‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 139 sur 185 · VII. n · texte numérisé non relu

VII. n

s 1 4 LETTRES.

cher, après lasaincteté de nostreame, que la santé de ma Mère. Je pense que j'ay tout dit quant aux affaires.

Faites-vous hardyment communiquer les lettres que j'ay escriles à ma sœur B. M. ; car il y en a, à mon advis, qui sont bien bonnes. Puisque vous voulez tout avoir, j'en ay escritune bonne une fois à M""" de Vissilieu (1); et si j'ay le loysir, j'en escriray une autre à Madame de La Baume , et vous Tenverray en cachet- volant ; mais il la faudra bien cachepter : car je ne sçay pourquoy, mais il est vray que les advis secrets frappent mieux le cœur, jusqu'à ce qu'on soit fort advancé au renoncement de son propre amour. Je salue d'un cœur incomparablement paternel toutes nos chères filles , que j'ayme tous les jours .plus , m'estant advis que je doy cela à l'affection qu'elles ont de servir Pieu. En somme, je me repose en vous comme en moy-mesme pour bien faire mes honneurs et mon amour envers les benistes âmes qui m'ayment pour l'amour de Nostre Seigneur. Il faut remettre les lettres que j'escriray à Madame de La Baume et à Monsieur de Pizançonet à Madame Odoyer, à Monsieur Durme, affin qu'il les rende, car il le désire.

Madame la conseillère Le Maistre me prie de la vous recommander; et sans doubte elle a besoin qu'on assiste son ame, pleyne de bonne volonté, mais un peu subjette aux abattemens de courage et de melancholie; c'est pourquoy il la faut encourager, et un peu prendre par la main. Vivez toute en la vie et en la mort de celuy qui vit pour nous faire mourir à nous-mesmes, et est mort pour nous faire vivre à luy-mesme. Ainsi soit-il, ma tres-chere et très-unique Mère. Amen,

Je ne vous dy rien de Monsieur de Bouqneron (2) et de ses filles ; car vous sçavez assez de quel cœur je suis pour elles et pour Mesdames de Sainct-André. Or sus, vive Jésus. Amen, Cacheptez bien ces lettres après que vous les aurez veues , et vous les remettrez au bon Monsieur Durme, auquel j'escris qu'il les donne. J'abonde un peu en dilection, et ces parolles d'icelle en ces commencemens, vous sçavez que c'est selon la vérité et la variété de ce vray amour que j'ay aux âmes ; mais tenez-moy bien es bonnes grâces de celle qui veut estre plus de mon soing.

Je ne vous envoyé pas le contract, d'autant que jen'ay peu le faire copier; et si, il me semble qu'il n'est pas trop bien fait; mais je vous en escriray plus amplement. Dieu soit beny éternellement dans le cœur de ma chère Mère , comme dans le mien

(1) Ou Vielleu. — (2) Ou Bougneron,

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propre. Aymez bien Madame de Granier; car quant à Madame B. Marie, il y a silong-tems qu'il ne le faut plus dire.

J'ay receu la lettre que vous m'escrivez du 22 de ce mois, allant donner la dernière bénédiction à Madame la Procureuse fiscale, qui a perdu tout sentiment.

Faites bien seicher les cachets volants , affin qu'on ne s'apperçoive que les lettres ayent esté veues.

DXCI.

S, François de Sales, au Révérend Père dom Placide ,

bénédictin.

Son estime pour une religieuse : belles Instructions qu'il en tire : son humilité. Exhortât ion à aymer la croix. Il soleranise tous les ans l'anniversaire du Jour qu'il reccut les ordres moindres et le sous-diaconat (1).

Annessy, 12 juin 1618.

