LIVRE II, CHAPITRE V
sage vers tot, sinon au mystere de la tres-saincte Trinité ? Aussi bien que la benediction de David : Dieu nous benie, nostre Dieu nous benie (Psal. 66)?
2° Au lieu qu’anciennement on levoit et imposoit simplement les mains, maintenant on exprime le signe de la croix pour protester que toute benediction a son merite et valeur de la passion de Jesus-Christ, laquelle est encore appellée exaltation. Que dira le huguenot? Si on leve la main pour benir, c’est à l’imitation du Sauveur, qui, montant au ciel, benit ses disciples eslevant les mains (Luc. 24). Si on fait le signe de la croix, c'est pour monstrer d'où nos benedictions ont leur vigueur et force. Jacob toucha desjà cette forme, quand il croisa ses mains, benissant les enfans de Joseph, pour preferer le moindre à l’aisné (Gen. 48) : presageant que Nostre-Seigneur, ayant les bras en croix, beniroit le monde, en sorte que les Gentils demeureroient en effect preferez aux Juifs.
Mais, puisque le Sauveur, dira peut-estre le huguenot, benissant ses apostres, n’usa point du signe de la croix, pourquoy est-ce que vous l’employez? Pour vray, je ne sçay si le Sauveur fit ce signe; car l’Escriture, qui ne l’asseure pas, ne le nie pas aussi. Si sçay-je bien que le Crucifix mesme, benissant, n’a pas eu besoin d’user du signe de la croix; car, qu’a-t-1l besoin de s’invoquer soy-mesme, ou protester que la benediction vient de luy? Au demeurant, le signe de la croix estoit assez és mains de Nostre-Seigneur sans qu'il fist aucun autre mouvement : qu’estoient ces trous c2 rertuis qu'il avoit en ses mains, mesme apres sa résurrection, sinon des marques et signes exprez de sa croix ? qu’estoit-] donc besoin qu'il en fist aucuns autres? Mais les chrestiens, eslevant les mains pour benir, ont toute raison de former le signe de la croix, pour monstrer qu'ils ne pretendent aucune benediction, qu'au moyen de l’exaltation de Nostre-Seigneur, faite sur la croix. |
Or, combien que cette coustume ayt esté prattiquée en l’ancienne Eglise, en voicy des preuves certaines : Toutes choses qui profitent à nostre salut sont consommées par la croix, dit S. Chrysostome. S. Denys parlant de ceux qu’on consacroit : Or, dit-il, l’evesque benissant imprime en chacun d’iceux le signe de la croix. S. Cyprien atteste que sans ce signe il n’y a rien de sainct. Ainsi S. Hilarion benit avec la main ceux qui luy amenerent un gentil-homme français de la Cour de l'Empereur, pour estre delivré du malin esprit. Et Ruffin nomme une douzaine d’hermites, Par les mains, dit-il, desquels àl eut cet
honneur d’estre beny. S. Augustin ayant visité un malade, chez lequel il treuva l’Evesque du lieu : Ayant, dit-il, receu la benediction de l'Evesque, nous nous retirasmes. Ce fut sans doute par le signe de la croix, sans lequel il n’y a rien de sainct. « Le preteur d'Orient, arrivé en la cité d’'Apamée, voulut ren- » verser un temple de Jupiter, selon le pouvoir qu’il en avoit » de Constantin; mais il le treuva tellement cimenté et entre- » serré et lé avec du fer et du plomb, qu'il ne pensoit » qu'aucune force humaine le peust dissoudre. Un certain simple » homme prit charge de le faire, et creusant sous les principales » colomnes l’une apres l’autre, mettoit du bois dessous pour les » appuyer : puis y voulut mettre le feu, afin que les colomnes » tombassent; mais le diable, en forme horrible et noire, venoit » empescher la force et prise du feu. Ce qui fut soudain rapporté » à Marcel, evesque du lieu, lequel courant à l’eglise, fit apporter » de l’eau, laquelle ayant mise à l'autel, prosterné en terre, 1l » prioit nostre doux Seigneur qu’il ne laissast pas faire plus » grands progrez à l’impieté; et faysant le signe de la croix sur » l’eau, il commande à Equitius, son diacre, qu'il courre et aille » arrouser le feu de cette eau beniste, ce qu'il fit; et soudain le » diable, qui ne pouvoit souffrir la force de cette eau, s'enfuit, » et le feu allumé par l’eau, son contraire, comme si c'eust esté » de l’huyle, s'attache au bois, et en peu de temps le consomme, » si que les colomnes n'ayant plus leur appuy, cheurent, et tire- » rent à ruine apres elles toutes les autres avec ce qu’elles por- » toient : le fracas de cette cheute fut oüy par toute la ville, » laquelle s’assemblant à ce spectacle, et voyant la fuite du ». malin, se mit à loüer Dieu tout-puissant. »
Avez-vous veu, traitteur, faire l’eau beniste par le signe de la croix ? Theodoret en est mon autheur. Un bon personnage nommé Joseph, voulant bastir une eglise en la ville de Tiberias , à quoy il avoit besoin d’une grande quantité de chaux, fit faire environ : sept fourneaux : les Juifs empeschent par sorcelleries que le feu ne se puisse allumer, ny ne brusle; ce qu'apercevant Joseph, il prend un vase plein d’eau, et devant tous (car une grande troupe de Juifs estoit là à voir ce que feroit ce bon-homme) criant fort haut , il fait de sa propre main la croix sur icelle, et invoquant le nom de Jesus, il dit : Au nom de Jesus de Nazareth que mes peres ont crucifié, que vertu soil faite en celle eau, pour rejetter tout charme et enchantement fait par ces gens. Ainsi prend-il de l’eau en sa maison, en arrousant tous les fourneaux, et tout aussi-tost les charmes furent aneantis, et le feu sortit de-