François de Sales, à une Religieuse de la Visitation
qui estoit supérieure.
Lee aridltez ne sont point contraires à Tamour de Dieu , et nos imperfections mesmes produisent l'humilité. — Privilèges des fondatrices , tant séculières que religieuses , de la Visitation.
Ânnessy, 19 aonst 1618.
DriES-MOY, ma tres-chere fille , vostre cœur que fait-il ? Il est , je m'asseure, plus brave que l'ordinaire en cestesaincte octave, en laquelle on célèbre les triomphes de nostre Reyne, en la protection de laquelle nostre esprit repose, et nostre petite Congrégation respire. 0 ma fille ! il faut tenir haut eslevé ce cœur, et ne permettre point qu'aucun accident de seicheresse , d'empressement ou d'ennuy Festonne , puisque, encore que cela le puisse esloigner de la consolation sensible de la charité, il ne le peut
(1) Sommet.
(2) Les éditions antérieures portent 1610; c'est une erreur évidente : le contenu de la lettre indique clairement 1618. En cette année , les Constitutions étaient écrites, le Sainct devait accompagner en France le Cardinal de Savoie ; et la pieuse fondatrice était en France (à Bourges) pour y établir un monastère. (N. E.)
toulesfois esloigner de la véritable charité, qui est la souveraine grâce de Dieu envers nous pendant ceste vie mortelle.
Nos imperfections à traitter des affaires tant intérieures qu'extérieures sont un grand subjet d'humilité, et l'humilité produict et nourrit la générosité.
Mais quel privilège ont les fondatrices devant Dieu? Leurs privilèges sont grans , car elles participent en une façon particulière à tous les biens qui se font au monastère , et à l'occasion du monastère. C'est un œuvre de charité presque le plus excellent qu'on puisse faire; bien plus grand sans comparaysoa que de bastir un hospital, recevoir les pèlerins, nourrir les orphelins.
Mais devant les hommes, il n'y a point de privilège que celuy d'estre supportées et assistées et honnorées au monastère , dans lequel les fondatrices séculières obtiennent ordinairement l'entrée, et, après la mort, des services particuliers.
Or, ceste fille icy, voulant estre religieuse, establira quant à elle son privilège , je m'asseure , à mieux obeyr si elle peut , que lés autres, et à faire le plus de progrez qu'elle pourra en l'humilité, pureté de cœur, douceur, modestie et obeyssance, puisque le privilège des vrayes religieuses est d'abonder en l'amour da céleste Espoux.
Au reste , je me resjouy que ceste fille fasse une si bonne eslection , et que , quittant les amours peu aymables des hommes , elle se consacre à l'amour tres-aymable de son Dieu , vray Espoux des âmes généreuses.
DXCV.