Acte de profession religieuse de la barowve de Thorens
7 seplenbre 1617.
Marie- Aymée de Rabutin , fille de nostre mère, et veufve de Bernard de Sales, baron dudit lieu et de Thorens, après mille et mille souhaicts d'estre receue dans la congrégation de céans, estant tombée malade, et saysie d'un soudain accident en ceste mayson; pleyne d'une nompareille résignation , d'une rare douceur, et d'une profonde humilité, avec un ^sprit extrêmement tranquille, d'une paroUe extrêmement distincte, suave et claire, après avoir fait profession et receu l'absolution sacramentelle, demanda l'habit de la Visitation , qui luy fut accordé pour la grande dévotion qu'elle avoit tesmoignée; et ayant receu la saincte Extrême-Onction, requiert de pouvoir faire les vœux; ce qui luy ayant esté aussi concédé, elle les fit d'un courage nompareil, et trois heures après elle expira, ayant continuelle* ment jusques au dernier soupir, prononcé tres-suavement et dévotement le mot Vive Jésus ! Elle fut admise à l'habit et à la profession par son Evesque, frère de son mary, par sa Mère, supérieure de la congrégation, et par toutes les sœurs qui furent présentes à son dévot et amyable trespas, le VI septembre 1617 : car ce jour-là elle tomba en cest accident mortel à huict heures de nuict; à neuf, elle fut receue à l'habit; à dix, elle fit profes» sion, et entre une et deux heures après minuict le septiesme jour dudit mois, qui estoit la veille de la Nativité de Nostre- Dame, elle passa à une meilleure vie, laissant un rare exemple de dévotion et une consolation spirituelle incomparable , à ceux qui d'ailleurs marrys de son decez , en virent et admirèrent les pieuses circonstances. — François, Evesque de Genève, qui confessa, communia, donna l'Extreme-Onction, et admit les vœux de ceste aymable sœur trespassée aagée de dix-neuf ans, deux mois et six jours. — Sœur Jeanne-Françoise de Fremiot, Supérieure.
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DLXXI.
Saincte Jeanne-Françoise de Chantai, à S, François de Sales.
Sa roslgnatlon sur la mort de madame la baronne de Thorens , sa fille.
Après le iO septembre i617.
La paix de Nostre Seigneur, avec son éternelle bénédiction , soit tousjours au milieu de vostre cœur, mon vray très-cher Père. Certes, la médecine spirituelle que ce bon Sauveur nous a donnée, a fait encor aujourd'huy son effect avec la corporelle; mais l'une et l'autre avec tant de douceur, que je n'en ressens que fort peu de lassitude. Je me sens mesrae souslagée, mon unique Père , de ces maux de cœur, et mon esprit demeure tout plein de douceur et de suavité dans sa sousmission et son amour pour la volonté divine, laquelle j'ay tousjours plus de désir de voir régner souverainement en nostre saincte unité.
Mais, mon Dieu! nonobstant cela, je voy et je sens combien ceste fille estoit véritablement l'enfant parfaictement aymée de nostre cœur, combien elle le sera tousjours et avec justice, ce me semble. C'est un souslagement nompareil pourmoy dans ceste douleur, de sentir cest amour où vous l'avez placée , comme une goutte d'eau précieuse dans un grand océan.
Je me souslage encore de vous dire cecy, mon unique et trèsbon Père : Dieu soit loué! mais je le dy de toute mon ame, en paix et en douceur, et avec une très-grande cognoissance et recognoissance de la grâce que sa bonté nous a faite de nous donner une telle enfant, et de l'avoir attirée a soy si heureusement. Vrayement, ceste croix est tres-precieuse, et celle de Madame la Duchesse bien riche, et pour sa valeur, et pour l'honneur du tesmoignage de sa protection. Je veux le bien dire atout le monde; car il nous sera utile, mais pour un peu de temps.
