‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 59 sur 355 · LIVRE II, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE X

tomus suo more canil, signo, quod Signalæ rei convenit tribuens. Ista verd postea pontifici non sine blusphemia et idololatria ad signum ipsun retulerunt; c'est-à-dire, Chrysostome à sa façon chante les loïanges de la croix, attribuant au signe ce qui convient à la chose signifiée; mais par apres les papaux ont rapporté ces choses au signe mesme, non sans blaspheme et idolastrie. Quand j'ay veu cela, dis-je, j'ay admiré la vehemence de cette passion, qui ne permet aux novateurs de prendre en bonne part de l'Eglise catholique les mesmes mots, et les mesmes parolles qu’ils prennent bien en bonne part de la bouche de $. Chrysostome. Qui leur a dit, je vous prie, que parlant comme S. Chrysostome, nous entendons autrement que luy? C'est chose certaine que nous attribuons bien souvent au signe ce qui convient à la chose signifiée; comme quand nous disons : Sire ! j honore vostre sceptre, ou bien : Seigneur! j'adore vostre Croix.

Enfin, ce serait bien en cet endroict où auroit lieu la distinction tant preschée par le traitteur, de la croix tourment, et de la croix instrument de tourment; car bien souvent, loüant la croix, on n'entend pas parler du seul bois, ou signe de la croix; ains encore des tourmens et peines que Nostre-Seigneur a soufferts. Mais le traitteur n’a garde d'employer la distinction à bien et à propos.

Le traitteur passe outre à se plaindre de ce qu'on appelle le vendredy aoré, c’est-à-dire adoré, à cause de l’adoration de la croix de ce jour-là. Or ne sçay-je bonnement si aoré veut dire adoré, ou doré, ou bien de requeste, priere et oraison.

Mais je dy : 1° Que ce mot ne touche sinon certaines parties de la France ; ailleurs on ne l'appelle point ainsi. 2° Que c’est un nom bien appliqué; car, en cet endroict, adoré ne veut dire autre chose que veneré et honoré. Or, qui ne sçayt que les jours esquels se sont faites quelques sainctes actions, ou bien ceux esquels on en fait memoire, sont par toute l’Escriture appellez {ressaincts et tres-celebres et venerables? Le dimanche est appellé jour du Seigneur (Levit. 23), pour ce qu'il est dedié à Dieu. S. Augustin l'appelle venerable, comme Lactance et S. Chrysostome appellent de mesme le jour de Pasques. Pourquoy ne sera venerable le vendredy, dedié à Dieu en l'honneur de la passion ? Je dy de plus que la raison principale pour laquelle ce jour-là est appellé aoré n’est pas l’adoration exterieure de la croix, mais la saincteté de la mort du Sauveur, laquelle y est celebrée, dont l’adoration exterieure n’est qu'une protestation.

Or, combien soit ancienne la celebration du vendredy, et surtout du vendredy sainct, à l'honneur de la croix, S. Chrysostome en tesmoignera : « Commençons aujourd'huy, mes tres-chers » (dit-il), à prescher du trophée de la croix, honorons cette » journée, ains soyons plutost couronnez en celebrant ce jour; » car la croix n’est point honorée par nos parolles, mais nous » meriterons les couronnes de la croix, par nostre fidelle confes- » sion : aujourd'huy la croix a esté fichée, et le monde a esté » sanctifié. » Et ailleurs : « Aujourd’huy Nostre-Seigneur a esté » pendu en la croix, celebrons de nostre costé sa feste d’une trop » plus grande joye, pour apprendre que la croix est la substance » de toute nostre resjouyssance spirituelle; car auparavant le » seul nom de la croix estoit une peine, mais maintenant il est » nommé pour gloire : jadis il portoit l'horreur de condamna- » tion, maintenant c'est un indice de salut; car la croix est » cause de toute nostre felicité. » Et plus bas : « Ainsi S. Paul » mesme à commandé que l’on fist feste pour la croix, adjous- » tant la cause en cette sorte : Parce que Jesus-Christ nostre » pasque a esté immolé pour nous (1. Cor. 5). Vois-tu la liesse re- » ceuë pour le regard de la croix? car en la croix Jesus-Christ a » esté immolé. »

Sozomene tesmoigne que Constantin le Grand, long-tems avant S. Chrysostome, « a veneré le jour du dimanche, comme celuy » auquel Jesus-Christ ressuscita des morts, et le vendredy, » comme celuy auquel il fut crucifié; car 1l porta beaucoup » d'honneur à la saincte croix, tant pour le secours receu par la » vertu d'icelle en la guerre contre ses ennemys, qu'aussi pour » la divine vision qu'il eut d'icelle. »

Mais non-seulement S. Chrysostome escrit qu’on honoroit beaucoup le vendredy pour la croix, ains dit ouvertement qu’au vendredy sainct on adoroit la croix : « Le jour anniversaire re- » vient, qui represente la trois fois heureuse et vitale croix de » Nostre-Seigneur, et nous la propose pour estre venerée, et » nous fait chastes, et nous rend plus robustes et prompts à la » course de la carriere des sainctes abstinences, nous dis-je, qui » d'un cœur sincere et avec levres chastes la venerons; » Nos qui sincero corde eam cashisque labris veneramur.

Or sus donc, quel danger y a-t-il d'honorer la croix, la baiser, et de nommer le vendredy aoré, ou adoré ; voire quand on le nommeroit ainsi pour l’adoration de la croix qu’on fait ce jourlà? Pourquoy appelloit-on le jour de Pasques, Pasques, sinon parce qu’en iceluy se fit le passage du Seigneur, et de ce passage

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