LIVRE II, CHAPITRE IX
quand nous demandons à la Croix qu'elle pardonne aux pecheurs, c'est prier le Crucifié qu’il nous pardonne par sa passion. Et si les parolles semblent mal addressées quant à leur propre signification, elles sont neantmoins redressées par l'intention de ceux qui les proferent, et ny a aucune messeance, parce que ces façons de parler sont ordinaires, familieres, et bien entenduës de ceux qui ne sont pas chicaneurs et mal affectionnez.
2° J'ay donc assez respondn à la plainte que fait le traitteur touchant la salutation et invocation de la croix, et par consequent à ce qu'il peut alleguer de la priere faite en la rythme françoise, qu'il dit estre és Heures faites à l'usage de Rome. J’admire seulement cette ame delicate, laquelle ayant dit que cette rythme se treuve presque en toutes les Heures, interprete tout à coup son presque de celles seules de Michel Jove, imprimées l’an 1568; et pour estre encore plus inepte, veut mettre en usage une vieille rythme platte françoise, és Offices de Rome. Ne sçaytil pas qu’on ne/parle pas françois à Rome, surtout és offices? La medisance n’a soin que de parler, sans se mettre en peine de scavoir comment. Or il veut faire passer cette calomnie sous corde, parce que bien souvent les libraires joignent avec les Heures, en un mesme volume, plusieurs traittez et oraisons, aussi mal à propos que sans congé ny raison.
Mais luy qui ose bien censeurer les œuvres de S. Augustin, et en rejelter plusieurs pieces, comme n'ayant le style et la gravité assortissante aux autres, quoyqu’elles soient comprises sous le mesme tiltre, n’a-t-il point cognu que ces rythmes françoises , et autres telles raisons , ne sont pas des appartenances de l'Office et des Heures de Rome? Il est sot s’il ne l’a consideré ; 1l estimposteur s’il l’a consideré. Ce n’est pourtant pas pour absurdité que j'estime estre en l’estoffe de cette rythme-là, que j'en parle ainsi; car elle ne contient rien qui n’ayt une bonne intelligence, comme il paroist assez de ce que j'ay dit cy-devant.
3° Autant en dy-je de la devotion, dont se servent aucuns la semaine saincte, et des vendredys blancs ,queletraitteuradvance et tasche de noircir. Ce sont observations dignes de luy, et ne touchent aucunement l'Eglise catholique; car ces devotions n'ont aucune authorité publique, ny ne sont joinctes aux Heures, comme parties d'’icelles. Nos calendriers appreuvez ne font mention ny des vendredys blancs,ny des vendredys noirs. Une sottise ne laisse pas d’estre telle, pour estre imprimée, ou attachée au bout de quelques beaux livres. Si (1) ne veux-je pas dire que la substance de ces devotions soit mauvaise. Il y a peut-estre quel-
(1) Toutefois.
ques circonstances plus legeres que vicieuses; mais c’est une vanité intolerable, d'aller à la recherche de ces pointilles, au lieu d'une dispute serieuse.