ADDRESSE TOUCHANT LA CONFESSION GENERALE
et prenant leur mesure pour se preserver du peché à l’advenir. Pour cela donc trois choses sont necessaires :
1° Avant toutes choses, jetter les yeux sur un confesseur qui soit hommé capable, d'experience et charitable, auquel par advance vous puissiez ouvrir vostre cœur, et luy faire cognoistre avec une entiere confiance les inclinations et habitudes vicieuses qui vous portent au peché, non-seulement affin d’en recevoir les advis et conseils necessaires pour vous en bien-accuser dans la confession que vous luy en ferez, mais principalement pour prendre les precautions et remedes convenables pour n'y plus tomber à l’advenir.
2° Ayant prins un tems raisonnable pour faire la recherche de vos fautes, partagez vostre vie par cerlain aage jusques à l'heure presente, et voyez quelles dispositions et occasions vous avez eues d’offenser Dieu, soit dans les employs, affaires, occupa- Hions, rencontres et conversations des personnes que vous avez frequentées, ou en toute autre maniere que vous pourrez remarquer, faysant attention à la pente et inclination qui vous a plus particulierement porté au peché. Cela fait, prenez quelque tems - le soir et le matin pour remarquer ce que vous aurez commis en chascun de ces aages et de ces employs, commençant lousjours en vous humiliant profondement devant Dieu, luy demandant sa lumiere et sa grace, pour bien discerner non-seulement la nature et la malignité du peché, mais encore pour en declarer l'espece, le degré, le nombre, le motif, les suites et les autres circonstances qui en peuvent mieux faire cognoistre la malice et la griefveté, tant qu'il se peut; terminant tousjours, chaque fois que vous vous y appliquerez, par la plus sensible douleur et desplaysir que vous pourrez faire ressentir à vostre cœur d’avoir offensé Dieu. Si vous vous deffiez de vostre memoire, servez-vous del’addresse et formule suivante pourremarquer plus precisement ce que vous aurez commis contre les commandemens de Dieu et de l'Eglise, en toutes les autres manieres que vous l’aurez offensé, conformement aux devoirs et obligations de vostre estat.
3° Et pour le dernier advis, souvenez-vous que le poinct le plus important, et pour l'ordinaire le plus negligé, est celuy de la douleur et du desplaysir qu'on doit avoir du peché comme of- fense de Dieu, avec la resolution et bon propos de l’amendement; et que, par consequent, il ne merite pas moins de tems et d'application que l’examen et la recherche qu’on fait de ses pechez. L'on y manque d'ordinaire, faute d'attention à la griefveté des offenses commises contre Dieu, et au desplaysir qu’il en
a receu ; comme aussi par le deffaut d'application à la recherche des moyens d'affermir la resolution de ne plus retourner au peché, et d’en eviter efficacement toutes les occasions.
Chascun se flatte, mais trop presomptueusement, de cette vraye douleur et de ce bon peccawt, qui est le poinct principal et essentiel de la penitznce, quoyqu'on ne discerne pas tousjours assez quel il est.
Pour le .cognoistre, 1l faut remarquer trois sortes de regretz qu'on peut concevoir du peché : l’un de la seule raison, pour le desreglement et difformité qui est dans le peché; l’autre pour la crainte des peines temporelles ou eternelles de la part de la justice de Dieu; et le dernier procede du pur amour de Dieu, qui est le seul qui efface le peché, mesme devant la confession, quoyque sous l'obligation de s’en confesser, et non pas les deux premiers, qui ne servent de rien sinon das la confession.
Cela estant, soyez persuadé que quiconque meurt en peché mortel, par surprinse ou autrement, sans confession et sans autre regret de ses pechez que de crainte ou de raison, il est perdu pour jamais. Au contraire, si son regret est un regret d'amour et de parfaicte contrition, il meurt en estat de salut.
D'importance donc est de s’habituer à cette sorte de regret, affin de s’en faciliter l'usage; et il sera tel, s’il est veritablement conceu par le seul motif du desplaysir que Dieu reçoit du peché, comme opposé et outrageux à sa souveraine bonté, et s’il est accompaigné d'une constante resolution de ne le commettre plus à l’advenir, et d’en eviter toutes les occasions, comme sont les compaignies dangereuses, le playsir desreglé, l'habitude inveterée, le poinct d'honneur, la liberté et l’impatience d’estre contrainct, etc.
A cet effect, souvenez-vous de cette verité qui est du Sainct- Esprit, que, qui ayme le danger, ü s’y perdra ; estant constant que le peu d’amendement qu'on void apres tant de confessions, mesme generales, ne vient que du manquement de cette resolution de quitter les occasions et les dangers d’y retomber.
Il faut donc trancher net en cette affaire, et s’en tenir à l’arrest que Nostre-Seigneur a prononcé en ces termes : S2 {on œil te scandalise, c'est-à-dire te donne occasion de tomber dans le peché, arrache-le, et le jette loin de toy; si ta main ou ton pied te scandalise, coupe ce pied, coupe cette main, estant plus advantageux d'aller en paradis avec un œil, qu'avec deux estre precipité dans les enfers. C'est-à-dire, qu'il vaut mieux aller en paradis sans une telle où telle compaignie dangereuse, que d'aller en enfer avec elle pour y brusler toute l’eternité.
ESLEVATIONS A DIEU (