CHAPITRE V
LA CROIX DOIT ESTRE EMPLOYÉE A LA BENEDICTION DES CHOSES , A L'EXEMPLE DE L'EGLISE ANCIENNE.
Puisqu'on peut prier par les sainctes et legitimes ceremonies, pourquoy ne priera-t-on pas par le signe de la croix, saincte et chrestienne ceremonie? Mais parlons pour ce coup de la benediction des creatures, qui a accoustumé d’estre faite en l'Eglise, laquelle n’est autre chose qu’une priere et bon souhait, par lequel on demande à Dieu quelque grace et bien-fait pour la creature, sur laquelle on a quelque advantage ou superiorité; car c’est sans contradiction que ce qui est moindre est beny par le meilleur (Heb. 7). Or, monstrons l'usage que le signe de la croix a en cet endroict.
En l’ancienne loy, où tout se faysoit en ombre et figure, la benediction ordinaire que les prestres faysoient avoit entre autres ces deux parties exterieures. L'une estoit que les prestres y employoientces parolles determinées : Le Seigneur te benie et garde, le Seigneur te monstre sa face, eb ayt musericorde de toy. Le Seigneur retourne son visage vers loy, et te baille la paix (Num. 6). L'autre estoit que le prestre eslevoit la main, comme tesmoignent les rabbins, au rapport du bon et docte Genebrard, et qu'il est aysé à recueillir de la prattique qu’on voit en l’Escriture : Aaron, dit-il, eslevant la main vers le peuple le benist (Levi. 9). Coustume laquelle prit son origine de la loy de nature, ainsi qu'il paroïist en la benediction que Jacob donna à ses petits enfans (Gen. 48), et a duré encore au tems de Nostre-Seigneur, dont S. Matthieu dit : Que les Jus luy amenoient les petits enfans, à ce qu’il leur imposast les mains (Matt. 19), c’est-à-dire, à ce qu'il les benist. Et de fait S. Marc tesmoigne en ces termes exprez : Que Jesus-Christ ayant pris ces petits en ses bras, mettant ses mains sur eux wl les benist (Marc. 10).
On observe encore en toutes les benedictions ecclesiastiques ces deux choses, mais avec une plus claire manifestation des mysteres qui y sont contenus.
1° On invoque le nom du Pere, et du Fils, et du Sainct-Esprit. C'est ce que l’on faysoit anciennement à couvert; car où visoit, je vous prie, cette repetition ternaire : Le Seigneur le benie, le Seigneur te monstre sa face, le Seigneur retourne son vi-