CCLXVIII
A s. A. Charles-Emmanuel I^ , duc de Savoy e (1).
Sainct Fraaçols informe S. A. des debordemens scandaleux da doyen de Salanche qui , estant prestre , conduit des militaires , et prie S. A. de le renvoyer à sa résidence.
Annessy. 26 avril 1617.
Monseigneur, V. A. est protectrice de la discipline ecclésiastique, et la regardant en ceste qualité, je luy reraonstre que le doyen de Salanche, nommé Choisy, vient parmy ce pays faire des levées de gens de guerre, et, tant deçà comme delà les monts, profane furieusement sa profession ecclésiastique et Tordre de prestrise qu'il a, par mille mauvais et scandaleux deporlemens, indignes mesme d'un soldat desbauché; mais le bon est qu'avec cela il obtient subrepticement et par surprinse des lettres de S. A., par lesquelles elle commande au Chapitre de Salanche de le faire jouyr des fruicts de sa prébende, comme s'il estoit résident, ce que V. A. sçayt trop mieux estre contraire au droict divin, ecclésiastique et civil : et neantmoins il ne laisse pas de presser et molester ledit Chapitre, abusant ainsi du nom et de l'authorité de S. A., laquelle sans doubte n'a point de telle intention : puisque mesme cest homme ne la sert nullement à ses despens; et n'est pas capable de luy faire aucun service qui mérite aucune considération spéciale, n'estant non plus bon soldat que bon prestre. Qui me fait recourir à la providence de V. A., affin qu'il luy playse de renvoyer ledit Choisy à sa résidence, pour y rendre son devoir, et desclarer que sans* cela il ne peut recevoir ny demander les fruicts de sa prébende, et que ce n'est pas la volonté de S. A. qu'on se départe desloyx et constitutions ecclésiastiques. Il importe que ceste insolence en ceste sorte de personnes soit reprimée. Cependant je ne cesseray jamais de souhailter toute sorte de parfaicte prospérité à V. A., demeurant à jamais. Monseigneur, son tres-humble , tres-obeyssant et tresfîdelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.
(1) Voir plus haut la lettre GCLXIII , pag. 69.
l'evesque. 75
A Son Altesse Charles-Emmanuel I'^, duc de Savoy e.
s. François est prié de prescher l'À-dvent et le Caresme à Paris et à Grenoble. Il prie S. A. de luy faire sçavolr quelle ^t celle des deux villes à laquelle 11 doit donner la préférence.
Annessy, 30 a>Tii 1617.
Monseigneur, j'ay receu mainteaant le commandement que V. A. me fait de me prepaper pour aller prescher TAdvent et le Caresme suivant à Paris; et neantmoins, par lettres de M. le baron de Macieu, j'ay sçeu que V. A. m'avoit accordé pour le mesme Advent et Caresme à la Cour du Parlement de Grenoble, qui me fait supplier tres-humblement V. A. de me faire sçavoir auquel des deux lieux je m'attendray d'aller, m'estant pour moy chose assez indifférente, pourveu que, où que je sois, ce soit selon le bon playsir de V. A., à laquelle je suis et à laquelle je souhaitte toute saincte prospérité comme doit. Monseigneur, vostre tres-humble, tres-fîdelle et tres-obeyssant orateur et serviteur. — François , evesque de Genève.
Son A, Charles-Emmanuel /''*, duc de Savoye, à S. François de Sales.
s. A. permet à sainct François de prescher le Caresme à Grenoble.
Turin, 14 octobre 1617.
Tres-reverend, tres-cher, bien-aimé et féal conseiller et devost orateur, M. le mareschal d'Esdiguieres nous a fait instance de vous permettre d'aller prescher le Caresme prochain à Grenoble. Nous la luy avons volontiers accordée par le fruict que nous espérons que ce lieu-là en tirera ; vous vous y disposerez donc de bonne heure sans attendre plus expresse licence de notre part, et Dieu vous ayt en sa saincte garde.
S. François de Sales à un Ecclésiastique.
Annefisy. IS miï 1017.
Monsieur, sans offenser, ou quasi sans offenser une fille, on la jugeroit peu sage et n'avoir pas la cervelle bien arrestée, si, au milieu de la ville, elle ouvroit son sein et exposoit ses mammelles à la vue de chacun es rues et aux églises, mais on ne murmurera jamais, et l'on ne le doit pas faire, de voir qu'une mère nourrice ouvre son sein, monstre et donne sa raammelle à son poupon, parce que l'on scayt bien qu'elle est nourrice, et que son devoir de mère nourrice l'oblige à donner le laîct à son cher petit poupon, en quel lieu ou place qu'elle cognoist qu'il en a besoin.
Je dy cecy et pour vous et pour moy; car il faut tousjours faire ce que dous devons, pour le service de noslre doux et bon Maistre, envers ceux qui sont véritablement en luy nos enfans; et leur ouvrir, où leur nécessité le requiert, le sein maternel de nostre affection à leur salut, et leur donner le laîct de la doctrine : je dy maternellement, à cause que l'amour des mères est tousjours plus tendre envers les enfans que celuy des pères, pour ce, à mon advis, qu'illeur couste plus. Soyons-le pourtant l'un et l'autre, car c'est le devoir que le Souverain nous a imposé.
