‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 108 sur 185 · François de Sales, à Madame de Chantai · texte numérisé non relu

François de Sales, à Madame de Chantai

Madame do Chantai s'cstant plainte à nostre Salnct de la pesanteur de la supériorité , 11 l'exhorte ù la supiwrter avec courage. Il luy dit que ses filles seront sa couronne, et que sa congn*cgation est une source où bien des aines viendront puiser les eaux du salut.

18 décembre 1613.

Je croy que Dieu vous tient de sa main, ma tres-chere fille, carie Révérend Père gênerai des Feuillans (1) meTescrit. Tenezvous donc bien à luy, et regardez deux ou trois fois le jour si vostre main n'est pas tousjours fermement attachée à la sienne.

Voyez- vous, cesle petite trouppe de filles, c'est une couronne que Dieu vous prépare, et dont vous jouyrez en la félicité éternelle : mais il veut que vous la portiez toute dans vostre cœur en ceste vie, et puis il la mettra sur vostre teste en l'autre.

Les espouses anciennement ne portoient pas de couronne et de chappeaux de fleurs aujour de leurs nopces, qu'elles n'eussent elles-mesmes amassées, lyées et agencées ensemble. Je veux dire , ma chère fille, ne playgnez point la perte de vos commoditez spirituelles, et des contentemens particuliers de vos inclinations , pour bien cultiver ces chères âmes ; car Dien vous en recompensera aujour de vos nopces éternelles.

Ne voyez-vous pas, ma chère ame (car mon cœur me fait dire ainsi), que vostre petite Congrégation est comme une fontaine sacrée en laquelle plusieurs âmes puyseront les eaux de leur salut, et que desjcà plusieurs, à l'imitation de la vostre, veulent ériger d'autres pareilles Congrégations à la grande gloire de Dieu , et à la grande facilité du salut pour plusieurs.

Ne vous lassez donc nullement d'estre mère, quoyque les travaux et soucys de maternité soient grans. 0 ma fille tres-chere ! que de bénédictions mon ame souhaitte à la vostre. Je salue nos sœurs professes, du cœur qu'elles sçavent; et nos novices, d'un cœur qu'elles ne sçavent pas. Hé! Dieu respande sur elles l'esprit de douceur et de simplicité, l'esprit d'amour et d'humilité, l'esprit d'obeyssance et de pureté , l'esprit de joye et de mortification! Ma fille, mon cœur est tout vostre en ce mesme Sauveur. Dieu soit beny !

(1) Dom Jean de Saint-François, auteur d'une vie du Saint, remarquable par rexactitude , la simplicité et la candeur du récit : le vrai nom est Jean Goulu.

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