‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 110 sur 185 · DXL · texte numérisé non relu

DXL

S, François de Sales, à la Mère Fabre.

Que la naïfve confession de sa faute est un tralct généreux , et qu'il faut se supporter

les unes les autres.

18 décembre 1615.

Si fait, si fait de par Dieu, ma tres-chere grande fille, je sçay bien quel cœur vous avez eu en mon endroict : mais ne voulezvous pas que je prenne le tems et la sayson pour y planter les plantes des vertus plus excellentes , desquelles le fruict est éternel? Or sus, je n'ay nul loysir; mais je vous dy en vérité

. :iii. (

LE FONDATEUR d'oRDRE. 437

La tentation de rire en l'église et àToffice est mauvaise, quoyqu'elle ne semble que folastre et badine; car, après la charité, la vertu de religion est la plus excellente. Car, comme la charité rend à Nostre Seigneur Tamour qui luy est deu selon nostre-pouvoir, aussi la religion luy rend l'honneur et la révérence requise; et partant, les fautes, qui se commettent contre elle sont grandement mauvaises. Il est vray qu'en cela je ne voy pas grand péché, puisque c'est contre la volonté; mais il ne faut pas pourtant laisser cela sans quelque pénitence. Quand Vennemy ne peut pas rendre nos âmes Marion, il rend nos cœurs Robin (1); et il ne s'en soucie pas, pourveu que le tems se perde, que l'esprit se dissipe, et que tousjours quelqu'un soit scandalisé. Mais voyez-vous , ma chère fille de mon cœur, n'espouvantez pas ces bonnes filles ; car d'une extrémité elles pourroient passer à l'autre, ce qu'il ne faut pas.

Je ne vous dy pas encore mes pensées sur le subjet dont vous m'avez escrit, parce que c'est aujourd'huy Noël (2), jour auquel * les anges viennent chercher le paradis en terre , où certes il est descendu en la petite spelonque (3) de Bethléem, dans laquelle, ma chère fille, je vous treuveray ces jours suivans avec toutes nos chères sœurs, qui sans doubte feront leur résidence, comme de sages abeilles, auprès de leur petit Roy. Celles qui s'humilieront plus profondement le verront de plus près ; car il est tout abysmé dans le fin fond de l'humilité, mais humilité courageuse, confiante et constante. Ce doux enfant soit à jamais la vie de vostre cœur, ma tres-chere fille , que je chéris non pareillement, et qui est tousjours présent au mien, tantilplaist à Dieu que mon affection se fortifie par ceste séparation de bien extérieur !

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