‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 93 sur 355 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

» de l'univers. » C’estoit un seul evesque; mais accordant et de tres-bonne intelligence en la doctrine et discipline ecclesiastique, avec tous ses collegues.

4. Enfin je voudrois bien que le traitteur cottast le tems auquel est naye l'erreur d'attribuer au bois ce qui est propre au Crucifié. S'il entend parler de l’honneur de la croix, qu'il reprend en l'Eglise catholique, 1l ne sçauroit monstrer quand il est nay; car il à tousjours esté. Et est inepte, disant qu’il est nay de simplicité : car S. Ambroise, S. Paulin, S. Augustin, et mille autres tels Peres qui ont enseigné cet honneur, comme j'ay assez preuvé és deux premiers livres, estoient à la verité simples comme colombes ; mais ils estoient aussi à l’esgal prudens comme serpens , si que leur saincte simplicité ne pouvoit enfanter aucune erreur.

Voilà l’injure que ces novateurs font à l'antiquité, bien mal adoucie de l’attribuer à simplicité; car cette simplicité errante et mere d'erreur s'appelle folie en ceux qui ont charge des peuples. Et cependant le traitteur calomnie, disant qu’on attribuë au bois de la croix ce qui est propre au Crucifié; car jamais nous n’y pensasmes, ny ne le fismes, comme j’ay monstré cy-devant.

Au reste, c’est une playsante gradation que celle que fait cet homme, disant que « L'erreur d'honorer la croix est naye de sim- » plicité, accreuë par ignorance, et debattuë maintenant par opi- » niastreté ; » car par-là, il attribuë à nostre aage la science et cognoissance avec opiniastreté, aux predecesseurs une simple ignorance , et aux plus anciens chrestiens, une simplicité 1gnorante, puisqu'autre simplicité ne peut causer l'erreur; là où, au contraire, les anciens si clairvoyants serotent bien plus inexcusables d’avoir donné commencement à l'erreur, s’il y en avoit, que nous qui en serions les sectateurs, beaucoup moins entendus et sçavans. Ce seroit nous qui errerions par simplicité et ignorance, à la suitte des anciens : mais je m'amuse trop avec ce gros discoureur.

III. La troisiesme raison de se signer au front est ainsi touchée par S. Hierosme : « Le prestre de l’ancienne loy portoit une » lame de tres-fin or, attachée à sa tiare pendant sur le front, » en laquelle estoit gravé : Sanctum Domino; Sainct au Sei- » gneur (Exod. 28) ; et devoit tousjours avoir cet escriteau sur » le front, affin que Dieu luy fust propice. Ce qui jadis estoit » monstré en la lame d’or, nous est monstré au signe de la croix :’ » le sang de l'Evangile est plus precieux que l'or de la loy. »

Pour monstrer donc que les chrestiens estant un royal sacerdoce sont saincts au Seigneur, par le sang du Sauveur, au lieu de la lame d’or, ils portent le signe de la croix sur le front.

IV. Voici encore d’autres raisons marquées par l’ancien Origene et S. Chrysostome. Le signe de la croix est nostre estendart, il doit estre au lieu plus apparent de nostre ville.

V. C’est nostre trophée, il le faut lever plus haut de nostre temple, et comme sur une honorable colomne.

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