CCLXXIII
A Son Altesse Charles-Emmanuel f^, duc de Savoy e.
Nouvelle recommandation pour la confirmation des xaivileges de la ville d'Annecy.
Auessy, 26 may 1617 .
Monseigneur, ceste ville d'Annessy recourt à la debonnaireté de V. A. pour avoir la confirmation des privilèges que Messeigneurs ses prédécesseurs luy ont donnez. Je joins ma tres-humble supplication à la sienne, protestant que jamais V. A. ne gra-
tifiera aucun peuple de sa subjection qui ayt plus de cœur, d'honneur, de fidellité et d'obeyssance à voslre couronne. Monseigneur, que celuy-cy, qui au reste a un extrême besoin d'estre ravigoré par tels bienfaicts , tandis qu'incessamment avec moy, il levé les mains et les yeux au ciel pour la prospérité de V. A. de laquelle je seray à jamais, Monseigneur, tres-humble, tresobeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.
S. François de Sales, au Duc de Savoy e.
Il luy demande la grâce d'un criminel.
Thonon. TjailletieiT.
Monseigneur, je demande tres-humblement pardon à Vostre Altesse, si, en un tems auquel elle est environnée de tant d'affaires de conséquence, je prens la confiance en sa douceur, de luy présenter ceste supplication, à laquelle je suis forcé par le devoir que ceux de ma condition ont de compastir aux misérables, et souslager les désolez, lors mesme qu'ils sont abandonnez de tout autre secours.
Apres donc avoir bien sceu que l'estrange accident arrivé au sieur N. , estoit procédé de mal-heur, plutost que d'aucune malice ou délibération, voyant qu'en une si extrême tribulation il recouroit à moy, pour obtenir par ma tres-humble intercession Taccez aux pieds de Vostre Altesse, je ne l'ay peu ny voulu esconduire, de peur d'offenser celuy qui jugera les vivans et les morts, selon l'assistance qu'ils auront faite aux affligez : puisque mesme les deux personnes qui ont esté les plus touchées en ce desastre , semblent conspirer au désir de la consolation de celuy auquel il est arrivé, car la fille ne souhaitte rien tant que d'avoir son père, puisquelle a perdu sa mère.
Et quant à monsieur N., soit qu'il ayt eu compassion de ce père et de ceste fille , soit qu'il ayt esté animé de ce divin Esprit qui nous fait vouloir le bien de ceux qui nous font du mal, il a desjà protesté qu'il ne vouloit procurer aucune punition , ny faire partie .
Reste l'œil du public, qui, je m'asseure, regardera avec édification la grâce d'un homme qui a tant de raysons et de justes excuses; ainsi que Vostre Altesse jugera bien, si elle commande que rapport luy soit fait de ceste desaventure , selon qu'il en résultera des procedeures de justice.
Et parlant, Monseigneur, la faveur que Vostre Altesse fera à ceste calamiteuse famille sera esgalement ornée de justice et de miséricorde, qui sont les deux aisles sur les quelles Taggreable renommée des bons princes vole et au ciel et en terre, parmy mille bénédictions et de Dieu et des hommes.
Playse donc à vostre debonnaireté , Monseigneur, de tendre sa main secourable à ce pauvre désolé, et d'excuser la liberté avec laquelle je luy propose ceste bonne œuvre; protestant que c'est avec toute la tres-humble révérence que je dois à Vostre Altesse, à laquelle je souhaitte le comble de toute saincte prospérité, demeurant à jamais, Monseigneur, vostre, etc. *
A Madame de La Flechere.
s. François s'excuse de ne pouvoir donner un bénéfice à un homme protégé par une dame
qui le luy avoit fortement recommandé.
Annessy, 28 aoost 1617.
Ma tres-chere fille, je le croy, que ceste bonne dame sera un peu brune sur moy, parce qu'elle affectionne fort les serviteurs de sa mayson, et l'un d'iceux s'estant présenté au concours dernièrement sous sa recommandation, ne fut pas pourveu, quoyqu'il soit certes fort capable. Mais à la première commodité, je luy feray sçavoir qu il m'est impossible de le gratifier, tandis qu'il ne sera pas prestre, ny lyé aux ordres sacrez. Car quelle apparence de donner les charges ecclésiastiques de telle conséquence à un qui n'est encore point ecclésiastique, au préjudice de plusieurs honnesles ecclésiastiques qui ont desjà fait longuement l'exercice, et qui ont bien servi l'EgUse! Je laisse à part qu'il n'est pas du diocèse, car en cela je me puis dispenser. Voilà, ma tres-chere fille, tout le subjet qu'elle peut avoir. C'est grand cas comme l'esprit humain est amy de sa volonté, et comme chacun suit l'amour-propre, sans regarder ce qui est plus au service de Dieu. Sur cela, je luy escris l'advis requis pour l'affaire de M. le Prieur, je ne sçay si cela accommodera son cœur, mais il me tardoit que je le fisse.
