‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 49 sur 355 · LIVRE Il, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE Il, CHAPITRE VII

tiquité. C'est grand’pitié que d’un superbe et mal instruict, on ne le peut faire demordre. Calvin avoit dit que « Si l’authorité » de l’Eglise ancienne a quelque vigueur entre nous, nous » notons que par l’espace de cinq cens ans, ou environ, du » tems que le christianisme estoit en sa vigueur, et qu'il y » avoit plus grande pureté de doctrine, les temples de chrestiens » ont esté nets et exempts de telle soüilleure. » Il parle ainsi des images de Jesus-Christ et des saincts; et peu apres il dit : « Que si on compare un aage avec l’autre, l’integrité de ceux » qui se sont passez d'images merite bien d’estre prisée au prix » de la corruption qui est survenuë depuis. Or je vous prie, qui » est-ce qui pensera que ces SS. Peres eussent privé à escient » l'Eglise d’une chose qu'ils eussent cognu luy estre utile et » salutaire? »

Les pauvres huguenots avoient esté appris comme cela par le pere de leur reformation. On leur a monstré mille fois que c'estoit une fausseté, et qu'és cinq cens voire és trois cens premieres années, 1l y avoit des images és eglises. [ls dirent neantmoins autant impudemment que jamais que l’antiquité ne mettoit point d'images aux eglises; mais ayant monstré le contraire, quant à l’image de la croix, je puis dire : « Hé! je vous » prie, qui est-ce qui pensera que ces SS. Peres, Chrysostome, » Augustin, Paulin, eussent mis en usage une chose qu'ils eus- » sent cognu estre inutile et pernicieuse ? » Mais le mieux est qu'ils tesmoignent non-seulement de leur fait, mais aussi de la prattique du christianisme de leur aage.

Ainsi Justinien l'empereur fit cette loy : « Que l’evesque con- » sacrant une eglise ou monastere, consacre le lieu à Dieu par » oraison, fichant en iceluy le signe de nostre salut, nous enten- » dons la vrayement adorable et honorable croix. Ainsi, qu'il » commence l’edifice, mettant un si bon et propre fondement. » Il dit le mesme en plusieurs endroicts, et veut qu'avant le bastiment on plante toujours : Venerabilem et sanctissimam crucem, La venerable et tres-saincte croix. Que sçauroit-on dire à tant de si grands tesmoins?

Le traitteur pour ne sembler estre du tout muet, nous oppose « qu'Epiphanius, passant par un village nommé Anablatta, estant » entré en un temple où pendoit un voile teint et peint, ayant » une image comme de Jesus-Christ, ou de quelque sainct, il » mit en piece ce voile, d'autant que cela estoit contre les Escri- » tures, comme cela se lit plus au long dans son epistre traduitte » par S. Hierosme. »

Or je responds : 1° Que cette derniere piece d’epistre, citée par le traitteur, n'est aucunement de $. Epiphane, mais un ajancement estranger, comme il paroist en ce que le sens de l’epistre estoit du tout bien achevé, sans cette piece-là; que cette piece est hors de propos, qn’elle ne ressent aucunement la phrase de 5. Epiphane, ou de S. Hierosme, et que les Iconoclastes citant tous les tesmoignages qu'ils peuvent des anciens Peres, et nommement de S. Epiphane, ainsi qu'il est deduit au second Concile de Nicée, ne produisirent jamais cette piece de l’epistre traduitte par S. Hierosme.

2° Je responds qu'en cette piece-là il est dit que l’image peinte sur le voile estoit d’un homme pendu, comme de Jesus-Chnist, ou de quelqu’autre, contre les Escritures : il se pouvoit donc faire que cette image fust dressée contre la verité de l’histoire de la passion de Nostre-Seigneur, avec quelque indecence. Dont S. Epiphane ne se pouvoit asseurer que c’estoit qu’elle representoit, et parlant eut raison de la deschirer. Mais que peut tout cela contre les images de la croix et du crucifix, qui representent au vray la passion de Nostre-Seigneur, ainsi qu’elle est descrite en l'Evangile?

Si un evesque treuvoit dans quelque eglise de sa charge l'image d’un Crucifix qui representast Nostre-Seigneur non cloüé, mais attaché avec des cordes sur la croix (comme l’on void par la faute des peintres en plusieurs images, le bon et le mauvais larrons pendus en cette sorte), feroit-il pas son devoir de deschirer et rompre telle image? Et faudroit-il dire pourtant qu'il rejettast l'usage des images propres et bien faites?

De pareille force est le tesmoignage du Concile Ehbertin, (Can. 36) cité par le traitteur, auquel il est dit : « Qu’en l'Eglise » on ne doit point avoir de peintures; affin que ce qui est ho- » noré et adoré ne soit peint és parois. »

Car je dy : 1° Que telle occasion peut naistre en quelque province, par laquelle on devra deffendre que les images ne soient point és eglises; comme si les infidelles, Maures, Tures et heretiques ravageoient les temples, brisoient les images, et les outrageoient en mespris de ce qu'elles representent, il ne seroit que bon de leur enlever toute commodité et occasion.

2° Je dy que la deffense du Concile Elibertin, selon la portée de la raison, laquelle y est alleguée, ne s’estend pas aux images mobiles, mais à celles seulement qui sont peintes, et sur les murailles, et ne seroit à l’adventure pas mal que telle deffense fust observée, parce que telles images sont subjettes à se gaster,

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