‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 141 sur 185 · François de Sales, à une Dame · texte numérisé non relu

François de Sales, à une Dame

Il escrira en son tems fi Mgr le Prince; Il envoyé la Règle de la Visitation.

Quand il en sera tems, Madame, j'escriray à M*" le Prince, pour la prospérité duquel et de toute la mayson nous faysons de spéciales et continuelles prières , tant que publicques que particulières, en quoy nous obeyssons avec anticipation de soumission aux désirs des Seren. Infantes.

M"* de Bressieu, qui est là, m'a fait grandement presser d'envoyer ces Règles, c'est pourquoy je n'ay pas prins le loysir de les faire mieux escrire, dont je vous supplie de m'excuser.

LE FONDATEUR D ORDRE

DXCVI.

S. François de Sales, à Madame Hieronyme Scaglia, à Turin.

Sainot François parle de rintention où est la Mère de Chantai de partir pour Turin , & l'effect d'y fonder un monastère , et l'entretient de la réception de S. Â. à Paris et des qualltez de la princesse.

III. Signora mia Of., lersera ricevei la lettera di V. S. m. per via del Sign'« Vaidelli; e la ringrazio umilmente del favore che ella mi fa di scrivermi, che mi dà mille consolazioni.

La Madré dunque per providentia particolare d'Iddio, si trovoin strada e giunta in Borges quando ricevei il memoriale del Ser. Principe, e cosi da Borges verra corne credo qui da Parigi per fundar un monasterio ; perché , se bene la morte del cardinale del Perron e mette un pocô di difficoltà aile disposizioni che egli vi aveva messe, tuttavia vedo, chè pocô a pocô vanno disparendo , e da questa città nel ritorno passera in Digione , ove le cose son no apparechiate per la fon-

Parisi, 9 no y. 1618.

Madame ,

Hyer soir j'ay receu la lettre de V. S. 111. par le moyen de M. Vaidel, et je vous remercie humblement de la faveur que vous me faites de m'escrire, qui me donne mille consolations.

La Mère, par une providence particulière de Dieu, s'est treuvée en chemin, et arrivée à Bourges quand j'ay receu le mémorial du Serenissime Prince, et ainsi de Bourges elle viendra comme je croy à Paris, fonder un monastère; car, si la mort du cardinal Du Perron (1) apporte un peu de difficulté dans les dispositions qu'il avait suggérées, je voy neantmoins que peu à peu ces difficultez vont disparoissant : et de ceste ville, à son retour, elle passera à Dijon où les cho-

(1) Les éditions portent, dans ritaliea, Cay^dinale Principe, le Cardinal Prince; nous mettons del Perronne, du Perron; et voici pourquoi, lo \\ ne peut être question de la mort du cardinal Maurice, qui, plus tard, renonçant à la carrière ecclésiastique dans laquelle il n'était pas engagé par les Ordres , épousa la fille de cette môme Christine dont il venait , au temps où nous sotnmes , célébrer le mariage avec Victor- Amédée. Il n'appartenait pas d'ailleurs à Maurice de suggérer les dispositions dont parle notre Saint; car 2'» ces dispositions regardent évidemment la fondation du monastère de Paris; S» Du Perron, qui vénérait S. François de Sales, et pour qui le Saint avait grande estime {Voy. entre autres la lettre CCGIII^ page 118), pouvait très-bien , étant grandaumônier, s'occuper du futur monastère de Paris. Or, ce cardinal était mort le 5 septembre, un peu plus d'un mois avant la date de cette lettre I

ses sont préparées pour la fondation d'un autre monastère, ensuite elle ira à Turin si les choses se treuvent en estât pour la fondation; ainsi j'espère, que sans perdre de tems, elle employera bien les journées, pourveu que Sa Divine Majesté l'ayde et l'encourage.

L'Illustrissime Comte se porte fort bien, et il a la bonté de me donner toutes les preuves d'affections qu'on peut désirer.

En chemin , il me dit qu'il vouloit parler avec moy des affaires de V. S. 111. ; jusqu'icy il ne Ta pas fait, et je ne croy pas qu'il le fasse de si tost, estant tresoccupé des affaires qui luy tombent sur les bras, et de toutes celles du marquis son frère. Le voyage a esté tres-heureux.

Nostre Serenissime Maistre a voyagé tres-gayement, il a receu beaucoup de caresses et d'applaudissemens de la part des grans et des petits , chacun bénissant Dieu etlamayson de nos princes, et tesmoignant une ferveur particulière pour Tobject de nostre demande.

