‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 135 sur 185 · François de Sales, à Madame de Chantai · texte numérisé non relu

François de Sales, à Madame de Chantai

Il se resjouyt en Dien de sa convalescence, et Iny souhaitte une vie longue,

salncte et heureuse.

Joar de la (Conception de Nostre-Dame, 4617.

Au nom de la tres-saîncte Trinité, trois parolles à ma treschere Mère. Je suis allé tout gay, comme un petit oyseau , dans ma chaire, où j'ay chanté plus joyeusement que l'ordinaire à Thonneur de ce grand Dieu, qui a rachepté ma vie de la mort y et qui me couronnera en sa miséricorde et ses miserations (Ps. 2). Ouy , ma chère fille ; car S. Paul disoit bien à ses enfans : Ma joie et ma couronne composée des miséricordes divines.

Soyons à jamais tout à Dieu : bénissons son sainct nom, et exaltons le throne de son amour sacré dans nostre ame ; elle vivra jusqu'au siècle des siècles. Dieu soit à jamais beny, qui 7ious console en toiites nos tribulations (ii. Cor. 1). Dieu donc soit à jamais beny, et veuille de plus en plus establir Tesperance qu'il ilous donne de la guerison de ma tres-aymée mère et fille. Dieu soit beny, et me donne la grâce de luy rendre quelque service icy, et partout où il luy playra de m'appeller, surtout en mon diocèse puisqu'il luy a pieu de m'en charger, et du costé duquel, où que j'aille, mon cœur se tourne à tous momens.

La glorieuse Vierge soit à jamais honnorée, qui est nostre Dame et Reine de dilection : c'est aujourd'huy sa première feste, qui m'est signalée; et je viens de l'église des Pères Recollets, qui est dédiée au mystère qui se célèbre. 0 Dieu, sauveur de nostre ame, qui estes le jour de la clarté éternelle, donnez ce jour temporel, et dix mille après, bons et utiles, saincts et aggreables à la fille bien aymée qu'il vous a pieu rendre mienne, et précieuse à mon cœur comme moy-mesme.

DLXXVIIl.

S, François de Sales, à Madame de Chantai.

Sur la future profession de la sœur Humbert.

La lettre est arrivée assez tost, car je n'envoyeray les miennes que demain, n'ayant sceu gaigner de les faire hyer, ny ce matin. Mon sentiment à moy, est que si on retarde l'oblation de ma sœur Humbert directement , on la mettra au hasard d'un grand

murmurement, car ils croiront que c'est parce qu'ils donnent chichement la dot de ceste fille ; mais on pourra indirectement différer, sur ce que sa dot et les autres choses requises ne sont pas encor prestes , et on pourra les retarder par divers moyens, et pendant ce retardement on taschera de donner ayde à sou esprit pour le mieux disposer; mais nous en parlerons au premier jour plus au long. Je m'en vay confesser un homme estranger, dire la messe, desjeusner, et monter le plus tost que je pourray à Saincle-Catherine pour revenir de bonne heure. Bon jour, ma tres-chere Mère, que je chéris tout comme moy-mesme es entrailles de Nostre Seigneur.

DLXXIX.

S. François de Sales, à une Dame.

Il s'excuse auprès d'elle de ne l'avoir pas nommée sa fille, sur le respect qu'il luy portoit, et luy promet de le faire à sa prière. — Fondation de Grenoble. — Les bonnes œuvres sont subjettes à des contradictions.

Annessy. 18 janvier 4618.

Madame, si jamais ma bouche a refusé de vous nommer ma fille, c'a esté sans le consentement de mon cœur, qui, dés le premier abord du vostre, sentit bien que Dieu luy donnoit une forte et.invariable affection toute vrayement paternelle pour vous, mais on n'ose pas toùsjours parler comme on desireroit, surtout quand on doit du respect à ceux qui portent les mesmes tiltres (1) que nous voudrions avoir. Certes, puisque vous le voulez, je ne saurois aussi plus me priver de ce contentement ; et je vous diray donc, ma tres-chere fille , que je suis bien ayse que ces filles (2) soyent venues faire icy l'apprentissage du sacré me^tier que par après elles iront exercer, comme j'espère , dedans le pays de leur naissance et de mon affection : pour moy , je n'en puis plus doubter, voyant ceste générale concurrence des souhaicts que font tant de gens de bien. Cependant il est fort certain, comme vous dites, que ceste bonne œuvre ne se fera pas sans quelques contradictions; car, comme seroit-ilbon autrement? Mais pour ceste dame, je ne croy pas qu'elle la fasse longue, puisqu'elle est vertueuse et de bon esprit, et puisque Dieu dissipe les contagions humaines par la science céleste.