Au reste, je vous asseure que j'ay ri, mais sçavez-vous, de bien bon cœur, quand j'ay veu, sur la fin de vostre lettre, que l'on vous avoit dit que je m'estoismis en grande cholere, et avois dit tout ce que me marquez par la vostre; et de plus vous me dittes : Mon père , ne cachez point la vérité â vostre fils , qui est perplexe sur ce subjet.
Et je vous dy véritablement ; Mon fils, mon cœur va rendre à vostre cœur Thommaige de la venté. Si celuy qui vous a fait un narré de ma cholere n'en eust pas eu davantage que moy, vous ne seriez pas en peine du chetif père; mais je vous supplie, quand il retournera à vous, embrassez-le de ma part, et luy donnez double aumosne, car je vous confesse qu'il n'a pas tout à fait tort : je suis un chetif homme, subjet à la passion; mais,
if par'la grâce de Dieu , depuis que je suis berger, je ne dis jamais
Iparolle passionnée de cholere à mes brebis.
l'evesque. 77
Il est vray que, sur la résistance de ces bons NN., je menaçay celuy-là de son supérieur; mais je ne fis rien que ce que je dois faire et que je feray tousjours en tel cas. Je fus esmeu à la vérité, mais je retiens toute mon émotion, et confessay ma foiblesse à nostre Mère (1), qui en ceste occasion, n'eut, non plus que moy, aucune parolle de passion; et je vous diray bien de plus, il semble que ces bonnes gens-là luy donnent de frequens subjets de mortification, qu'elle boit insatiablement.
Mais dites-moy, quel tort avons-nous fait à ce bonhomme? Helas! nostre Mère ny moy ne prétendons qu'à dresser une pelite ruche médiocre, et conforme à nostre dessein, pour loger nos pauvres abeilles, qui ne se mettent en peine. que de cueillir le miel sur les sacrées et célestes collines, et non de la grandeur et embellissement de leur ruche. Il est vray, quand je considère nostre Mère et ses filles, gralias ago et qui me confortavit, Christo Jesu Domino nostro; quia fidelem me existimavit ponens in ministerio (2).
A l'occasion de ceste congrégation, j'ay assez dit là-dessus pour vous ester de peine.
Pour le regard de ces bons gentils-hommes, pour Dieu, Monsieur mon très-cher confrère, absolvez de tout ce que je puis absoudre, sans reserve : car pourquoy vous reserverois-je aucune authorité que je puisse communiquer, puisque vous ne reservez aucune peine que vous puissiez prendre pour le bien de mes chères brebis?
Helas! Monsieur mon cher amy, j'ay quelquesfois les larmes aux yeux, quandje considère ma babylonique Genève calviniste : Hœreditas nostra versa est ad alienos : le sanctuaire est en dérision, la mayson de Dieu en confusion ; et qu'en diray-je? Je ne puis bonnement que pleurer sur ces ruynes.
Quandje considère nostre pauvre petite et humble Visitation, qui apportera tant de gloire à Dieu, encore ay-je quelque consolation d'estre l'evesque de ce diocèse; au moins y auray-je fait ce bien. Mais si cest evesché avoit un Hilaire, un Augustin, un Ambroise, ah! ces soleils dissiperoient les ténèbres de l'erreur. Toutesfois, je m'arreste, et dy comme les gens de nostre Evangile : Dieu a bien fait tout. Et vous , mon parfaict amy, et trèscher confrère, vous ferez bien si vous me croyez incomparablement vostre tres-humble , etc.
(1) Madame de Chantai. — (2) Je rends grâces à celuy qui m'a fortifié , à N. S. J.-C, de ce quHl m*a jugé fidelle, me plaçant dans le ministère.
J'ay esté vivement tousché d'apprendre qu'au prieuré de N., Ton n'y void plus la face de la sacrée dilection et unyon, sans laquelle la religion n'est qu'une véritable illusion : le pire est que la dissension est entre les bons, dont elle est plus dangereuse ; et, comme dit S- Bernard parlant des religieux , cpi'il estime estre les yeux de l'Eglise espouse de Jesus-Christ : Non est dolor sicui dolor eorum. Vostre œil doit discerner ce qui sera propice pour remédier à ce mal ; vostre modération paternelle doit dissiper ces humeurs peccantes; vostre zèle, vostre justice et vostre orce, dmvent terminer ces discordes.
A Son A liesse Victor-Amedée , prince du Piedmont,
Salnct François recommande à S. A. la ville d'Anneasy pour la confirmatioa de ses privilège».
Âiraesgy, ffi may 1617.
Monseigneur, ceste petite ville d'Annessy recourant à S. A. pour la confirmation de ses privilèges , a toute son espérance en vostre bonté. C'est pourquoy elle implore de toutes ses forces ; et moy, Monseigneur, j'accompaigne d'autant plus hardyment sa supplication, que V. A. me tesmoigna, lorsqu'elle estoit de deçà, qu'elle nous favorisoit tous en ceste occasion ; et je le croy, Monseigneur, puisque vostre debonnaireté seplaist aux bienfaicts, et particulièrement envers les peuples fidelles, obeyssans et affectionnez à la couronne de S. A., tel que je puis attester estre celuy-cy, qui, oultre cela, a grand besoin d'estre en quelque sorte allégé. Ainsi nous prions tous Dieu qu'il bénisse, conserve et prospère V. A., de laquelle je vivray à jamais. Monseigneur, tres-humble, tres-obeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.