LIVRE II, CHAPITRE VII
fans, S. Jean de porter des habits si grossiers, habiter és deserts, et non en la maison de son pere, ne boire ny vin, ny cervoise, ne manger que locustes (1) et miel sauvage, et porter cette ceinture de peau ? Quant à la ceinture, ilimitoit son Helie (1v. Reg. 1); mais sans commandement : et cependant ce sont choses que les Evangelistes ont estimées remarquables; aussi les ont-ils remarquées. Quand Helisée frappoit sur les eaux avec le manteau de son maistre (1v. Reg. 2), quel commandement en avoit-il? n’estoit-ce pas pour imiter ce que son maistre avoit fait peu auparavant ? Lever et imposer les mains pour benir, comme nous avons desjà remarqué cy-dessus, où fust-il commandé? et neantmoins la prattique en est tesmoignée par toute l’Escriture.
3° Que c’est une fausseté de dire que les chrestiens n’ont point esté commandez de se signer sur le front, car 1. Puisque le signe de la croix est une profession de foy et invocation du Crucifix , 1l est assez commandé de se signer au front, par tout où il est commandé de faire profession de foy et invoquer Jesus- Christ. Oüy, dira le traitteur, mais on peut prier Dieu en autre sorte. Jé le confesse ; mais je dy qu’on peut aussi prier en cellecy, aussi bien que levant les mains et les yeux. Et puisqu’aux generaux commandemens de prier Dieu, confesser la foy, et faire profession de sa religion, le signe de la croix n’est point forclos, pourquoy est-ce qu’on le forclora?
Calvin, confessant qu’on ne sçauroit monstrer par aucun texte exprez que jamais enfant fut baptisé par les Apostres, dit neantmoins tout hardiment que « Toutesfois ce n’est pas à dire » qu'ils ne les ayent baptisez, veu que jamais ils n’en sont » exclus, quand il est fait mention que quelque famille a esté » baptisée. » On ne peut pas, diray-je de mesme, monstrer expressement que l’oraison qui se fait par le signe de la croix soit expressemént commandée; toutesfois ce n’est pas à dire qu'elle le soit, veu que jamais elle n’est excluse, quand il est commandé de prier.
2. ltem, si la figure est commandée, la chose figurée est bien ässez recommandée, puisque la figure n’a esté prattiquée que pour recommander la chose figurée, et nous asseurer de l’evenement d'icelle. Or, s’il faut plus croire à S. Cyprien, S. Augustin, S. Ephrem, et autres tres-anciens Peres, qu’à ce petit traitteur, l'arrousement des poteaux et surseuils a esté figure de signe que l’on fait sur le front des chrestiens. Si donc la figure en fut commandée aux Juifs, les chréstiens en ont assez de
(1) Sauterelles.
fondement pour tenir la chose figurée pour toute commandée.
La circoncision, figure du baptesme, fut commandée pour les petits enfans en l’ancienne loy. Calvin ne fait point de difficulté de fonder sur ce commandement fait en la figure une certaine preuve de l’article du baptesme des petits enfans contre l’'anabaptiste : pourquoy ne sera-t-il loysible à S. Augustin, et aux autres Peres, de tirer en consequence la marque du sang de l'agneau imprimée sur l'entrée des maisons, pour monsirer le devoir que nous avons de marquer nos fronts, comme le surseuil de cette habitation terrestre, du signe de la saincte Passion? Voilà bien assez de commandement.
3. Mais parce qu'il n’est pas du tout exprez en l'Escriture, les Apostres le laisserent expressement en l’autre partie de la doctrine chrestienne et evangelique, appellée Tradition : « Quelle » que soit la conversation et action qui nous exerce, nous tou- » chons nostre front du signe de la croix. Que si tu demandes » le commandement escrit de ces observations, tu n’en treuveras » point : on te met au devant la Tradition pour authrice, la » coustume confirmatrice, et la foy observatrice. »
Ce sont les parolles de l’ancien Tertullien, et S. Basile disoit peu apres : « Nous avons quelques articles qui sont preschez en » lPEglise, de la doctrine baillée en escrit; nous en recevons » aussi quelques autres de la tradition des Apostres, laissée en » mystere, c'est-à-dire en secret, lesquels tous deux ont pa- » reille force pour la pieté, et personne n’y contredit pour peu » qu'il sçache quels sont les droicts ecclesiastiques : car si nous » taschons de rejetter les coustumes non escrites comme n’estant » gueres importantes, nous condamnerons aussi imprudemment » les choses necessaires à salut, qui sont en l'Evangile; mais » plutost nous ravalerons la predication mesme de la foy à une » parolle nuë et vaine. De ce genre est (affin que je cotte le pre- » mier ce qui est le premier et tres-vulgaire) que nous signons » du signe de la croix ceux qui ont mis leur esperance en » Jesus-Christ, qui l'a enseignée par escrit. »
Avez-vous oùy, petit traitteur, ce grand et ancien maistre, comme il tient l’observation de se signer au front pour toute commandée, quoy qu’elle ne soit expressement escrite? Que luy sçauriez-vous opposer, sinon qu'il est homme, à vostre accoustumée? Et certes il est homme, mais tres-chrestien, et tresentendu en la loy evangelique, regentant en l'Eglise au tems de sa plus grande pureté. C’estoit lors, comme l'appelle S. Gregoire Nissene : « Une voix et trompette magnifique, et l'œil