‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 88 sur 355 · LIVRE III, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE V

vant tous, dont le peuple present s’en retourna jettant ce grand cry : Ü n'y a qu'un Dieu qui ayde aux chrestiens. Ce recit est de S. Epiphane, qui met le signe de la croix en usage pour les benedictions.

La mere de $S. Gregoire Nazianzene restant malade, ne pouvoit aucunement manger : si qu'elle couroit grande fortune de mourir faute de nourriture. Or voicy comme le mesmeS. Gregoire recite qu'elle fut secourue et nourrie.

« Il luy sembla, dit-il, que je venois à elle de nuict avec un » panier, et que je la paissois de pains tres-blancs, benis et si- » gnez selon ma façon ordinaire, et qu’ainsi elle estoit guerie, et » avoit repris ses forces : et cette vision de nuict fut suivie de la » verité; car dés lors elle revint à soy, et conceut une meilleure » esperance, comme on recognut evidemment. » La coustume de faire le signe de la croix sur la viande estoit ordinaire à ce grand et ancien theologien.

Julien l’Apostat fit peindre aupres de sa statuë (laquelle estoit en la place publique, selon la coustume) l’image de Jupiter comme venant du ciel luy apportant la couronneet pourpre, qui sont les habits imperiaux. Ztem, Mars et Mercure vis-à-vis de luy le regardant, comme pour tesmoigner qu’il estoit homme et vaillant et bien disant, affin que par là, sous pretexte de l'honneur qu'on avoit decreté aux empereurs, il forçast tacitement ses subjets à honorer les idoles peintes avec l’image d’iceluy ; car voicy son project : S'illeur pouvoit persuader d’honorer ces idoles, sa cause s’en alloit gaignée ; s'ils s’y rendoient difficiles, il pouvoit prendre occasion de se venger d’eux, comme de perturbateurs des coustumes romaines, qui auroient par ce refus offensé et la republique et l’empereur. Or peu s’apperceurent de cette tromperie, qui ne voulant plus adorer (c’est-à-dire honorer) , comme ils faysoient auparavant, l'image de l’empereur, ainsi mise parmy ces idoles, comme elle estoit, en furent enfin martyrisez; mais le menu peuple allant à la bonne foy, sans y entendre autre mal, pensant seulement rendre l'honneur ordinaire à l’empereur, faysoit la reverence à ces idoles.

Cependant l’empereur taschant tousjours plus à l’advancement de ce dessein, le temps estant venu de faire faire monstre aux soldats et les payer, il fit apporter pres de soy et de ces idoles du feu et de l’encens, et faysoit commander aux soldats qui recevoient leur paye, de jetter de l'encens sur le feu, comme si c'eust esté une ordinaire ceremonie militaire entre les Romains. Quelques-uns decouvrant la ruse, refuserent tout-à-fait de com-

mettre cette impieté : les autres, plus simples, firent ce qu’on leur commandoit, sans autre malice; les autres, ou par avarice, ou par crainte, se laisserent aller à ce peché. Or, aucuns de ceux qui avoient fait cet acte par ignorance et inconsideration, se treuvant le soir à table beuvant les uns aux autres selon la coustume, invoquoient Jesus-Christ sur leur breuvage, et faysoient le signe de la croix; un de ceux qui estoient assis leur dit comme ils osoient invoquer Jesus-Christ et faire son signe, veu qu'ils l’avoient renié peu auparavant. Eux, ayant decouvert la tromperie qu'on leur avoit faite, sortant aux places et ruës, crioient par tout lamentablement, qu’on les avoit trahis, qu'ils n’avoient commis le paganisme qu'avec les mains, et que leur cœur en avoit tousjours esté tres-esloigné : et venant à l’empereur, jettent à ses pieds l'argent qu’il leur avoit donné, luy demandant la mort en punition du crime qu'ils avoient commis, quoy qu'ignoramment. Sur quoy l’empereur bien qu’extremement depité, ne les voulut faire mourir, de peur qu'ils ne fussent tenus pour martyrs; mais les fit simplement casser.

Sozomene, qui raconte cette histoire, ne dit pas qu'ils fissent le signe de la croix, affin que mon adversaire ne se trompe à penser que je me sois trompé, comme luy-mesme a fait si souvent, mais c’est S. Gregoire Nazianzene. Ny ne faut pas treuver estrange que ces bons soldats fissent le signe de la croix pour boire ; car c’estoit anciennement la coustume de benir non-seulement la table et le repas, mais encore chaque viande à part, et le boire aussi.

Nous avons une grande preuve de cecy, en la gracieuse histoire que S. Gregoire de Tours escrit d’un prestre heretique, qui voulant prevenir non-seulement à benir, mais encore à manger, un bon prestre catholique romain (car le mot y est); qui estoit en mesme table, et l'ayant en effect prevenu aux premier, second et troisiesme plats qu'on apporta sur table, au quatriesme enfin l'ayant signé, l'humeur de son heresie ne portoit pas de rejetter le signe de la croix, comme fait celle des reformateurs, mettant le premier morceau en bouche, il le treuva si chaud qu’il en creva, faysant un grand bruit, qui baïlla (1) occasion au nostre de dire : Periit memoria hujus cum sonitu, et à celuy qui les avoit chez soy tous deux, de se faire catholique sur-le-champ.

Ainsi S. Chrysostome atteste qu'on faysoit la croix : /n symposûs et thalamis, c'est-à-dire, aux festins et licts nuptiaux. Ter-

(4) Donna.

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