LA CROIX À ESTÉ UONORABLE A TOUTE L'ANTIQUITÉ
« QuanD il est question de reformer les desordres, il faut suivre » le dire de Jesus-Christ (Matth. 19) : Z/ n'estoit pas ainsi au » commencement. Si donc au commencement, lorsque l'Eglise à » esté pure, et la verité sincere, le signe de la croix n’a point » esté fait, elle n’a point esté dressée, salüée, ny adorée; c’est » tres-mal fait d’avoir introduit cette corruption, qui ne peut » estre bonnement appellée coustume, et c’est encore plus mal » fait de la retenir. »
C'est un discours du traitteur auquel je respons en cette sorte : Si, lorsque l’Eglise estoit pure, au commencement, on a faïi le signe de la croix, on l’a dressée, salüée et honorée; c’est tres-mal fait d’avoir introduit la presomption, qui ne se peut bonnement appeller reformation, d’abattre, mespriser et deshonorer le signe de la croix. Certes, au commencement on ne faysoit pas ainsi.
L'Eglise estoit pure, selon la confession des reformaleurs, ies cinq cens premieres années. Et s’il faut croire le traitteur, « Les yeux des chrestiens commencerent seulement à se ternir, » et ne voir plus gueres clair au service de Dieu, au tems de » S. Gregoire pape. » Voyons comme on se gouvernoit alors touchant l'honneur de la croix, et nous treuverons que les payens appelloient les chrestiens par injure : Religieux et devots de la croix; Religiosos crucis.
Tertullien, respondant pour eux, ne le nie en aucune façon,
mais le concede. Autant en fait Justin le martyr. S. Athanase dit ces propres parolles : Pour vray, nous adorons la fiqure de la croix, la composant de deux bois.
J'ay cité cy-dessus ces tesmoignages avec plusieurs autres. Or ces grands personnages vivoient en la fleur de l'Eglise. Dont S. Thomas et S. Bonaventure ont dit que l’honneur de la croix, et des autres images, estoit une tradition apostolique ; car, voyant qu'il a commencé tout aussi-tost que le christianisme, et que si l'on remonte d’aage en aage dans le tems des Apostres on en treuvera une observation perpetuelle, ils se sont tenus à la regle de S. Augustin, qui porte : « Que l’on croit tres-justement » ce que l'Eglise universelle tient, et n’est institué par les con- » ciles, mais a tousjours esté observé, n'avoir point esté baillé, » sinon par l'authorité apostolique. »
S. Jean Damascene, longtems avant eux, en avoit dit tout de mesme : C’est, dit-il, wne tradition non escrite, aussi bien que l’adoration vers le levant, à sçavoir d’adorer la croix : ce sont ses parolles.
Et S. Basile, beaucoup plus ancien, parlant de Jesus-Christ, de sa Mere, de ses apostres, prophetes et martyrs, il dit : « Qu'il » honore les histoires de leurs images , et qu'il les adore tout ou- » vertement; car, dit-1l,cecy estant baïlléparlessaincts Apostres, » il ne le faut pas deffendre : mais en toutes nos eglises nous » dressons leurs histoires. »
Le second Concile de Nicée, ayant parlé de l'honneur de la croix et des images, conclud en cette maniere : Celle-cy est la foy des Apostres, celle-cy est la foy des Peres. Et là mesme est recitée l’epistre du bien-heureux P. Nylus au proconsul Olympiodorus, qui vouloit baslir un temple, par où il luy conseille de mettre l’unique et seule image de la croix au lieu sacré vers l'Orient. Or, qui ne sçayt qu'anciennement les chrestiens adoroient vers le levant? Ce Pere donc vouloit que la croix fust mise au lieu vers lequel se faysoit l’adoration.
Constantin (comme dit Sozomene) dressa son labare en forme de croix, parce que la coustume estoit que les soldats fissent reverence à cet estendart, afin que par là peu à peu ils fussent accoustumez, par la continuelle veuë et veneration de la croix, à rejetter le paganisme et embrasser la foy de Jesus-Christ.
Sainct Chrysostome appelle la figure de la croix plus digne que tout honneur : Omni cultu digniorem, et recommande en sa liturgie, comme j'ay dit nagueres, que le prestre venant à l’autél fasse la reverence à la croix.