Il me semble que je devrois me retrancher de parler tant de feu nostre pauvre petite; car, le contentement que j'y prens me laisse tousjours de l'attendrissement, mon Père, mon unique Père, et tout ce que vous savez que vous m'estes. Cecy me sera un petit restaurant de vous avoir un peu parlé; car enfin , tout ce qui est icy-bas de créé n'est maintenant rien du tout pour moy en comparaison de mon Père très-cher. Monseigneur, vostre tres-humble, etc.
DLXIL 5. François de Sales, à la Mère Fabre.
n luy fait part de la mort de sa belle-sœur la baronne de Thorens , et luy en rapporte
quelques circonstances.
12 septembre 1617.
Vous VOUS imaginerez bien de quelle sorte nous avons esté touchez ces jours passez, ma tres-che're fille. Ce n'est pas la Madame de Thorens que vous avez veue , quoyque celle-là fust fort aymable : c'est une Madame de Thorens toute dédiée à Dieu> toute relevée au dessein de ne vivre qu'à Dieu, toute pleine de clartés es choses spirituelles, et de la cognoissance de Dieu et de soy-mesme, et telle que l'on pouvoit espérer que dans quelque, tems elle seroit une autre nostre mère.
Je ne vous diray rien de sa fin tres-saincte. Entre ceux qui la virent, il y en eut qui, le jour suivant, me vinrent demander congé de l'invoquer ; et d'autres qui vinrent renouveller leurs propos, esmue du spectacle de ceste mort toute pleine de douleur extrême, et douleur toute parsemée de « Vive Jésus ! Seigneur » Jésus, tirez-moy à vous. 0 passion et mort de mon Sauveur! » je vous embrasse, je vous ayme, je vous adore, vous estes » mon espérance. Vive Jésus et Marie, que j 'ayme plus que ma » vie. » Et cela, prononcé si suavement que merveille. Or sus, ma tres-chere fille, il m'a fait grand bien de vous dire ces quatre mots, qui sont un eschantillon de la pieté de ceste mort.
Elle est morte sœur et fille de la Visitation. Je suis infiniment vostre.
DLXXIII.
S, François de Sales, à M. de Forax, gentilhomme de la Chambre de M. le Duc de Nemours.
Il rengage à demander, pour les religieuses de la Visitation d'Annessy, un emplacement nommé le Pré-Lombai*d , appartenant à M. le duc de Nemours.
Annessy, 27 septembre 1617.
Monsieur mon frère, vous recevrez par M. Rousselet, une de mes lettres, par laquelle je vous supplie de nous assister vers Monsieur, pour obtenir le Pré-Lombard (1) en faveur des sœurs
(1) Ce Pré-Lombard était une île spacieuse , acquise autrefois par Henri de Savoie , fils de Jacques , duc de Nemours , qui , par Tabsence des princes , et la négligence que l'on avait apportée à la défendre du débordement des eaux, était devenue presque un marais. S. François de Sales ne put l'obtenir; mais après
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de la Visitation; et nous vous ouvrons un expédient, qu'au moins il luy playse de permettre que les susdites dames en eussent la moitié pour donner en eschange aux Pères de Sainct- Dominique, gardant l'autre moitié pour en faire ce que Sa Grandeur voudroit.
Mais me doubtant que ces Pères de Sainct-Dominique ne voudront pas lascher ce dont nous avons besoin, si on ne leur donne tout le susdit pré, je vous supplie de faire ce qui sera bonnement à faire, affin que Monsieur se contente que nous leur puissions donner le tout. Que s'il ne peut, alors on pourra parler de la moitié. Vous voyez, mon cher frère, comme je traitte avec vous; car j'escris cecy furtivement, sans que personne le sçaçhe, parce que le porteur ne me donne nul loysir. Mon cœur salue et embrasse le vostre, et je suis invariablement vostre , etc.
DLXXIV.
