‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 142 sur 185 · DC · texte numérisé non relu

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5. François de Sales, à Madame de ChantaL à la Visitation, à Bourges,

Sur la réception dans le monastère de deux sœurs, et sur le maryage du prince du Piedmont.

A Paris, 9 janvier 1619.

Ma tres-chere Mère, je reviens assez tard des Bénédictines où, grâces à Dieu , j'ay receu au giron de TEglise un fort honneste gentil-homme, de bon esprit et de bonnes lettres; et si (1) je doy prescher demain , c'est pourquoy je vous respondray courtement à vos lettres précédentes. Nous ne vous enverrons pas encore ny Tune ny l'autre de ces Dames, Tune qui est maryée , parce qu'elle ne veut donner que cinq cens francs de pension, se sousmettant, quant au reste, que sa fille de chambre, estant espreuvée, si elle n'est propre à demeurer, on la puisse chasser; et par ce moyen, bien qu'elle ne se détermine à rien, si me semble-t-il qu'elle se laissera conduire. L'autre qui est, à mon gré, une brave et digne femme, parce que voulant meshuy essayer si nous pourrons faire reiissir nostre dessein sans ce bon seigneur, qui à la vérité est incomparable à tenir les affaires en longueur, nous aurons grandement besoin d'elle et de sa con-

(1) Encore.

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fluitte qui est tres-bonne: re sera éternellement mon sentiment qu'on ne laisse jamais de recevoir les filles infirmes eu la Congrégation , sinon que ce fust des infirmitez marquées aux Règles, telle que n'est pas celle de fille qui n'a point d'usage de ses jambes, car sans jambes on peut faire tous les exercices essentiels de la Règle, obeyr, prier, chanter, garder le silence, coudre, manger; et surtout avec patience avec les sœurs qui la porteront quand elles ne sont pas prestes et promptes à faire la charité. Car il faudra souvent qu elle supporte celles qui la porteront , si l'esprit de dilection ne les porte. Si donc elle a de quoy nourrir celles qui la porteront, je ne voy rien qui doive empescher sa réception, si elle n'est point estropiée de cœur. Ains je l'ayme la pauvre fille de tout mon esprit.

Nostre M. de Gouffier (1) ne s'en ira pas, et je vay espiant une bonne commodité pour revoir un peu son esprit. Vous ne doubtez plus de nostre maryage, je m'asseure, car vous aurez sceu meshuyquelecontractfut solemniséily a 9 jours; que tout s'est passé avec un bonheur non pareil : Les ambassadeurs ont visité nostre chère petite Madame, avec tiltre de Vostre Altesse et conjouyssance de son maryage. C'est la plus brave princesse qu'il est possible de voir. Le Roy a escrit à M. le Prince du Piedmont, avec le tiltre de beau-frere ; le roy d'Espagne a rendu tesmoignage d'aggrement. En Piedmont, en Savoye, on a fait des allégresses incroyables, les festes de Noël, lorsque le Prince eut receu les couleurs des faveurs, ou les faveurs des couleurs de Madame; et le Prince publia un cartel pour un tournois gênerai, auquel il invita toute l'Italie à venir voir mourir à ses pieds tous ceux qui diront que l'hamaranthe n'est pas la plus belle de toutes les couleurs, et la Princesse qui favorise ceste couleur la plus digne qui eust jamais esté, et que chevalier qui est son esclave n'est pas le plus heureux du monde; mais certes, je ne sçay pas trop bien l'histoire de ce cartel, aussi n'est-elle pas trop propre pour estre leue en réfectoire. Je veux dire en somme que nostre maryage est fait; et S. A. ne fit jamais tant de desmonstrations d'une joye véritable et extraordinaire comme il fait maintenant. M. le Prince sera icy dans trois sepmaines, voilà pour ce poinct.

Monsieur le baron de Chantai me fit presque mentir quand je vous escri vis , car il arriva céans comme j'avois envoyé la lettre, et commença fort à s'apprivoyser avec moy ; mais il ne me parla

(1) 11 y eut quelque chose de particulier dans la vocation de cette sœur : on le verra par les deux pièces suivantes que nous avons reportées ici à dessein.

LE FONDATEUR d'oRDRE. 527

point de ses affaires. Je feray tous mes efforts pour le faire entrer au service de Monseigneur le Prince, etcroy qu'il ne sçauroit mieux faire; mais ce que je crains, c'est que d'abord en ne le mettra pas en fortune, ains faudra qu'il la gaigne par la subjection et par sa vertu , bien que moyennant cela il la fera proportionnée à sa condition. Je luy en parleray à la première commodité : qui luy pourroit persuader que la douceur et courtoysie est incomparablement plus honnorabîe que la violence et fierté , le mettroit au chemin de faire des merveilles. Vous sçavez, ma tres-chereMere, que lamayson du Prince est un monastère, et que, pour chose du monde, il ne veut souffrir les desordres , et bien que venant icy il veuille s'accommoder à la liberté du pays, si est-ce qu'il la veut vertueuse. Somme donc, je feray tout mon pouvoir pour le fils de ma tres-chere Mère, le frère de ma treschere sœur et le nepveu d'un tel oncle qui m'en escrit. M. de Forax le rencontra, et se firent mille caresses; mais parce quie c'estoit en rue, ils ne parlèrent de rien. Ce qui tient en peyne M. de Forax c'est, 1° qu'il ne sçayt où aller prendre la finale conclusion de son maryage cru de sa présentation , puisque Mademoiselle de Chantai n'est pas auprès de vous, et que ny elle sans vous, ny vous sans elle ne ferez rien. 2** Je ne sçay encore si M. de Chantai le voudra, mais de ce second il s'en pourra esclaircir. 3° Il ne sçayt ny combien on luy donne de dot, ny si elle sera liquide, ou s'il faudra la prendre des mains de M. de Chantai. Pour moy, j'explique ces choses à ma façon, n'entendant rien aux termes et "cérémonies avec lesquelles il faut procéder en une affaire que je ne fis jamais, Dieu mercy, et je vous asseure que le pauvre garçon n'en est guère plus grand docteur que moy; ouy bien en toutes sortes de vertu, pieté et courtoysie, et luy est advis qu'encore qu'il n'espouseroit pas Madenioiselle de Chantai, laquelle pourtant il a bien envie d'espouser, il ne laisseroit pas d'estre vostrefils.

T\Ion engourdissement de jambes n'est rien de douloureux ny qui m'empesche de marcher, dés que j'ay fait dix ou douze pas. Je pense que c'est que je suis vieux. En somme ce n'est rien, je vous asseure.

Mon frère est au lict, mais il se porte bien. M. Flocard est toujours icy nostre camarade, et toujours plein de vertu et de respect pour vous.

Dieu vous bénisse et toutes nos sœurs; mais Dieu vous bénisse, ma tres-chere Mère, que je chéris plus que moy-mesme ou comme moy-mesme.

o28 LETTRES.

Je m'en vays faire pesponse à Monseigneur nostre Archevesque et puis à M°" du Puits-d'Orbe qui m'a envoyé homme exprès. Ma tres-chere Mère je suis tout vostre.

DCI.

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