L'IMAGE DE LA CROIX EST DE GRANDE VERTU
ENCORE deplaist-il au traitteur que nous appellions la croix : Remede salutaire. Les anciens l’ont ainsi appellée, et Dieu, par mille experiences, en a rendu tesmoignage, non-seulement à l’esgard de la croix qui apparut à Constantin, où estoient escrites ces parolles : Surmonte par cecy : mais Nostre-Seigneur luy commanda qu'il fist faire une pareille croix, pour s'en servir comme d’une deffense en bataille; dont il fit dresser son labare, richement esmaillé, en cette forme-là, duquel il se servoit comme d'un rempart, contre tout l'effort de ses ennemys, et sur ce patron fit faire plusieurs autres croix, qu'il faysoit tousjours porter en teste de son armée.
Entre autres, en la bataille qu’il gaigna sur Maxence, il recognut que Dieu l’avoit tres-favorablement assisté, par l'enseigne de la croix; car estant de retour d’icelle, apres qu'il eust rendu graces à Dieu, il fit poser des escriteaux et colomnes en divers endroicts, esquels il declaroit à un chacun la force et vertu du signe salutaire de la croix, et particulierement il fit dresser au fin milieu d’une principale place de Rome sa statuë, tenant en main une grande croix, et fit inciser en characteres qui ne se pouvoient effacer, cette inscription latine : Hoc salutari signo, veræ forlitudinis indicio, civilatem vestram tyrannidis jugo hberavi, et S. P. Q. R. (1) in libertalem vindicans pristinæ amplhtudini et splendori restitui ; c’est-à-dire : J'ai delivré vostre cité du joug de tyrannie par cet estendart salutaire, marque de vraye force, et ay restabli en son ancienne splendeur et grandeur le senat et peuple romain, le remettant en liberté. Ce fut la confession qu'il fit de la croix vainqueresse.
Une autre fois, combattant contre Licinius, ayant au front de son armée l’estendart de la croix, il multiplioit tousjours les trophées de sa victoire ; car partout où cette enseigne fut veuë, les ennemys prenoient la fuitte, et les vainqueurs les chassoïent. Ce qu'ayant entendu l’empereur, s’il voyoit quelque partie de son armée affoiblie et allangourie (2) en quelque endroict, 1l commandoit que l’on y logeast cette enseigne salutaire, comme un secours asseuré pour obtenir victoire, par l’ayde de laquelle la victoire fut soudainement acquise : d'autant que les forces des combattans, par une certaine vertu divine, estoient beaucoup
(1) Senatum Populumque Romanum. — (2) Rendue languissante.