‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 55 sur 355 · LIVRE II, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IX

» la poictrine vitale, ouvres les huis du ciel; heureuse lance, » navre-nous de l’amour de celuy qui a esté blessé par toy. »

Voilà les subtiles recherches que fait ce playsant traitteur pour convaincre les catholiques d’estre « Forcenez, rendus » punais (1) par l'idolastrie, et plus stupides que le bois; » car c’est ainsi qu'il nous traitte. De Beze luy avoit ouvert le chemin en ses marques de l'Eglise, que ce grand esprit de Sponde luy a si bien effacées, qu'il m'eust osté l’ennuy de respondre à ce poinct, si Dieu ne l’eust voulu lever des ennuys de ce monde, avant que son œuvre fust achevée.

Je respons donc au traitteur, à de Beze, et à leurs semblables, cottant par ordre les griefs qu'ils ont peu pretendre en cet endroict, et les raisons pour lesquelles ils ne sont recevables.

1° Ils treuvent mauvais que l’on parle à la croix, qu’on la saluë, et beaucoup plus qu’on l’invoque, puisqu'elle n’a ny sentiment ny entendement : mais à ce compte, il se faudroit mocquer des saincts prophetes, qui, en mille endroicts, ont addressé leurs parolles aux choses insensibles. « O cieux, jettez la rosée d’en » haut, et que les nuées pleuvent le juste, que la terre s'ouvre, » et qu'elle germe le Sauveur! O cieux ! oyez ce que je dy, j'in- » voque à tesmoin le ciel et la terre (Isa. 45). Benissez, soleil » et lune, le Seigneur, loüez-le, soleil et lune, qu’as-tu, Ô mer, » qui te fasse fuyr, et toy, à Jourdain, que tu sois retourné en » arriere (Psal. 148)? »

5. André ne vit pas si-tost la croix en laquelle il devoit estre crucifié, quil s’escrie sainctement : « O bonne croix, qui as receu » ton ornement des membres de mon Seigneur, long-tems de- » sirée, soigneusement aymée, cherchée sans relasche, et enfin » preparée en mon esprit, reçcoy-moy d’entre les hommes, et » me rends à mon maistre, affin que celuy-là me recoive par toy, » qui par toy ra rachepté. »

La devote Paula, entrée dans l’estable où Nostre-Seigneur nasquit, avec des larmes entremeslées de joye, souspiroit en cette sorte : « Je te saluë, Ô Bethleem! maison de pain, en la- » quelle est né ce pain qui est descendu du ciel. Je te saluë, » Ephrata, region tres-fertile et porte-fruict, de laquelle Dieu » est la ferulité. »

Lactance, parlant du jour de la resurrection : Salve, festa des, dit-il, {oto venerabilis ævo, Je te saluë, Ô jour, en tout tems venerable. Ce sont des facons ordinaires aux ames vivement esprises de quelque affection. Qui ne sçayt combien les

(4) Puants, pourris (Un œuf punais).

apostrophes et prosopopées sont en commun usage à toutes sortes de gens? Et quelle plus grande ineptie que de faire le fin à reprendre semblables termes, et quel danger y peut-il avoir en ce langage : ;

Auge pis justitiam

Reisque dona veniam.

Donne aux bons accroist de justice,

Pardonne aux pechenrs leur malice,

qui a son patron et modele en l’Escriture saincte, et mille traicts des plus anciens Peres pour garants? La rosée qu’Isaye demande aux cieux n'est autre que le Sauveur; et David demande au feu, gresle, neige, glace, qu'elles loüent Dieu; et S. André à la croix, qu’elle le rende à son maistre. Mais ces choses leur sont autant impossibles que de pardonner aux pecheurs.

Or, quoy qu’en toutes ces mamieres de dire les parolles s’addressent à la croix, au ciel, à la neige, et semblables choses inanimées, si est-ce que l’invocation passe plus outre, et se rapporte à Dieu et au Crucifix. Voicy un exemple signalé : Josué desire que le soleil et la lune s’arrestent au milieu de leur carriere. À quoy, je vous prie, s’addresse-t-il pour en avoir l’effect? Quant à l'intention, pour vray il fait sa requeste à Dieu : Tunc locutus est Josue Domino, 1n die qua tradidit Amorrhæum in conspectu filiorum Israel (Jos. 10) ; Alors Josué parla au Seigneur, en la journée que Dieu livra l'Amorrheen à la veuë des enfans d'Israël.

Voilà son intention qui va droict à Dieu; mais quant à ses parolles, elles n'arrivent que jusques au soleil et à la lune : Dixitque coram eis : Sol, contra Gabaon ne movearis, et luna, contra vallem Ajalon (Jos. 10); Et dit devant iceux : O soleil, n’avance point contre Gabaon, et toy, Ô lune, contre la vallée d’Ajalon. Voilà les parolles qui sont addressées au soleil et à la lune, et voicy l’effect qui ne part que de la main de Dieu : Stetit itaque sol in medio cœli, et non festinavit occumbere spatio unius diei : non fuit postea et antea tam longa dies, obediente Deo voci homainis (Ibid. 13}; Donc le soleil s’arresta au milieu du ciel, et ne se coucha point par l’espace d’un jour : jamais auparavant, ny apres, jour ne fut si grand, Dieu obeyssant ou secondant à la voix de l’homme.

Cette priere donc, donne aux bons accroist de justice, n’a que le son exterieur des parolles qui va à la croix; le sens et l’intention se rapportent du tout au Crucifix. Quand Josué demande au soleil qu'il cesse son mouvement, c’est prier Dieu qu'il l’arreste;

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