charité! Que le souffle de vostre divin Esprit me fut favorable! Que furent doux les attraicts par lesquels vous amorçastes mon ame! O! que vostre sucre divin fut savoureux, par lequel vous charmastes mon cœur en la participation de vos divins sacremens! Helas! Seigneur, je dormois, vous veilliez sur moy, et pensiez sur mon miserable cœur des pensées de paix; vous meditiez sur moy des meditations d'amour.

Si je considere, à mon Dieu! que ce fut à la fleur de mon aäge, ah! quel bonheur me fut-ce d'apprendre tost ce que je ne pouvois scavoir que trop tard! O ancienne beauté! comment vous ay-je si tard cognue? Helas! je vous voyois, et ne vous considerois point. O douceur ancienne! pourquoy ne vous ay-je plus tost savourée ? mais, helas! encore ne le meritois-je pas pour lors. Quelle recognoissance done, ô mon Dieu, pour cette grace! car c’est vous qui m'avez esclairé et tousché dés ma jeunesse; c’est pourquoy jusqu'à jamais j'annonceray vos misericordes.

Mais quoyque vous l’ayez fait plus tard, à mon Dieu, ç'a tousjours esté de bonne heure pour moy, puisque cela a esté devant ma mort, et que vous avez arresté le cours de mes miseres au tems auquel, si elles eussent continué, j’estois eternellement miserable. Mais quel bonheur de m'avoir appris à vous parler par lorayson, de m'avoir donné l'affection et le desir de vous aymer,

(1) Ces élévalions sont extraites , pour le fond, de l'Introduction, 5° Part., ch. 2, 40 et suivants; mais la forme ne paraît pas être du S. Evèque. (N.E.)

de m'avoir fait cognoistre les moyens d’accoiser (1) et de purifier mes passions rebelles qui m'inquiettoient et me precipitoient au peché! et enfin quelles graces d’avoir si souvent communiqué avec vous par vos divins sacremens, Ô souveraine source de graces eternelles! Hé, que ces faveurs sont grandes ! C’est vostre dextre (2), à mon Dieu, qui a fait tout cela; c'est vostre bonne main qui à fait vertu; c'est elle qui m'a resveillé. Ah! je ne. mourray pas, mais je vivray, et raconteray de cœur, de bouche,

et par mes œuvres, les merveilles de vostre bonté.

Sur l’excellence et la dignité de nostre ame.

O ma chere ame, recognoissez vostre excellence et vostre dignité : vous pouvez entendre et vouloir Dieu tres-souverain, tres-bon et ineffable. Ah! quelle grace! vous pouvez estre associée aux anges dans le paradis; vous pouvez pretendre à l’eternité bien-heureuse, : pourquoy vous amuserez-vous aux momens perissables? Ce fut l’un des regrets du pauvre prodigue, qu'ayant peu vivre delicieusement à la table de son pere, il mangeoit vilainement avec les bestes. 0 mon ame, tu es capable de Dieu ; mal-heur à toi si tu te contentes de moins que de Dieu : ton cœur est fait pour luy, et jamais il n’aura repos, qu'il ne se soit reuny à luy.

Tu n’y arriveras jamais que par le mespris et horreur des vices, et par l’amour et la prattique des vertus. O charité, Ô humilité, ô douceur et benignité, que vous laissez de suavité et de satisfaction à l’ame qui vous possede! O vie devote, qui faites profession de ces exercices, que vous estes belle, douce, aggreable et souëfve (3)! Hé! qui vous cognoistroit, peut-il souhaitter d’avoir autre chose que vous en partage? Hé! Seigneur, donnez-moy cette eau vive, et que toutes autres delices de ce monde se tournent pour moy en amertume.

Hé! pourquoy non, à belle et saincte vertu! N'est-ce pas pour vous que tous ces braves mortels se sont rendus invincibles en leurs resolutions et ont souffert tant de tourmens pour les maintenir? N'est-ce pas pour vous que ces belles et fleurissantes ames, plus blanches que les lys en pureté, plus vermeilles que la rose en charité, ont souffert mille sortes de martyres, plutost que de manquer à la resolution de vous aymer? O0 mon ame! n’estoientils pas ce que nous sommes? ne le faysoient-ils pas pour le mesme Dieu, et pour les mesmes vertus ? Hé! pourquoy n'en ferois-tu pas autant en ta condition et en ta vocation pour tes cheres resolutions.

(A) D'apaiser. — (2) Droite. — (3) Suave.

