François de Sales, à une Dame
Le Sainct Iny (Jonne des marques de son amitié et de son souvenir.
20 aoost 4619.
Je meblasmerois moy-mesme, ma tres-chere fille, si je laissois partir ceste chère sœur sans luy donner, en ces trois lignes, ce foible, mais asseuré tesmoignage de la souvenance que j'ay de vous et de vostre cœur que je chéris parfaictement, avec mille désirs qu'il se perfectionne de plus en plus en douceur et humilité, afin qu'il vive selon le cœur de Nostre Seigneur, auquel je le recommande incessamment, et tout ce qui vous est plus aymable, demeurant à jamais et invariablement , ma treschere fille, vostre, etc.
DCXVII.
S. François de Sales , à Madame Leloup
de Montfant (1).
n s'agit d'une veufve qui youloit entrer en religion. Le Sainct, consulté par la mère de oeste veuf vo , pour sçavoir si ceste vocation luy paraissoit véritable , repond affirmativement
Avant le 12 septembre 1619.
Madame, les plus courtes responses sont ordinairement les meilleures; et avec cela, pressé de mon despart de ceste cour, et du désir de depescher vostre homme, qui me conjure ardemment de ne le point retenir davantage. Or je ne diray rien des tiltres d'honneur et de faveur dont vous estes si libérale envers moy, sinon que je ne cesseray jamais de vous souhaitter toute sorte de bonne consolation et quelque digne occasion de vous tesmoigner combien je vous honnore.
Je ne vous diray donc pas autre chose sur le dessein que madame N., vostre fille, a de se retirer dans le monastère, sinon que je croy fermement que c'est une véritable inspiratioa divine, ne voyant tout à fait aucune rayson contraire, puisque, grâces à Dieu , elle a de si justes et dignes garans de la personne et des biens de ses enfans, pourveu qu'il vous playse et à Mon-
(i) Charlotte de Beaufort de Camillac, épouse de Gaspard Le Loup de Montfant, et mère de Madame la comtesse d'Alet, qui a été religieuse de la Visitation, et fondatrice du monastère de Montferrant.
LE FONDATEUR d'oRDRE. 345
sieur de vous charger de çeste peyne; et affin qu'il vous playse, je ne veux point user de longs discours, ains seulement dire que si vous le faites vous ferez une chose infiniment aggreable à Dieu; car cela suffit à une ame généreuse pour luy faire prendre toutes sortes de resolutions.
Je voy bien qu'il y a'plusieurs respliques à ce que je dy ; mais je croy bien aussi qu'en ces occurrences il n'est pas question de contester et de disputer, ains de considérer les maximes de l'Evangile, qui sans doute nous conduisent au parfaict despouillement, et au mespris de la sagesse temporelle, qui ne s'arreste à la sagesse de la vertu, qui requiert l'excellence etl'eminence de l'amour céleste.
Mais , Madame , si ceste chère fille de vostre cœur s'arresle dans les bornes que vostre authorité luy préfixe, de n'estre au monastère que comme fondatrice, sans changement d'habit ny de condition extérieure, je ne croy pas que la plus sage sagesse humaine puisse sagement gronder, ny, je m'asseure, probablement murmurer. Car, présupposée la charité de Monsieur vostre mary et la vostre envers vos petits , pour avoir soin d'eux et de leurs affaires , et asseurer madame vostre fille pour avoir la commodité de vivre plus parfaictement sous l'ombre de la croix, que peut-on dire autre chose, sinon que Dieu a donné l'inspiration à la fille de se retirer, et au père et à la mère de luy en donner les moyens? Je sçay qu'à faire ces grandes et héroïques vertus il y a de l'effort ; mais c'est aussi de là où elles tirent leur plus grande gloire.
Vous me marquez. Madame, un deffaut de ceste fille, qui est qu'elle jure sous équivoque; à quoy, ce me dites-vous, vous ne vous entendez point. C'est une des plus aymables conditions que vous puissiez jamais avoir, je le coafesse; mais il faut adjouster une autre grandement précieuse, qui est de ne point user de vostre authorité maternelle contre cest esprit, qui, pour éviter le coup , se desrobe plustot que de parer.
Mais quant à moy, Madame, je vous proteste que je n'use point d'équivoque quand je vous promets en bonne foy que de mon costé je ne consentiray point que Madame N. prenne l'habit de la Visitation, que quand, par une véritable attestation, j'auray esté asseurë de vostre consentement. De cela je vous prie de le bien croire, je vous en donne ma parolle plus clairement. Je n'ay nulle authorité sur les monastères de la Visitation qui sont hors de mon diocèse, de sorte que je ne puis m'obliger, sinon à ne point consentir, ains à faire tout ce que je pourray, non point
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par authorité. mais par crédit que j'espere d'avoir envers les supérieures de ces moQasteres , et particulièrement avec Madame >'., de laquelle je suis grandement certain qu'elle suivra en cela ma direction; et, partant. Madame, je vous donne derechef asseurance de ce que dessus , et signe exprès sur la promesse que je vous en fay.