François de Sales, à Madame de Chantai
Sur les festes de la Pentecoste et sur les dons da Sainct-Esprit.
Vers le7 jniD 1615.
OsTE-TOY dHcy autour, ô vent de bise, et viens, 6 vent du midy , et souffle dans mon jardin, et les parfums en sortiront abondamment (Gant. 4). 0 ma tres-chere fille, que je souhaitte ce gracieux vent qui vient du midy de l'amour divin; ce Sainct- Esprit qui nous donne la grâce d*aspirer à luy, et de respirer pour luy ! Ha ! que je voudrois bien vous faire quelque don, ma chère fille ! mais oultre que je suis pauvre , il n'est pas convenable qu'au jour auquel le Sainct-Esprit fait ses presens, nous nous amusions à vouloir faire les nostres ; il ne faut attendre qu'à recevoir au jour de ceste grande largesse.
Mon Dieu! que j'en ay voirement bien besoin, de l'esprit de force! car je suis certes foible et infirme; de quoy neantmoins je me glorifie, affin que la vertu de Nostre Seigneur habite en moxj (il. Cor. 12). J'ayme mieux estre infirme que fort devant Dieu ; car les infirmes, il les prend entre ses bras; et les forts, il les mené par la main. La sapience éternelle soit à jamais dans nostre cœur, affin que nous savourions les thresors de l'infinie douceur de Jesus-Christ crucifié.
Dites à la grande fille , que, comme raoy, elle se glorifie en la foiblesse, qui est toute propre pour recevoir la force; car à qui donner la force, qu'aux foibles?
LE FONDATEUR d'oRDRE. 445
Bon soir, ma tres-chere fille. Ce feu sacré qui change tout en soy veuille bien transmuer nostre cœur, aflin qu'il ne soit plus qu'amour, et qu'ainsi nous ne soyons plus aymans, mais amour; non plus deux, mais un seul nous-mesme, puisque l'amour unit toutes choses en la souveraine unité. A Dieu, ma chère fille; persévérons au désir de ceste unité, de laquelle Dieu nous ayant fait jouyr dés icy, autant que nostre condition infirme le peut porter, il nous en fera plus parfaictementjouyssans au ciel.