DXLII
S. François de Sales, à la Mère de Brechard, supérieure de la Visitation , à Moulins (4).
II Tencourago à la persévérance dans l'établissement et la conduitte do sa communauté.
Vers la fin de 1615.
Le service que vous allez rendre à Nostre Seigneur et à sa glorieuse Mère est apostohque; cai!' vous allez assembler, ma
(1) C'est une manière de parler proverbiale, et qui signifie que lorsque le démon ne peut pas nous faire tomber dans la mélancolie, il tâche de nous portera une joie immodérée. — (2) C'est-à-dire, le temps ou Toctave de Noël; la date de cette lettre ne permet pas de prendre le mot de iVoèZ pour le jour même de cette fête. — (3) Grotte. — (4) La maison de Moulins fut fondée enlÇ16.
t.j/S LETTRES.
tres-ohere fille, plnsienr? âmes ^^n une Conizreiiation, pour les conrliiire nomme fine ban<le .i !a juerre spirituelle iTjntre le mondh;. !e «liable et la >?hair, en faveur «le !a gloire de E'ieu, oa phito-l. vout? allez rorm»-r un nr^uve! H:i.-:aim d'abeilles, «[ui, en une iiouvelle ruone. r«:îra le mer-naiT'"* du liivia amour plus delioiirux «jMi": !e miel, '"jr, al!«-z «lori': tijute «M-urai^euse en une parfalot»; .'Ofiriance :4ur la bonttf de reiuy qui vous appelle à ceste .-ainrte ben'inii'ne. 'juand e<t-«:e qu'aucun espéra en E»ieu et qu'il fut eonfii.-? La deffîanoe t[ue vijus avez de vous-mesmes est bonne, tandis qu'élite -ervira de fondement à la ooQtîdDce que vous devez avoir en Dieu: mais si jamais elle vous portoità quelques desoourai'emen^, inq^iiettuil^^s? i.-ha^rins et melancholie. je vous conjure de la rejetter eomm»^ la tentation d*^s tentations, et ne permettez jamais à vijstre esprit de «lisputer et de resp!i<[ii»^-r en ftiveur de l'inquiettude ou de l'abbattement de cœur auquel vous vous sentez penchée: car c'est simple vérité • en toute certaine, que Dieu permet arriver beaucoup «.le «liftîcultez à ceux qui entreprennent son service; mais jamais pourtant il ne les laisse tomber sous le faix, tandis qu'ils se couchent en luy. C'est, en un mot. le grand mot de vostre affaire, de ne jamais employer vostre esprit pour deffendre en faveur de la tentation du descouragement. sous quelque prétexte que ce soit, non pas mesme quand ce seroit sous le spécieux prétexte de l'humilité. L'humilité, ma tres-chere tille, fait refus des charges; mais elle n'opiniastre pas le refus . et estant employée par ceux qui ont le pouvoir, elle ne discijurt plus sur son indiii'nité quant à c e I a , ?j i n s c ro i t to u t , e s pe re to ut. su p po r te to ut a vec la charité : elle est tou-jours simple, la saincte humilité, et irrande pr'irti.rante de Tobeyssance; et comme elle n'ose jamais penser de pouvoir chose quelconque: elle pense aussi tousjours que Tobeyssance peut tout, et comme la vraye simphcité refuse humblement les charges, la vraye humiUté les exerce simplement.
Vostre corps est un imbecille; mais la charité qui en est la robbe couvrira tout cela. Lne personne imbecille excite à un sainct support tous ceux qui la cognoissent, et donne mesme une tendresse de prédilection particulière , pourveu qu'elle lesmoigne de porter dévotement et amiablement sa croix. U faut estre esgalement franche à prendre et demander les remèdes, comme douce et courageuse à supporter le mal; qui peut conserver la douceur emmy les douleurs et alanguissemens, et la paix entre le tracas et la multitude des affaires , il est presque
parfaict ; et, bien qu'il se treuve peu de gens et religieux mesme qui atteignent à ce degré de bonheur, si est-ce qu'il y en a pourtant, et il y en a eu en tout tems, et faut aspirer, à ce haut poinct. Chacun a presque de l'aysance à garder certaine vertu et de la difficulté à garder les autres, et chacun dispute pour la vertu qu'il observe aysement, et tasche d'exaggerer les difficultez des vertus qui luy sont contraires. Il y avoit dix vierges, et n'y en avoit que cinq qui eussent l'huyle de la douceur miséricordieuse et debonnaireté. Geste esgalité d'humeur, ceste douceur et suavité de cœur, est plus rare que la parfaicte chasteté; mais elle n'en est que plus désirable. Je vous la recommande, ma tres-chere fille, parce qu'à icelle comme à l'huyle de la lampe tient la flamme du bon exemple, n'y ayant rien qui édifie tant que la charitable debonnaireté.
Tenez bien la balance droicte entre vos filles, à ce que les dons naturels ne vous fassent pas distribuer injustement vos affections et vos bons offices. Combien y a-t-il de personnes maussades qui sont tres-aggreables aux yeux de Dieu! la beauté, la bonne grâce, le bien parler, donnent souvent de grans at- . traicts aux personnes qui vivent selon les inclinations. La charité regarde la vraye vertu et la beauté cordiale, et se respand sur tous sans particularité.
Allez donc, ma fille, à l'œuvre pour laquelle Dieu vous a eslevé ; il sera à vostre dextre, affin que nulle difficulté ne vous esbranle; il vous tiendra désormais, affin que vous suiviez sa voye. Ayez un courage non-seulement grand, mais de grande haleyne et de grande durée, et pour l'avoir, demandez-le souvent à celuy qui seul le peut donner; et il le vous donnera, si en simplicité de cœur vous correspondez à la grâce. L'amour et la paix , et consolation du Sainct-Esprit soit à jamais en vostre ame. Ameîi,
P. S. Vous estes ma fille, et d'une dilection paternelle je vous donne la saincte bénédiction de Dieu. Beniste soyez-vous en allant, en demeurant, et servant Dieu, en servant le prochain, en vous humiliant jusques dans vostre néant, en vous retenant jusques dans vous; Dieu soit uniquement vostre tout. — François, evesque de Genève.