5. François de Sales, à la Mère Fabre , supérieure du moîiasîere de la Visitation, à Lyon.
M. r Archevesque de Lyon ayant sollicité S. François de Sales de souffrir que sa Congrégation des filles Salncte-Marie fust érigée en tiltre de religion, le Sainct escrit en conséquence à la supérieure de la mayson de Lyon et l'exhorte à se sousmettre au sentiment du pieux Archevesque.
Octobre i6i*I.
Ma tres-chere fille, si Monseigneur l'Archevesque vous dit ce qu'il m'a escrit, vous luy respondrez que vous avez esté laissée là pour servir à l'establissement de vostre Congrégation de tout vostre petit pouvoir; que vous tascherez de bien conduire les sœurs selon les Règles de la Congrégation ; que, s'ilplaistàDieu après cela que ceste Congrégation change de nom , d'estat et de condition, vous vous en rapporterez à son bon playsir, auquel toute la Congrégation est entièrement voilée; et qu'en quelque façon que Dieu soit servi en l'assemblée en laquelle vous le servez maintenant, vous serez satisfaicte.
Et en effect, ma tres-chere fille, il faut avoir cest esprit-là en nostre Congrégation; car c'est l'esprit parfaict et apostolique.
Que si elle pouvoit estre utile à establir plusieurs autres Con-
sa mort , l'an 1644, la Mère de Blonay Tobtint par l'entremise de Madame la duchesse de Montmorency, qui voulut payer à Madame de Nemours 2,000 livres que cette place avait coûté; mais Madame de Nemours en fit présent aux dames de la Visitation, au nom du duc son marL
gregations de bonnes servantes de Dieu, sans jamais s'establir elle-mesme, elle n'en seroit que plus aggreable à Dieu; car elle auroit moins de subjet d'amour-propre. Sur les poincts qu'il me propose, hors lesquels il ne veut pas establir nostre pauvre Congrégation en son diocèse , je luy laisse le choix sans reserve quelconque. Il est tout indiffèrent que le bien de la Congrégation se fasse de ceste façon ou de ceste autre, bien que j'eusse eu une spéciale suavité au tiltre de simple Congrégation , où la seule charité et crainte de TEspoux serviroit de clausure.
J'acquiesce donc que nous fassions une religion formelle; mais, ma tres-chere QUe, je vous parle avec la totale simplicité et confiance de mon cœur, je fay cest acquiescement avec une douceur et tranquillité, ains avec une suavité nompareille, et non-seulement ma volonté, mais mon jugement a esté bien ayse de rendre l'hommage qu'il doit à celuy de ce grand et digne prélat.
Car, ma fille, que pretens-je en tout cecy, sinon que Dieu soit glorifié et que son sainct amour soit respandu plus abondamment dans le cœur de ses âmes qui sont si heureuses que de se dédier toutes à Dieu? Croyez, ma tres-chere fille, j'ayme parfaictement nostre pauvre petite Congrégation; mais sans anxiété , sans laquelle l'amour n'a pas accoustumé de vivre pour l'ordinaire : mais le mien, qui n'est pas ordinaire, vit, je vous asseure, tout à fait sans cela, avec une tres-particuliere confiance que j'ay en la grâce de Nostre Seigneur. Sa main souveraine fera plus pour ce petit institut , que les hommes ne peuvent penser, et je suis, plus que vous ne sçauriez croire, vostre.
Au reste, que diriez-vous de nos affections domestiques? Ce n'est pas Taymable belle-sœur de Thorens que vous aviez veue, c'est une sœur toute autre que nous avons veue trespasser ces derniers jours. Car dés un an en çà elle estoit tellement perfectionnée, qu'elle n'estoit plus cognoissable , mais surtout depuis sa viduité, qu'elle estoit vouée à la Visitation. Aussi, mon Dieu! quelle fin a-t-elle faite! Certes la plus saincte, la plus souëfve et la plus aymable qu'il est possible de s'imaginer. Je la cherissois d'un amour infiniment plus que fraternel : mais ainsi qu'il a pieu au Seigneur, ainsi doit-il estre fait; son sainct nom soit beny. Amen.
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