‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 309 sur 355 · TOUCHANT LA CONFESSION TANT GENERALE QU'ANNUELLE · texte numérisé non relu

TOUCHANT LA CONFESSION TANT GENERALE QU'ANNUELLE

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DEMANDE [. — S'il est à propos de faire une confession generale auparavant que de mourir ?

Mon advis va à deux choses : l’une, faites une revue generale de toute vostre vie pour faire une penitence generale; c’est une chose sans laquelle nul homme d'honneur ne doit mourir : l’autre, essayez-vous petit à petit de vous desprendre des affections du monde. Pour cela, il faut, non pas du tout rompre les liens d’alliance qu'on a aux affaires du monde, mais les descoudre et desnoüer.

C’est une charité indispensable que vous vous devez de vous acheminer à une heureuse fin, et nul respect ne vous doit empescher de vous y employer avec ardeur. Car, puisque Dieu nous commande d’aymer nostre prochain comme nous-mesmes, il suppose que nous nous devons aymer; et la premiere partie que vous devez aymer en vous, c’est l’ame, et en l’ame, la conscience, et en la conscience, la pureté, et en la pureté, l’apprehension du salut eternel.

DEMANDE IT. — Quels sont les advantages d’une bonne confession, el les pechez à quoy comparez ?

Tandis que nos fautes sont dans nos ames, elles sont des espines; sortant dehors par la volontaire accusation, elles sont converties en roses et parfums, d'autant que, comme nostre malice les tire dans nos cœurs, aussi c’est la bonté du Sainct- Esprit qui les pousse dehors.

DEMANDE III. — S'il est à propos de se confesser à Pasques à sa paroisse, et d'y faire sa revue generale ?

Vous confessant à de bons confesseurs, ne doubtez nullement : car s'ils n’avoient le pouvoir de vous oüyr, ils vous renverroient ; et il n’est nullemént besoin de faire ces revues generales en la paroisse, desquelles vous m'’escrivez : il suffit d'y rendre son de-

voir à Pasques en s’y confessant, ou au moins s’y communiant. Estant aux champs, les prestres que vous treuverez aux paroisses vous pourront aussi confesser. Ne vous laissez point presser de scrupules ny de trop de desirs : cheminez doucement et courageusement.

DEMANDE IV. — Si le secret est reciproque et esqalement obligeant de la part du penitent comme du confesseur.

Vous devez estre ferme en la resolution que je vous ay donnée, que ce qui se dit au secret de la penitence est tellement sacré, qu'il ne se doit pas dire hors d'icelle. Et quiconque demande, si vous avez dit ce que vous avez dit avec le sceau tres-sainct de la confession, vous luy pouvez hardyment et sans peril de duplicité dire que nenay : il n’y a nulle difficulté en cela. Une autre fois donc, demeurez ferme, et ténez pour non dit et totalement teu ce qui est couvert du voile sacramental; et cependant ne vous mettez nullement en scrupule, car vous n’avez point offensé, le disant , bien qu'à l’adventure vous eussiez mieux fait le celant, à cause de la reverence du sacrement, qui doit estre si grande que hors iceluy il ne soit rien mentionné de ce qui s’y dit.

DEMANDE V. — Que dire de la confession des frequentes recheutes ?

Ne vous troublez point de quoy vous ne remarquez pas toutes vos menues cheutes pour vousen confesser. Non, car comme vous tombez souvent sans vous en appercevoir, aussi n'est-il pas dit, au passage que vous alleguez, que le juste se void ou sent tomber sept fois le jour, mais qu’il tombe sept fois : aussi il se releve sans attention à ses relevées. Ne vous mettez donc pas en peine pour cela, mais allez humblement et franchement dire ce que vous aurez remarqué; et pour ce que vous n'aurez pas remarqué, remettez-le à la douce misericorde de celuy-là qui met la main au-dessous de ceux qui tombent sans malice, affin qu'ils ne se froissent point, et les releve si doucement et vistement, qu'ils ne s’apperçoivent pas, ny d’estre tombez, parce que la main de Dieu les a recueillis en leurs cheutes, ny d’estre relevez, parce qu'ils les a retirez si soudain, qu’ils n'y ont pas pensé.

DEMANDE VI. — Si les confessions annuelles sont à conseiller, si les escrire, et quel examen y apporter ?

Pour escrire la confession, cela est indifferent; et plusieurs n’approuvent pas qu'on escrive, c'est-à-dire ayment mieux qu'on s’accuse par cœur.