Au reste, Mademoiselle de Chantai ne peut ne vous honnorer et chérir cordialement, puisqu'elle est la fille de sa mère et la mienne, certes, car je l'ayme bien, et je suis parfaictement vostre, mais je dy très-absolument; et Jésus soit à jamais nostre vie. Amen,
S. François de Sales, au Pape Paul V.
Mesme subjet que la précédente.
Beatissime Pater, Exslant in hàc diœcesi Gebennensi duo monasteria ordinis Sanctae Claree, quo ru m unum ex ci vitale Gebennensi in civitatem Anneciacensem, allerum ex oppido Orbiensi in oppidum Aquianense, hœreticorum injuria et violentià ante sexaginla an nos expulsa, secesserunt.
Cùmque sorores diclorum monasteriorum , inter varias et frequentissimas paupertatis et mendicitatis œruranas, vitam hactenùs utcumquè tpaxerint et sustentaverint; nunc tamen, post tôt heereticorum incursiones, ac diuturnorum bellorum clades, cùm diœcesis ista, miserandà pauperlate vexata, illarum mendicitati occurrere deinceps minime valeat.
Ad pedesBeatitudinisVestrae humiliter prostratae, illius providentiam apostolicam summis votis orant, ut in posterum, per ejus placitum et dispensationem , illis liceat praedia et alia bona immobilia in communi possidere :
Quemadmodum cum aliis
VU
Annessy, 17 septembre 1617.
Tres-Sainct Pere ,
Il y a dans ce diocèse de Genève deux monastères de Tordre de Saincte-Claire, Tun desquels a esté transféré de la ville de Genève en celle d'Annessy, et l'autre de la ville d'Orbe en celle d'Evian, les religieuses ayant esté chassées de leurs maysons par la fureur des hérétiques, il y a plus de soixante ans.
Ces pauvres filles , après avoir esprouvé tout ce que l'extrême pauvreté et la mendicité entraisnent de misères après elles, estoient venues dans ce diocèse dans Tesperance d'y trouver quelque soulagement dans leur nécessité; mais ce pays est tellement épuisé luy-même par les fréquentes incursions des hérétiques, et par une longue suitte de guerres, fléaux toujours accompagnez de ravages et de ruynes, qu'elles n'ont plus d'autre ressource que Vostre Saincteté.
Prosternées humblement à ses pieds, elles implorent sa charité apostolique, qui sçayt si bien pourvoir à tous les besoins de ses enfans, à ce qu'il luy playse leur donner dispense pour posséder en commun des terres et d'autres biens immeubles.
C'est ce que la bonté paternelle
du S. Siège Apostolicpie a desjà
accordé aux religieuses Claristes de Grenoble, quoyquemoÎDs pauvres et moins à plaindre que celles-cy, à la grande approbaliou des hommes les plus expérimentez es choses spirituelles.
Par ce moyen , aEFranchies du chagrin qui les ronge, et de l'extrême indigence de toutes choses, qui esteinct presque en elles l'Esprit de Dieu, elles se porteront avec joye à l'observation de leurs autres règles , à célébrer le divin office , et à prier Dieu pour toute l'Eglise; enfin elles persévéreront à servir Dieu avec plus de progrez, do facilité et d'attention.
J'ay l'honneur d'estre, avec le plus profond respect, Tres-Sainct Père, etc.
ejusdem ordinis sororibus, Gratianopohdegentibus, minûsque egentibus, pro apostolicœ sedis paternâ caritate, dispensatum esse omnes probi rerura spiritualium festimatores laudaverunt.
Sic enim fiet ut molestissimis anxielatibus animi , quœ in lanli rerum omnium inopill spirilum propemodiim extinguunt, liberatœ et soiutœ , alacriler in cœteris regulis sui ordinis adamussim servandis, ac Deî laudibus celebrandis, necnon pro Ecclesiâ precîbus fundendia , longé feliciiis , faciliùs , et attentiùs incumbant et persévèrent.
CCLXXVH.
S. François de Sales, au cardinal Bellarmin.
Anneur, 17 seplembre 1617.
