LIVRE IT, CHAPITRE IV
Dieu (1. Cor. 11). Il ne parle pas là le jargon huguenot, mais le vray et simple langage catholique; la coustume de l'Eglise de Dieu luy sert de raison. Aussi cette Espouse est trop assistée de son Espoux, pour broncher et decheoir en son chemin.
3° Si, pour honorer et servir Dieu en esprit et verité, il faut rejetter les ceremonies qui ne sont commandées en termes exprez dans l’Escriture, donc S. Paul ne devoit pas ordonner aux hommes de prier descouverts, et les femmes voilées (1. Cor. 11), puisqu'il n’en avoit aucun commandement; ny les Apostres de deffendre le sang immonde et suffoqué (Act. 15). Et pourquoy estce, à reformateurs, que vous priez mains joinctes et agenoüillez?
Nous avons, direz-vous, l'exemple de Jesus-Christ et des Apostres. Mais si leur exemple a quelque pouvoir sur vous, que ne lavez-vous les pieds avant la cene, comme Nostre-Seigneur en a non-seulement monstré l'exemple, mais invité à iceluy (Joan. 13)? Que n’oignez-vous vos malades d’huyle, comme faysoient les Apostres (Marc. 6; Jac. 5)? Que ne laissez-vous toutes vos possessions et commoditez à leur exemple? Que ne faites-vous la cene à la cene, c’est-à-dire au souper, et non au malin, et au desjeuner.
4° Mais qui oùyt jamais telle consequence : il faut prier en esprit et verité, donc il ne faut pas prier avec ceremonie? Les ceremonies sont-elles contraires à l'esprit et verité, pour bannir l'un par l’establissement de l’autre? Qui chargea Abraham, Aaron, Moyse, David, S. Paul, $. Pierre et mille autres, de prier les mains levées, et les genoux en terre? Et cela les empeschoitil de prier en esprit et verité, ou d’estre vrays adorateurs? C’est une ignorance effrontée de tirer les Escritures à des sens si ineptes : c’est une impieté formée, non pas une pieté reformée.
Tant s’en faut que prier en esprit et verité soit prier sans ceremonie, qu’à peine se peut-il faire que celuy qui prie en esprit et verité ne fasse des actions et gestes exterieurs assortissant aux affections interieures, tant les mouvemens interieurs de l’ame ont de prise sur les mouvemens du corps. « Et je ne sçay comment, » dit S. Augustin, ces mouvemens du corps ne se pouvant faire, » sinon que l’esmotion de l'esprit precede, et derechef ces mou- » vemens estant faits au dehors perceptiblement, l’esmotion invi- » sible et interieure en croist : si que l'affection du cœur qui a » precedé à produire ces mouvemens exterieurs, croist et s'aug- » mente, parce qu'ils sont faits et produits. »
Une ame bien esmuë est esmuë partout, en la langue, aux yeux, aux mains. Prier en esprit et verité, c’est prier de bon
cœur et affectionnement sans feinte ny hypocrisie : et au reste y employer tout l’homme, l'ame et le corps, affin que ce que Dieu a conjoinct ne soit separé (Matth. 19). Je laisse à part la naïfve intelligence de ces parolles de Nostre-Seigneur, qui oppose l’adoration en esprit, à l’adoration propre aux Juifs, qui estoit presque toute en figures, ombres et ceremonies exterieures; et l’adoration en verité, à l’adoration fausse, vaine, heretique et schismatique des Samaritains. Ce que je fais icy n’a pas besoin d'un plus long discours.
5° Si, parce que S. Paul nous enseigne de ne cognoistre pas Jesus-Christ selon sa chair, il ne se faut amuser à la croix, ny à semblables choses terriennes, pourquoy fait-on compte de la mort et passion de Jesus-Christ, qui n'appartiennent qu'a la chair et pour le tems de sa mortalité? Que voulez-vous dire, à traitteur ! qu'il ne faut cognoistre Jesus-Christ selon la chair? Si vous entendez selon vostre chair, ou celle des autres hommes, je le confesse absolument; mais vous serez inepte de rejetter par-là la croix, car la croix n’est ny selon vostre chair, ny selon la mienne : elle luy est contraire et ennemye. Si vous entendez selon la chair de Jesus-Christ mesme, comme c’est le sens plus sortable, il ne faudra pas dire qu’absolument il ne faille cognoistre et recognoistre Jesus-Christ selon la chair; car n'est-il pas nay de la Vierge selon la chair? n’est-il pas mort, ressuscité et monté au ciel selon la chair? n’a-t-il pas sa vraye chair à la. dextre du Pere? n'est-ce pas sa chair reelle selon la verité, ou au moins le signe de sa chair, selon la vanité de vos phantaysies, qu'il nous a donné en viande? faudroit-il donc oublier tout cela avec le Verbum caro factum est?
« Quand donc saint Paul dit qu'il ne cognoist Jesus-Christ selon la chair, c’est selon la chair de laquelle il parle ailleurs, disant : Que Jesus-Christ, és jour de sa chair, a offert des prieres et supplications à son Pere (Heb. 5), où le mot de char se prend pour mortalité, infirmité et passibilité, comme s'il eust dit : Que Jesus-Christ, pendant les jours de sa chair mortelle, infirme et passible, a offert prieres et supplications à son Pere. Ainsi disant qu'il ne cognoist plus Jesus-Christ selon la chair, il ne veut dire autre chose, sinon qu'il ne tient plus, ny ne cognoist Jesus-Christ pour passible et mortel, qualitez naturelles de la chair; et en un mot qu’il ne cognoist plus selon la chair accompagnée des infirmitez de sa condition naturelle.
6° Autant hors de raison allegue-t-il saint Paul, au 3° des Coloss.; car outre ce que les parolles qu’il dit y estre n’y sont