Les confessions annuelles sont bien bonnes, car elles nous rappellent à la consideration de nostre misere, et nous font recognoistre si nous advançons ou reculons, nous font rafraischir plus vivement nos bons propos; mais il les faut faire sans inquietude et scrupules, non tant pour estre absoutes que pour estre encouragées. Îl n’est pas requis de faire si exactement l'examen, mais seulement de gros en gros. Si vous les pouvez faire de la sorte, je vous les conseille ; si moins, je ne desire pas que vous les fassiez.

DEMANDE VII. — Quelles sont les marques de la validité de la confession generale?

J'ay treuvé en vostre confession generale toutes les marques d'une vraye, bonne et solide confession, et que jamais je n’en avois reçue qui m'eust plus entierement contenté. C'est la vraye verité, et croyez qu’en telles occasions je parle fort purement. Que si vous avez obmis quelque chose à dire, considerez si ç'a esté à vostre escient et volontairement, car en ce cas-là vous devriez sans doubte refaire la confession, si ce que vous auriez obmis estoit peché mortel, ou que vous pensassiez à cette heurelà que ce le fust; mais si n’est que peché veniel, ou que vous l'avez obmis par oubliance et deffaut de memoire, ne doubtez point : car, au peril de mon ame, vous n’estes nullement obligée de refaire vostre confession ; mais il suffira de dire à vostre confesseur ordinaire le poinct que vous avez obmis. De cela j'en respons. N'ayez pas crainte non plus de n’avoir pas apporté tant de diligence qu'il falloit à vostre confession generale, car je vous redy fort clairement et asseurement, que si vous n’avez point fait d'obmission volontaire, vous ne devez nullement refaire la confession, laquelle pour vray a esté tres-suffisamment aies Demeurez en paix de ce costé-là.

DEmanpE VIIL — Confession de huict jours, pourquoy conseillée, et en quelle occasion ?

N'oubliez pas de vous confesser tous les huict jours, et quand vous aurez quelque grand ennuy de conscience.

DEMANDE IX. — Quelle preparation est requise à la revue et à la confession yencrale et annuelle ?

Touchant la revue de vostre estat interieur, 4° preparez bien tout ce qui sera requis pour rendre ce voyage fructueux, et tel que cette entrevue puisse suffire pour plusieurs années; 2° re-

commandez-le à Nostre-Seigneur ; 3° feuilletez tous les replys, et voyez tous les ressorts de vostre ame, et considerez tout ce qui aura besoin d’estre ou rhabillé ou remis; 4° de mon costé, je presenteray à Dieu plusieurs sacrifices, pour obtenir de sa bonté la Les et la grace necessaires pour vous servir en cette occasion ; 3° preparez une grande, mais je dy tres-grande et absolue confiance en la ou de Dieu, puis en mon affection : mais je scay que de cela la provision est toute faite; 6° s’il vous semble qu'à mesure que vostre souvenance et vostre consideration vous suggereront quelque chose, 1l vous soit utile de le marquer avec la plume , je l’approuverois fort; 7° le plus que vous pourrez apporter d’abnegation ou d’indifference de vostre propre volonté, c'est-à-dire de desir et de resolution de bien obeyr aux inspirations et instructions que Dieu vous donnera, quelles qu'elles soient, ce sera le mieux : car Nostre-Seigneur agit dans les ames qui sont purement siennes, et non preoccupées d'affections et de propre volonté; 8° mais surtout gardez de vous inquietter en cette preparation : faites-la doucement et en liberté d’esprit.

DEMANDE X. — Que dire des fautes obmises en confession?

Pour avoir obmis quelque verset de l'office ou quelque ceremonie, iln’y a qu’un peché veniel; et quand la memoire de telles fautes vous arrive apres la confession, il n’est pas requis de retourner vers le confesseur pour aller à la communion; au contraire, il est bon de n’y pas retourner, mais le reserver à dire pour l’autre confession suivante, affin de le dire si on s’en souvient.

DEmanDEe XI. — Quelles circonstances doivent estre exprimées en la confession ?

Cette grande crainte, qui vous a cy-devant si cruellement angoissée, doit estre desormais terminée, puisque vous avez toutes les asseurances qui se peuvent avoir en ce monde, d’avoir fort entierementexpié vos pechez par le sainct sacrement de penitence. Non, il ne faut nullement revoquer en doubte que les dependances de vos fautes n’ayent esté suffisamment exprimées; car tous les theologiens sont d'accord qu'il n’est nullement besoin de dire toutes les dependances ny les acheminemens du peché. Qui dit : J'ay tué un homme, il n’est pas besoin qu'il dise qu'il a tiré son espée, ny qu'il a esté cause de plusieurs desplaysirs aux parens, ny qu'il a scandalisé ceux qui l’ont veu, ny qu'il a troublé la rue en laquelle il a tué; car tout cela s'entend assez sans qu’on le dise : il suffit seulement de dire qu'il a tué par cholere, ou de

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