‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 60 sur 355 · LIVRE II, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE X

prit son nom et le jour, et l’immolation laquelle s'y faysoit. Les jours prennent leur nom bien souvent de quelque action faite en iceux : aussi le vendredy peut estre aoré, par occasion de l’adoration de la croix faite en iceluy.

Mais, comme on n’appelloit pas les tables, cousteaux, nappes, et autres appartenances de l’immolation de la pasques, du nom de pasques; ainsi n’appelloit-on pas aoré ny le lieu, ny l’estuy, ny les doigts, ny la main qui touchent la croix, comme veut inferer le traitteur. La raison est manifeste, parce que tout cela n'est pas dedié à la celebration de cette action, ou adoration, comme le jour. Mais le traitteur n’a ny regle ny mesure à faire des consequences : pourveu qu'elles soient contraires à l’antiquité, ce luy est tout un.

Je dy de mesme, quant à la lance, qu’elle est honorable pour avoir esté trempée au sang de Nostre-Seigneur. S. Ambroise confesse que Clavus ejus in honore est, Que le cloud de Nostre- Seigneur est en honneur. Pourquoy non la lance? Aussi S. Athanase l'appelle sacrée. Que si on luy addresse quelques prieres, c’est pour exprimer un desir bien affectionné, et non pour estre oùy, ou entendu d'’icelle. C'est de Nostre-Seigneur duquel on attend la grace : si l’on en fait feste, c’est pour remercier Dieu de la passion de son Fils, et de son sang respandu, de quoy la lance ayant esté l'instrument, elle en est aussi le memorial, et en esmeut en nous la vive apprehension, qui nous en fait faire feste, quoy que nos kalendriers ordinaires ne font aucune mention de cette solemnité, qui n’est aucunement commandée en l'Eglise romaine.

J'ay donc assez dechargé l'Eglise des inepties et parolles idolastriques que le traïtteur luy vouloit imposer; il n’y a rien de si grave et bien-seant de quoy Democrite ne rie, rien de si ferme de quoy Pyrrhon ne doubte. La temerité de l’heretique, qui n'a ny front ny respect, mais tient ses conceptions pour des divinitez, se rit et mocque de toutes choses, qui des ceremonies, qui du purgatoire, qui des parolles, qui de la Trinité, qui de l'Incarnation, qui du Baptesme, qui de l’Eucharistie, qui de l’Epistre de S. Jacques, qui des Machabées, et tous avec une esgale asseurance. Ils sont assis sur la chaire pestilente de mocqueries ; leurs mocqueries empestent beaucoup plus les simples que leurs discours.

CHAPITTR EXT.

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