Pendant les cinq jours de navigation , j'ay eu le tems de jouyr de la présence du Serenissime Cardinal, non sans luy parler de beaucoup de choses bonnes :

deux fois par jour, S. A. lisoit des livres françois pour apprendre de plus en plus la langue et les choses de ce royaume.

Quelquesfois il ramoit et il me faysoit ramer avec luy, pen-

dazione di un altro monasterio, e alla prima posta aaderâ in Torino se pur le cose si trovaranno in stato di dovervi far la fondazione ; e cosi -spero, chè senza perdere tempo, ell' a impieglierà bene le giornale, purche Sua Divina Maestà l'agiutieconforti.

L'IU. Sig. Conte sta molto bene e dalla gratia sua mi dà tutti li segni d'amorevolezza, che si possono desiderare. E per strada mi disse chè voleva parlar meco délie cose di V. S.

11!.; ma sin adesso non Tha fatto, né credo chè sia per farlo cosi presto , essendo assai occupato intorno alli negozii, che tutti sopra le braccia sua ricadono, e sopra quelle dell' 111. Sig. Marchese suo fratello.

11 viaggio è stato buonissimo, il S. nostro Padrone essendo venuto allegramente, e avendo ricevute moltissime carezze e applausi generali de' grandi e minimi, ognuno benedicendo Iddio et la casa de' Principi nostri, etestiflcando un fervor particolare per il motivo ricercato; e li cinque giorni di navigatione, ho avuto tempo do godere la presenza del Ser.

Gard, non senza parlare d' moltissime cose buone ; e due volte il giorno Sua Altezza legeva libri francesi , per andar di più in più imparando la lingua e le cose di questo regno. E anco aile volte vogava e mi faceva vogare con lei, pensando al

LE FONDATEUR D ORDRE

principio chè io non sapessi queir arte, nella quale tuttavia s'è trovato chè io era dottore.

Essendo giunti a Orléans, incontrati da monsieur de Betune e di Modena, siamo stati due giorni per riposare un poco , e sin il giorno di tutti i Santi. S.

A. fece la S™» communione, e poi a piccole giornate siamo venuti qui ; e non si pu6 dire con quante honore fu ricevuta S. A. ne quanto fosse il popolo chè venue fuor per vederla : ne si è vedutto di memoria d' uomo tanta folla per entrata de principe.

Il Re poi la Regina, Monsieur fratello del Re , Madama magiore et minore fecero con esso grandissime feste, ma sopra tutti il Re, che tutti li suoi dicono haver fatto segni straordinari di allegrezza. Madama magiore è compitissima, havendo scolpita la maestà e benignità nel volto, e è grande per Tetà sua, e ha una gratia incomparabile a carrezzare con modestia e gravita singolare.

Il suo predicatore, molto mio amico e uomo di gran pietà mi disse chè haveva una divozione singolare, una prudenza squisita e una bontà notabilissima. E non si puô dire poi in chè conceto sià qui il nostro principe magiore : tutti Io chiamano specchio de' Prencipi, in boata verso i popoli, in pie-

sant d'abord que je ne cognoissois pas cest art, dans lequel il s'est trouvé toutesfois que je suis docteur. Estant arrivez à Orléans, nous avons treuvé M.

de Bethune et M. de Modene; là nous nous sommes reposez deux jours, jusqu'au jour de la feste de la Toussaint. S. A. a receu la saincte communion, et ensuitte à petites journées nous sommes venus icy. On ne peut pas dire avec combien d'honneur a esté receu S. A.

ny à quel nombre estoit le peuple qui vint au devant de nous pourlavoir. De mémoire d'homme on n'a jamais veu tant de foule pour une entrée de prince.

Le Roy, ensuitte la Reyne, Monsieur, frère du Roy, Madame aisnée et Madame jeune firent au prince de très-grandes festes, mais par-dessus tous, le Roy : tous les siens disent qu'il a donné des signes extraordinaires d'allégresse. Madame aisnée est tres-aggreable, ayant sur le visage l'empreinte de la majesté et de la bonté.

Elle est grande pour son aage , elle met une grâce incomparable à caresser avec modestie et une gravité singulière; son prédicateur, qui est beaucoup mon amy et homme de grande pieté , m'a dit qu'elle avoit une dévotion remarquable, une prudence exquise et une bonté tres-notable. On ne peut dire en quelle estime est icy nostre Prince aisné : tous l'appellent

LiiTTREà.

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les veptii:^ Tir-wi oeut 'tesirep.