Mon tres-cher Père, je puis vous asseurerquenostre chère sœur Françoise-Gabrielle Bailly, vostre sœur, m'est aussi chère que si c'esloit la mienne propre, sa pieté m'y ayant convié, et loue Dieu de ce qu'elle reçoit et donne beaucoup de consolation en la Congrégation de nos chères sœurs. Nostre Mère d'icy l'ayme parfaictement, et nous voyons que c'est un vase bien poly, vuide, ouvert pour recevoir de grandes grâces célestes : car c'est une ame droicte, un esprit vuide et dénué de toutes les choses de ce monde, et qui n'a pensée ny dessein que pour son Dieu. 0 qu'elle est heureuse en cest estât! Car peu importe le tems passager, à une ame qui aspire à l'éternité et qui ne regarde les momens périssables que pour aller en la vie immortelle. Ah! mon cher Père, mon frère, vivons ainsi en ce petit pèlerinage joyeusement selon le gré de nos hostes , en tout ce qui n'est point péché. Je sçay que vostre ame est de celles desquelles les yeux vont desfaillans , à force de regarder le sacré object de leur amour, en disant : Quand me consolerez-vous (Ps. 118)?

Vous me demandez quelque instruction pour commencer une bonne vie religieuse. Ah ! vray Dieu, mon chère Père, moy qui ne fus jamais seulement bon clerc ; m'appartient-il d'instruire les saincts religieux? Portez doucement et amoureusement vostre croix, laquelle, à ce que j'entens, est assez grande pour vous combler de ses bénédictions, si vous l'aymez.

Quelque petite occupation m'empesche de respondre* à sou-

(1) Le 12 juin, aux Quatre-Temps de la Pentecôte, en 1593.

haict à la douce lettre que vous m'avez escrite. Seulement je vous dy que c'est aujourd'huy le jour que je fus consacré à Dieu pour le service des âmes : je solemnise tous les ans ce jour avec le plus d'affection que je peux, me consacrant de nouveau à mon Dieu. Enflammez mon sacrifice de Tardeur de vostre charité, et croyez que je suis vostre, etc.

DXCII.

S. François de Sales, à un Ecclésiastique.

Le Sainct luy fait part de la commission qu'il a du Salnct Père pour ériger la congrégation de la Visitation de Saincto- Marie en corps de religion : contradictions et traverses qu'il a eues à essuyer.

2 juillet 1618.

Monsieur, je ne m'estonne point de Terapressement que ces bons personnages ont à destourner les âmes que Dieu appelle à la Visitation ; car encore me semble-t-il que ceste bien-aymée petite Congrégation est quitte à bon marché des persécutions et contradictions que Tennemy de son progrez luy suscite , et a coustume de susciter en pareille occasion : certes , je croy pourtant qu il n'en peut plus, car, comme un playdeur qui a mauvaise cause, il ne sçayt plus que faire, sinon caler et prendre des deslays.

J'ay receu de Rome commission d'ériger ceste congrégation en tiltre de religion, avec tous les privilèges, prééminences, immunitez et grâces qu'ont toutes les autres religions, et ce sous la règle de S. Augustin. Dites à ceste bonne ame qu'elle entre asseurement à Saincte-Marie : bien qu'elle ne soit pas encore religion, elle le sera bientost ; et j'oserois dire que devant Dieu elle l'a esté, puisque , par sa grâce, l'on y a tousjours vécu religieusement. Certes, assez entrent sur la mer, qui entrent dans un vaisseau qui est à l'embouchure du Rhosne, prest à cingler et à faire voile.

Nostre Mère ira cest hyver faire une mayson à Paris , comme je prevoy, avec tant de bon-heur, d'advantage, de protection et d'assistance, qu'après cela je m'asseure que tout demeurera calme et en paix. J'estime nos sœurs de vostre ville trop heureuses de jouyr, comme elles font, des efîects de vostre charité, seing et affection. 0 quelle suavité a mon chetif cœur paternel de sçavôir que mon frère paternel , tres-aymable , est tout charitable , mais cordial à mes filles bien-aymées! Je vous en fay mille tres-humbles actions de grâces , Monsieur mon très-cher frère ,

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et VOUS proteste que recevant vostre lettre, il me sembloit cueillir des fleurs de suavité incomparable sur le coupeau (1) de nos montaignes où j'estois alors : c'estoit en Toctave de nostre grand S. Jean , où me souvenant que Tevangeliste de nostre princesse dit de luy : Et vinum et siceram non bibet, j'admiray la douceur de Dieu de m'abbreuver, moy chetif homme, du vin de la charité, que le Sainct-Esprit a respandu en nos cœurs. Vivons ainsi, mon tres-chere frère, et croyez que tant que je vivray, je porteray la qualité de vostre, etc.

DXCIII.

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