‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 137 sur 185 · DLXXXVI · texte numérisé non relu

DLXXXVI

S. François de Sales, à un Religieux.

Poorqaoy l6e religieuses de la Visitation disent plutost le petit Office que le grand;

inconvénient du Bréviaire ponr les filles.

96 avril 4618.

Mon Révérend Père, quant à la demande que fait le bon seigneur duquel vous m'escrivez sur Toccupation des sœurs de la Visitation , en cas qu'elles ne disent le grand Office , il y a deux raysons.

La première, que les sœurs disant le petit Office gravement et avec pause, elles y employent autant de tems comme la pluspart des autres religieuses en mettent à dire le grand Office, sans autre différence, sinon que les unes le disent avec plus d'édification et meilleure prononciation que les autres.

Certes, il y a huict jours qu'estant en un monastère {)res de ceste ville, je vis des choses qui pouvoient bien faire rire les huguenots; et des religieuses me dirent qu'elles n'avoient jamais moins de dévotion qu'à l'Office, où elles sçavoient de faire tousjours beaucoup de fautes , tant faute de sçavoir les accens et quantitez, que faute de sçavoir les rubriques, comme encore pour la précipitation avec laquelle elles estoient contrainctes de le dire; et que, ne sçachant ny n'entendant rien de tout ce qu'elles disoient, il leur estoit impossible, parmy tant d'incommoditez, de demeurer en attention. Je ne veux pas dire pourtant qu'il les faille descharger, sinon quand le Sainct-Siege , ayant compassion d'elles, le trouvera bon. Mais je veux bien dire pourtant qu'il n'y a nul inconvénient, ains beaucoup d'utilité à laisser le seul petit Office en la Visitation. En somme, mon Révérend Père, ce {jetit Office est la vie de la dévotion en la Visitation.

La deuxiesme response , c'est qu'en la Visitation il n'y a pas un seul moment qui ne soit employé tres-utilement en^prieres, examen de conscience, lecture spirituelle, et autres exercices. Je m'asseure que le Sainct-Siege favorisera ceste œuvre, qui n'est ny contre les loys, ny contre Testât religieux, et qui luy acquiert beaucoup de maysons d'obeyssance en un tems et en un

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royaume où il en a tant perdu ; et puisque mesme il n'y a pas tant de considérations à faire pour des maysons de filles, d'autant qu elles ne sont de nulle conséquence pour les autres Ordres, ny ne peuvent estre occasion de plaintes aux fondées sous autres statuts. La seule considération de la plus grande gloire de Dieu me donne ce désir, et l'utilité de plusieurs âmes capables de servir beaucoup sa divine Majesté en ceste Congrégation , avec la seule charge du petit Office , incapables d'autant de pouvoir suivre le grand Office. Sera-ce pas une chose digne du christianisme, qu'il y ait des lieux où retirer ces pauvres filles, qui ont le cœur fort, et les yeux et la complexion foibles? Pour le reste, mon Révérend Père, travaillez diligemment à faire reiissir l'entreprinse de vostre séminaire; car j'ay opinion qu'il sera meshuy nécessaire. Votre frère et serviteur. — François, Ev. de Genève.

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