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V'^înpp^^ 'ûii.-- '"îfts <"ion3 rares

'fH'in r\^. peut compter. On ne

fait 'fue son esloire t^ii partini-

!ier ett en pnhlin. et je nay pas

i,opt de le 'lire, car ie srav

qu'on enverra «les. reialiond -le

tout le Vijva^jre et «les evene-

mens qui ont eu lieu iny.

i'ay t.peuvé à Paris un tei accroissement «"le «levotion que j'en suis esmerveillé. Le Rov surtout a nne si haute idt^e de la sainiHe reliffion catholique.

qu'on doit espérer mille bénédictions dans ce rovaume.

Au bon Père D. Juste mille et mille sahits : dans la circonstance, je ne manqueray pas de faire tout ce qui se pourra pour sa con^fre^ration.

Dieu =oit éternellement loué, qu'il sou -tien ne et bénisse de *a saincte main V. r;. fil., de laquelle je suis le tres-humble et tres-asseuré serviteur. — P'RANror.s, F>. de Genève.

à. n ibrtezza, e :n ^nmrna in iiitr .e ;Dani -iie ^i :)05=ono desiderore.

E -Tuanto a S. A- 5. eila !ia ?.uUis niesaii luei oarticoiari doiii che non si aos&oïio numerare. e 'e 'LDiU sue si pubbiiche corne orivate. e non no :orto, perche so chè si monderanni) reiazioni partLColari di :utto il via:z:rio -e .le tutte ie cose successe ■pu.

Soiamence chè iio trovato Pariai con ranto accrescimenlo di 'livozione chè ^ an stupore:

e quel chè e sopra tutto. il Re ha un concetto tanto alto délia S™ reli^ione oatnt^lica. chè si ha da sperare Oi^ni faenedizione in questo re^rno.

Ai buon padre D. Gioslo mille et mille saluti: e noa mancarù di fare tutti II uffici che si potrannc» per sua conirregazione nei-i' -jccorenze. Iddio sia eternamente lodato; e edi dalia sua sanota mano tenj:t:d e benedica V. S. III. deiîa quale io son-j humilissimo e certissimo serWtore. — Fran- CEsro. Vescovo di Ginevra.

rjxcvn.

.s. François de Sales, à une Religieuse de la Visitation.

\jfi Hainrt -«e rftnjonjt fl« prnsçTd/z de prir-lre de la Vlriltatlon, et annonce le pr«>jecc .i'nn

eKtabI uwement d'une mavdon à Tarin.

3 décembre 1618.

Jk salue vostre cœur de tout le mien, et vous prie d'aymer tousjours bien ce vieux père, qui vous chérit, certes, de tout son cœur, de plus en plus, ma tres-chere flUe, et se resjouyt

LE FONDATEUR d' ORDRE. 5^3

d'apprendre que, grâces à Dieu, ceste mayson-là s'advance en humilité, en douceur, paix et amour divin. Qu'à jamais l'éternelle Bonté soit benye.

On parle fort de faire un monastère de la Visitation à Turin. Voilà, ma tres-chere fille, comme Dieu multiplie et bénit Tœuvre qu'il luy a pieu de faire commencer par la petitesse et abjection de trois petites créatures , lesquelles pour cela doivent s'esvertuer d'estrede plus en plus toutes à la divine Majesté, et à ceste vocation, pour la rendre tous les jours plus aggreable à Dieu.

Je vous escris selon mon sentiment présent ; car il faut aussi que j'escrive à l'ame de ma tres-chere fille, priant Dieu qu'il la fasse saincte, et moy aussi, qui suis si esloigné de ce bon-heur.

Encore vous faut-il dire ce mot, ma tres-chere fille : si vous n'estes pas favorisée, aymez bien ceste abjection. Croyez-moy, Dieu void volontiers ce qui est mesprisé, et la bassesse aggreée luy fut tousjours aggreable. Dieu est si bon, qu'il visitera intérieurement nostre Visitation, la fortifiera, et Testablira à la solide humilité, simplicité et mortification.

Vivez joyeuse, tant que vous pourrez, de ceste joye paysible €t dévote de laquelle l'amour de nostre abjection est la racine. Ma tres-chere fille, je vous salue d'un esprit qui est inséparablement vostre. Vive Jésus! Amen.

DXCVIII.

S. François de Sales , à Madame de Chantai.

Il la console des afflictions que luy cause son fils , et l'excite h un destachement

de plus en plus p.irfaict.

Paris. 3 janvier 1619.

