‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 113 sur 185 · DXLVI · texte numérisé non relu

DXLVI

A Madame la première Présidente de Savoy e.

s. François luy parle de la réception de deux sœurs , et de la patience nécessaire

dans les tribulations de la vie.

25 jaDYier i616.

Ma Qlle, c'est couramment que je vous escris.

J'iray ce soir voir Madame de Chantai qui guérit fort lentement, surtout des jambes et des bras, et qui vous bayse tresaffectueusement les mains, pour conférer avec elle sur la réception de la fille dont vous m'escrivez de laquelle les bonnes qualitez ne sont pas de peu de considération.

Nous verrons aussi la chère grande fille qui est certes fort aymable et le cœur gauche de M""® de Chantai. J'ay dit il y a desjà quelque tems à Madame Pergod , que je voulois estre son thresorierdoresnavant; bien que je désire que mon office finisse bientost par la vente de ceste mayson, laquelle me sembleroit utile, plus que la conservation pourveu qu'elle se vendist à bonnes enseignes; mais il ne faut pas faire grand bruict.

Ma tres-chere fille, je vous voy, ce me semble, bien enfoncée dans une multitude d'embarrassemens que la grandeur du mesnage où vous estes vous met sur les bras; mais ma tres-chere fille, il faut tant plus appeller Nostre Seigneur à vostre ayde et reclamer sa saincte assistance, affin que ce travail que vous devez supporter luy soit aggreable, et que vous l'embrassiez pour son honneur et gloire.

Voyez, ma chère sœur, que nos jours sont courts, et que par conséquent le labeur que nous y avons ne peut estre long , et que moyennant un peu de patience nous en sortirons avec honneur et contentement, car nous n'aurons point de si grande consolation à la fin de la journée que d'avoir beaucoup travaillé et supporté de peynes.

Bonjour ma tres-chere sœur, aymez fidellement ce frère et serviteur qui est tout vostre. — François, evesque de Genève.

P, S. Je vous remercie tres-humblementde la marmotte.

LE FONDATEUR d'oRDRE. 463

DXLVIf.

La Mère Fabre. à saine t Franeois de Sales,

Elle luy rend compte de ses peynes , tant intérieures que corporelles et extérieures ,

et de la disposition de son ame.

Monseigneur et mon très-cher père, que puis-je vous dire de moy ? Je ne voy que croix en mon chemin. Oultre les imperfections de mon esprit, je commence à ressentir importunement le contre-poids de mon corps , etc.

Nous vivons dans les incertitudes, rebuts et humiliations de telle nature, que je ne sçay quelquesfois où nous en sommes, Vostre pauvre grande fille a bien besoin d'estre fortifiée. En ces rencontres journalières de mortifications, je n'ay maintenant nul sentiment de courage , ny quasi de confiance, bien que, grâces à Dieu, je ressente tousjours en lapoincte de l'esprit de l'affection à tout ce qui arrive, parce que je le voy comme chose permise de Dieu pour m'humilier. Il faut advoûer, Monseigneur, que tout ce qui se passe conduiroit fort à l'humilité quiconque en feroit son profict. Il me semble que le fruict que Nostre Seigneur nous veut faire tirer de là est un dénuement de toute chose créée, et l'affection de ne tenir qu'à luy seul. J'ay de tems en tems ces veuës avec quelque sentiment, et d'autres fois je les ay sans aucun goust; et d'ordinaire je vis sans satisfaction. Dieu veuille que ce soit à sa gloire, et cel^me suffit.

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