(1) Le Saint veut sans doute parler des titres de sainteté et de vertu, comme s'il en était dépourvu.

(2). Celles qui étaient venues de Grenoble pour se préparer à la fondation du monastère de cette ville.

Or sus, ma tres-chere fille, continuez tousjours à servir ce divin Maistre et Sauveur de vostre ame, en pureté et douceur d'esprit : c'est l'unique bon-heur que nous pouvons prétendre ; et l'infaillible asseurance de le posséder éternellement consiste à l'aymer en ce monde fidellement et confidemment. Je ne suis pas hors d'espérance de vous revoir ce Caresrae (1 ), et de vous dire de vive voix, comme je le dy de tout mon cœur, que je suis, ma tres-chere fille, vostre, etc.

DLXXX.

S. François de Sales, à une Supérieure de la Visitation.

Les Dames de la Yisitatloii ne doivent pas recevoir des enfans avant qu'elles ayent l'ai^ compétent ; leur institation n'est pas pour l'éducation des petites filles.

23 janvier 1618.

Ma tres-chere fille, il faut demeurer coy en ce que Dieu dispose et ordonne : nous l'avons mesme fait cejourd'huy ; à sept heures du matin , nous avons perdu pour ceste vie le Père Dom Simplicien, et à trois heures le bon M. de Saincte-Catherine , deux grands serviteurs de Dieu, sans qu'il y ayt presque aucun malade en ceste ville. 0 Providence céleste ! sans esplucher vos effects, je les adore et embrasse de tout mon cœur, et acquiesce à tous les evenemens qui en succèdent par vostre volonté.

Ma tres-chere fille, il faut tout à fait esviter de recevoir des filles avant l'aage, car Dieu n'a pas esleu vostre Institut pour l'éducation des petites filles , ains pour la perfection des femmes et filles qui , en aage de pouvoir discerner ce qu'elles font, y sont appellées; et non-seulement l'expérience, mais la rayson nous apprend que les filles si jeunes estant reduittes sous la discipline d'un monastère, qui est ordinairement trop disproportionnée à leur enfance, la hayssent et prennent à contre-cœur; et si elles désirent par après de prendre l'habit, ce n'est pas le vray et pur motif que requiert la saincteté de l'Institut ; et ne s'en suit pas que ce qui se fait pour ceste fois , il le faille faire pour des autres, non plus qu'il ne s'ensuit pas qu'un homme s'estant chargé d'une juste charge pour un amy , il doit se surcharger d'une seconde charge pour un second amy ; et ceux qui seront amys de nostre Institut auront patience jusqu'à ce que leurs enfans soient d'aage convenable.

(1) s. François devait prêcher le Carême à Grenoble cette année 1618.

LE FONDATEUR d'oRDRE. SOI

0 ma Ires-chere fîJle, que les cogitations des hommes sont inégales ! que de gens crient, quand on reçoit leurs enfans grans, meurs et rassis, et que de gens voudroient les donner dés le berceau !

DLXXXI.

S, François de Sales, à Madame de Chantai.

Il luy apprend la mort de messire Philippe Cocx, surnommé M. de Saincte-Gatherine, chanoine et grand pénitencier de l'Eglise de Genève , son confesseur et leur amy.

25 janvier 4618.

Ma tres-chere Mère, quand on m'a osté d'auprès de vous, c'a esté pour M. de Saincte-Catherine ; mais je pensois que ce fust un accident comme l'autre fois, et voilà que c'a esté pour luy faire sainctement dire dix ou douze fois Vive Jésus! et protester qu'il avoit toute son espérance en la mort de Nostre Seigneur, qu'il a prononcé avec beaucoup de force et de vivacité, et puis s'en est allé où nous avons nos prétentions, sous les auspices du grand sainct Paul.

Dieu, qui nous l' avoit donné pour son service , 7ious l'a oste pour sa gloire : son sainct nom soit beny (Job. 31). Demeurez cependant en paix avec mon cœur aux pieds de la Providence de ce Sauveur pour lequel nous vivons, et auquel, moyennant sa grâce, nous mourrons. Dieu reparera ceste perte et nous suscitera des ouvriers , en lieu de ces deux qu'il luy a pieu retirer de sa vigne pour les faire asseoir à sa table. Mais tenez vostre cœur en paix, car il le faut; et, comme dit l'Escriture, pleurez un peu sur les trespassez (Eccl. 22), mais pourtant tenez Dieu en consolation, puisque nostre espérance est vive. Amen.

DLXXXII.

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