Vous aurez je m'asseure, receu deux lettres, ma tres-chere Mère, quand celle-cy arriv.era, et croyez que je ne perdray désormais nulle occasion. Je suis grandement en peyne de vostre affliction, bien que je n'en sçache pas les particularitez ; mais je voy bien par ce peu de parolles que vous m'escrivez que vous la sentez vivement. Ma tres-chere Mère , ceste vie mortelle est toute pleine de tels accidens et les douleurs de l'enfantement durent souvent plus que les sages-femmes ne pensent. En quelles occurrences pouvons-nous faire les grans actes de l'invariable unvon de nostre cœur à la volonté de Dieu, de la mortification de nostre propre amour, et de l'amour de nostre propre abjection, et en somme de nostre crucifixion , sinon en ces si aspres assaults ?

Ma tres-chere Mère, vous ay-je pas souvent intimé la nudité de toutes les créatures pour se revestir de Nostre Seigneur cruciQé? Or sus. Dieu sera au milieu de vostre cœur, qui vous affermira, et j'espère qu'il conduira ce fils à bon port et que vous aurez encore la consolation intérieure de le sçavoir. Je me porte fort bien, et je pense qu'aujourd'huy on résoudra sur nostre affaire, qui a esté grandement agitée. Plus je vay avant en la cognoissance du monde, plus j'estime heureux ceux qui sont à Jesus-Christ, quoy qu'ils endurent pour luy. Je n'ay seulement pas loysir de revoir vostre lettre pour voir si j'y oublie rien. A Annessy tout va bien, grâces à Dieu. Le bon M. de Forax est un peu malade et grandement en peyne sur le subjet de sa prétention. C'est, à mon gré, le plus digne d'amitié qu'il est possible de voir. Mon frère est encore aussi un peu mal de son pied. J'ay eu un certain engourdissement de jambes qui passa et ne m'a nullement empesché d'aller et faire tout ce que j'ay voulu ; j'avois grand désir de voir Monseigneur nostre Archevesque , mais puisqu'il ne vient pas, je me resjouy en la consolation que vous avez de sa présence. Je luy bayse tres-humblement les mains, et salue de tout mon cœur nos tres-cheres sœurs. Que suis infiniment, ainsi que vous sçavez, ma tres-chere Mère, mesme en une façon incomparable, très- vostre. — François, evesque de Genève.

DXCIX,

S. François de Sales, à Madame de Chantai ,

à Bourges (1).

0 MA Mère toute tres-chere ! si vous n'avez guère d'or ny d'encens pour offrir à Nostre Seigneur, vous aurez au moins de la myrrhe : et je voy qu'il l'accepte tres-aggreablement, comme si ce fruict de vie vouloit estre confîct en la myrrhe d'amertume , tant en sa naissance qu'en sa mort. En somme, Jésus glorifié est beau , mais quoyqu'il soit tousjours tres-bon , si semblet-il qu'il le soit encore davantage crucifié. C'est pour ce tems présent vostre espoux, ma tres-chere Mère; à l'avenir ce sera luy-mesme glorifié. Je suis grandement en peyne de vostre affliction ; bien que je n'en sçache pas le» particularitez ; mais je voy bien, par ce peu de parolles que vous m'escrivez, que vous la sentez vivement.

Ma tres-chere Mère, ceste vie mortelle est toute pleyne de tels accidens , et les douleurs de l'enfantement durent souvent plus que les sages-femmes ne pensent. En quelles occurrences pouvons-nous faire les grans actes de

(1) Cette lettre est la même pour le fond que la précédente.

rinvariable unyon de nostre cœur à la volonté de Dieu , de la mortification de nostre propre amour, et de l'amour de nostre propre abjection , et en somme de nostre crucifixion, sinon en ces si aspres et rigoureux assaults? Ma tres-chere Mère, vous ay-je pas souvent intimé la nudité de toutes les créatures, pour se revestir de Nostre Seigneur crucifié? Or sus, c'est Dieu qui veut ainsi mettre nostre cœur au sec. Ce n'est donc pas une rigueur, c'est une douceur.

Voilà ce que je vous dy, ma tres-chere Mère : et tout de mesme pour les nouvelles des desplaysirs de N. Enfin Nostre Seigneur peut-estre vous veut ainsi conduire parmy les espines désormais , et je confesse pour le regard de moy-mesme en moy, qu'il est bien lems : en vous, je le supplie de toutes mes forces qu'il attrempe doucement son calice; mais que nostre volonté ne soit pas faite, ains la sienne toute saincte.

Ayez bon courage : pourveu que nostre cœur luy soit fidelle, il ne nous chargera point oultre nostre pouvoir, et supportera nostre fardeau avec nous, quand il verra que de bonne affection nous sousmettrons nos espaules. Dieu vous bénisse et toutes nos sœurs : mais Dieu vous bénisse, ma tres-chere Mère, que je chéris plus que moy-mesme, ou comme moy-mesme.

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