Habemcs hic monasterium unum sancLœ Clarée, et aiternm Aquiani, in quibus sorores jejuniis, vigiliis, pedum nuditate, ac multis aliia corporis macerationibus , Deo optimo maxirao servire conantur : cùmque mendicatis hinc indè eleemosynis hactenùs quamvis œgerrimè, iuter multas et frequenlissimas œgritudines, utcumquè vixerint; nunc demùm res ad eum statum redacta est, ut uullù
MoNSEiGSEDR, nous avons icy lin monastère de rehgieuses de Saincle-Claire , et un autre à Evian, dont les sœurs servent Dieu par leurs jeusnes et leurs veilles, en marchant nu-pieds, et prattiquant plusieurs autres raorlifications. Elles ont jusqu'à présent traisné une vie languissante, et ontesté affligées par de fréquentes maladies; ce qui n'est pas surprenant, n'ayant d'autre moyen pour vivre que des aumosnes mendiées de tous costez, qu'elles n'arrachent qu'avec peine. Mais à
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prorsùs ration e earum victui provideri possit, nisi Sedes Apostolica cum eis dispensaxe dignetur, ut in communi prœdia et alia bona immobilia possidere possint.
Nam trigintaannorum hélium durissimum, ac crebaB infestissimeeque haBreticorum incursiones effecerunt, ut in hâc Gebennensi diœcesi deinceps inveniri non possint eleemosynaB, quae monasteriis istis sustentandis et alendis sufBcere queant.
Mitto mendicitatem feminarum , ut experimento certissimo constat, acerrimis sollicitudinibus , continuis , immoderatis ac melancolicis cogitationibus , importunis de modo quserendi et habendi inventionibus , et inquietissimis anxietatibus , plenissimam esse.
Quare videns paupertatem banc extremam interiori plurimùm obesse , neque posse moniales istas diutiùs in proposito perseyerare , nisi de remedio opportuno illis à Sede Apostolica provideatur, quamvis non mihi, sed ordini Fratrum Minorum, cura illarum incumbat, nolui tamen committere quin earum super hâc • re supplicationem et preces , quas Sanctissimo Domino nostro offere intendunt, meis etiam humlllimis votis
présent la misère est si grande, qu'elles sont reduittes à mourir de faim, à moins que le Sainct- Siege ne veuille bien leur permettre d'avoir des fonds et des biens immeubles en commun.
Le fléau d'une guerre de trente ans, et les violentes incursions des hérétiques , sont cause que ce pauvre diocèse ne peut plus suffire à substanter et nourrir les religieuses de ces monastères.
Je ne parle point de ce que l'expérience nous apprend de la mendicité des femmes : on sçayt qu'elle est tousjours remplie de solHcitudes continuelles, de seings immoderez, de chagrins aigus, et de pensées melancholiques ; on n'ignore pas les moyens fascheux qu'il faut employer pour se procurer ses besoins, et le trouble qui en resuite pour la conscience.
Voyant donc combien ceste pauvreté extrême est nuysible à la vie intérieure, et que ces re- Hgieuses ne peuvent persévérer long-tems dans la saincteté de leur profession, à moins que le Sainct-Siege n'y pourvoye d'une manière convenable ; quoyque ces filles ne soyent point sous ma juridiction, mais qu'elles soyent dirigées par les Frères Mineurs, je n'ay pas voulu manquer d'adjouster mes tres-humbles prières à celles qu'elles présentent à S.
S., et de recommander ceste affaire à Vostre Seigneurie Illus-
trissime, que je supplie instamment leur estre favorable.
Je me sers de la même occasion, Monseigneur, pour vous faire sçavoir qu'en ces monastères de ceste province on n'observe point les décrets du sainct Concile de Trente touchant le confesseur extraordinaire que Ton doit accorder deux ou trois fois Tannée aux religieuses, et touchant l'examen des filles par Tevesque, avant qu'elles fassent profession. A l'esgard du premier poinct, quoyque dans le tems du Jubilé il soit permis à toutes sortes de personnes de se choysir un confesseur tel qu'elles le jugent à propos , on a la meschanceté de priver ces chères filles de ceste consolation, pour l'acquit de leur conscience.
Je pense qu'il suffit d'avoir descouvert ces abus à Vostre Seigneurie Illustrissime, pour qu'elle y apporte le remède. Je prie Dieu qu'il vous conserve long-tems dans une parfaicte santé ; et, vous baysant les mains, je demeure avec un profond respect. Monseigneur, etc.
adjuvarem apud Dominationis Vestrae Illustrissimœ clementiam, quam illis summoperè cupio propitiam.
Eamdem interimobiteradmonens, in istis monasteriis mulierum hujus provinciœ nuUo modo observari concilii Tridentini saluberrima décréta de confessario extraordinario bistervein anno monialibus dando, et de puellis feminisve ante professionem ab episcopo probandis. Quin etiam, quando per jubilseum cuicumque licet quem maluerint, ab ordinario approbatum, confessarium eligere, per summum nefas istis hœc via solandi conscientias suas intercluditur.
Atque hoc Illustrissimse Dominationi Vestrae aperuisse satis sit. Deus autem ipsam quàm diutissimè servet incolumem, cujus sacras m anus humillimè exosculor.