Sur l’estime et l’amour qu’on doit à ses resolutions,

Ah! mon Dieu! je veux vous aymer et vous estre fidelle, vous le savez; et quand je n’aurois que l’exemple de vostre cher Fils, si voudrois-je cherir mes resolutions, et perseverer au dessein que j'ai prins de vous servir. Quand je voy tout ce que vous avez souffert en ce monde, ô Jesus mon amour! et particulierement au Jardin des Olives et sur le mont du Calvaire, puis-je n’avoir point d'amour pour vous, et pour les resolutions que m'a meritées vostre amour? Cet amour vous regardoit, à mon ame : c'est par ses peines et travaux que Jesus obtenoit de Dieu son Pere des bonnes resolutions à vostre cœur, et tout ce qui luy estoit necessaire pour maintenir, nourrir, fortifier et consommer ces resolutions. à

O0 resolutions! que vous estes precieuses , estant filles d’une telle mere, comme est là passion de mon Sauveur! O combien, mon ame, vous dois-je cherir, puisque vous avez esté si chere à mon Jesus! Helas! Sauveur de mon ame, vous mourustes pour m'acquerir mes resolutions; hé! faites-moi la grace que je meure plutost que de les perdre. Ah! mon Dieu, que cecy demeure profondement gravé dedans mon cœur, et qu’il ne sorte jamais de ma memoire.

Sur, l'amour que Dieu porte à nostre ame, et de la recognoissance que nous luy devons.

Hé ! Seigneur, est-il possible que j’ay esté aymée, et si doucement aymée de vous, qu'avant que je fusse, vous me regardiez et m’appelliez de mon nom, et que du haut de la croix vous me prepariez tous les moyens particuliers de mon salut, et surtout mes resolutions!

O ma chere ame, que cecy est doux! Ce cœur de mon Dieu pensoit à Philotée, c’est-à-dire à toi, à mon ame! il t'aymoit, et te procuroit mille moyens de salut, et autant que s’il n'y eust point d’autres ames auxquelles il eust pensé dans le monde. Il m'a aymée, puis-je dire avec l’Apostre, et s’est donné pour moy seul, tout autant que s’il n’eust rien fait pour le reste.

Mais, mon Dieu, quand commencçastes-vous à m'aymer? Ah! vous commençastes quand vous commencastes à estre Dieu. Mais quand commencçastes-vous à estre Dieu? Jamais; car vous l'avez tousjours esté, sans commencement et sans fin : c’est pourquoy

vous m'avez aymé dés l’eternité. Et comme vous m'avez aymé d’une charité perpetuelle, et m'avez attiré à vous, vous m'avez aussi donné le desir et la resolution de vous servir. O Dieu ! quelles resolutions sont cecy, que Dieu a pensées, meditées et projetées dés son eternité ! Hé! combien m'estes-vous cheres et precieuses ? Que devrois-je souffrir, Ô mon Dieu, plutost que d’en quitter un brin? Non pas, certes, si tout le monde devoit perir; car aussi, tout le monde ensemble ne vaut pas une ame, et une ame ne vaut rien sans resolutions.

Sur la perseverance et fidellité à ses resolutions.

O cheres resolutions! vous estes le bel arbre de vie que mon Dieu à planté de sa main au milieu de mon cœur, que mon Sauveur veut arrouser de son sang pour le faire fructifier! Plutost

mile morts, que de permettre qu'aucun vent vous arrache. Non, ny la vanité, ny les delices, ny les richesses, ny les tribulations ne m'arracheront jamais mon dessein.

Helas ! Seigneur, mais vous l'avez planté, et avez dans vostre sein paternel gardé eternellement ce bel arbre pour mon jardin. Helas! combien y a-t-1l d’ames qui n’ont point esté favorisées de cette grace! Et comment donc pourrois-je assez m'humilier sous vostre misericorde ?

0 belles et sainctes resolutions! si je vous conserve, vous me conserverez; si Vous vivez en mon ame, mon ame vivra en Vous. Vivez donc à jamais, o resolutions, qui estes eternelles en la misericorde de Dieu! soyez et vivez eternellement en moy; que jamais je ne vous abandonne.

O Dieu, Pere tres-pitoyable (1) et tout bon, puisque c'est par l'inspiration de vostre divine grace que mon cœur a receu de nouveau le desir, et formé la resolution de vous servir, recevezle, ce chetif et miserable cœur, en sacrifice de bonne odeur et de suavité : c’est tout de nouveau que je vous le desdie, le consacre, le sacrifie et l’immole à vostre divine majesté, pour suivre en tout et partout, plus fidellement que jamais, vos souveraines ordonnances. Qu'il soit donc, Ô mon Dieu! par consecration et protestation, tout renouvellé : forüfiez-le de vostre saincte grace, à ce que j y sois fidelle.

Tres-saincte Vierge, mere tres-pitoyable de mon Redempteur ; et vous, mon bon ange et fidelle gardien, et tous les Saincts du paradis, impetrez-moy cette grace, que j'y sois à jamais fidelle.

(1) Tres-miséricordieux.

Protestation solemnelle d’estre tout à Dieu.

C'est maintenant, Ô mon Dieu, que je puis dire que je ne suis plus mienne : soit que je vive, ou que je meure, je suis à mon Sauveur. Non, je n’ay plus de moy, ny de mien : mon mov c’est Jesus, mon mien c’est d’estre sienne. O0 monde ! vous estes tousjours vous-mesme, etmoy jusqu’icy j'ay tousjours esté moy mesme ; mais doresnavant je ne seray plus moy-mesme, mais à Jesus-Christ, à qui je suis, et pour lequel je veux vivre et souffrir en cette vie, pour le posseder dans l’eternité bien-heureuse. Amen.

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