LIVRE IT, CHAPITRE XII
» sostome, avec grand soin, la croix au dedans des maisons, és » murailles, és fenestres. Pour vray, nous adorons la figure de la » croix, la composant de deux bois, » dit en termes expres le grand Athanase.
« Si est-ce, dit le petit traitteur, que ces mots exposez se » lisent au huictiesme livre d'Arnobe, respondant à l’objection » des payens, qui blasmoient les chrestiens, comme s'ils eussent » honoré la croix : Nous n'honorons, ny desirons d’avoir des » croix. » Je viens de rencontrer cette mesme objection en Ilyricus, au livre 40 du Catalogue des tesmoins de la verité pretenduë, qui est, ce me semble, le lieu où ce traitteur l’a puisée ; mais il ne la coupe pas du tout si courte que cestuy-cy. « Arnobe, dit-il, qui vivoit l'an 330, liv. 8, contre les Gentils, » refutant dette calomnie, comme si les chrestiens eussent adoré » les croix, lesquelles ils faysoient en l’air, affin d’estre recognus » par cette profession exterieure d’avec les payens, respond en » cette sorte : Nous n’honorons ny desirons les croix, vous voi-
» rement qui consacrez des dieux de bois, adorez par fortune » des croix de bois, comme partie de vos dieux. »
Or je remarque que ces deux livres reformez ont cette contrarieté, que ce que le petit traitteur applique aux croix materielles, le Catalogue l'assigne au signe fait en l'air : mais ils n’ont qu'une intention de contredire à l'Eglise. L'un ne veut confesser ce qui est presupposé en l'objection des payens, à sçcavoir, que les chrestiens eussent si anciennement des croix en matiere subsistante : et l’autre le confessant, veut monstrer par-là qu'il ne les faut point honorer. Mais pour venir à mon propos, prenons, je vous prie, raison en payement.
Est-il raisonnable que ce traitteur, qui, à plusieurs passages de S. Augustin, ne respond autre chose, sinon que les livres alleguez ne sont pas de S. Augustin, sans autre raison, sinon qu'Erasme et les docteurs de Louvain l'ont ainsi jugé? est-il raisonnable, dis-je, qu'il soit receu à produire un 8° livre d’Arnobe contre les Gentils, puisque c’est chose asseurée qu'Arnobe n’en à escrit que sept? Peut-estre que le traitteur ne sçavoit pas cecy; mais un homme si aigre et chagrin à censeurer les autres ne peut estre excusé par l'ignorance, laquelle ne sert qu'aux humbles. Voicy les parolles de S. Hierosme, qui estoit tout voisin d’Arnobe : Arnobe, dit-il, « basty sept livres contre les Gentils, et autant son disciple Lactance. Si j'estois autant indigent de droict et de raison que le traitteur, je m'arresterois là, sans apporter autre response.
Mais je dy en second lieu que quand ce huictiesme livre seroit d'Arnobe, si ne faudroit-il pas l'entendre si cruëment, et dire que les chrestiens de ce tems-là ne desirassent ny honorassent les croix en aucune façon. Ma raison est claire : on ne sçauroit nier, qu'environ le tems d’Arnobe, les chrestiens dressoient, honoroiïent et desiroient les croix. « Arnobe, dit [lyricus, vivoit » environ l'an 330. » Environ ce tems-là vivoit Constantin le Grand, S. Athanase, S. Antoine, S. Hilarion, Lactance Firmien, Un peu auparavant vivoient Origene, Tertullien, Justin le martyr; un peu apres S. Chrysostome, S. Hierosme, S. Augustin, S. Ambroise, S. Ephrem.
Constantin fait dresser des croix pour se rendre aggreable aux chrestiens, et les rend adorables à ses soldats. S. Athanase proteste que les chrestiens adorent la croix, et que c’est un preignant (1) remede contre les diables. S. Hilarion l’employe contre les desbordemens de la mer. Lactance, disciple d’Arnobe, fait un chapitre tout entier de la vertu de la croix. Origene exhorte qu'on s’arme de la saincte croix. Tertullien confesse que les chrestiens sont religieux de la croix : autant en fait Justin le martyr. S. Chrysostome en parle comme nous avons veu, et S. Ephrem aussi. $S. Ambroise asseure qu’en ce signe de Jesus- Christ gist le bon-heur et prosperité de toutes nos affaires. S. Hierosme louë Paula prosternée devant la croix. S. Augustin tesmoigne que cette croix est employée en tout ce qui concerne nostre salut.
N'ay-je donc pas raison de dire que S. Augustin dit à Julien, qui alleguoit S. Chrysostome contre la croyance des catholiques : ltane, dit-il, 2séa verba sancti Joannis episcopi, tanquam à contrario, tot , taliumque sententüs collegarum ejus, 0pPponere, eumque ab illorum concordissimä societate sejungere, et eis adversarium constituere ? Sera-t-il donc dit, petit traitteur! qu’il faille opposer ces parolles d’Arnobe comme contraires à tant et de telles sentences de ses collegues, et le separer de leur tres-accordante compaignie , et le leur conslituer ennemy et adversaire? Pour vray, si Arnobe vouloit que la croix ne fust aucunement ny desirée ny honorée, il desmentiroit tous les autres ; si au contraire les autres Peres vouloient que la croix fust desirée et honorée de toute sorte d'honneur, et en toute façon, ils desmentiroient Arnobe, ou l'autheur du livre que le traitteur luy attribuë. Ne les mettons pas en ces dissensions : baillons à leur dire un sens commode, par lequel ils ne s’offensent point les uns les autres, accommodons-les ensemble, s'il se peut faire, et
(1) Pressant.