François de Sales , à Madame de Chinlai
QuK vous diray-je? Rien autre chose, ma tres-chere Mère, sinon qu'il mo semble qne mon ame est un peu plus solidement eslablie en l'espérance qu'elle a eue de pouvoir un jour jouyr des fruicls de la mort et résurrection de Nostre Seigneur; lequel, comme il m'est advis, parmy les jours de la sepmaine saincte, et jusqu'à présent, non-seulement m'a fait voir plus clairement, mais avec une certitude et consolation înlellective, et en toute !a poincte de l'esprit, les sacrez axiomes el les maximes evaogeliques plus clairement el suavement, dy-je, que jamais : et je ne puis assez admirer comme ayant tousjours eu une si grande estime de ces maximes et de la doctrine delà croix, j'ay si peu prins seing pour les praltiquer.
0 ma tres-chere Mère ! si je revenois au monde avec mes senlimens preseus, je ne croy pas que toute la prudence delà chair el des enfans de ce siècle me peust esbranler en la cerlitude que j'ay que cesle prudence est une vraye chimère et une véritable Dyaiserie.
Or sus, j'ay dit ces quatre mots pour oheyr à vostre cœur, que je chéris incomparablement et comme le mien propre. Je vous escriray une autre l'ois d'autres choses.
La coadjutorerie s'en va eslre tout arrêtée el accomplie avec
- tant de faveur, que rien plus , et ne se peut croire combien mou
frère tesmoigne d'esprit et de vertu auprès de Madame et de ces
grans princes; de sorte que je commence d'estre cogneu et
aymé, parce que je suis son frère.
La petite sœur est allée conduire sa fille à Vanchy : Madame de la Flechere est tousjours bonne fort solidement, et lousjours accablée d'affaires el de mauvaise sanlé. Ce bon père vous dira tout le reste. Ma treï-chere Mère, Dieu soit au miheu Je voslre cœur. Amen.
DCXXXIX.
s, François de Sales, à la Mère Fabre.
Embarras du sainct evesque pour treuver des subjets propres à former les nonTeaux
establissemens de l'Ordre de la Yisitation.
27 mars 1620.
Ma tres-chere fille, ce garçon est venu en un tems auquel je n'ay pour tout sçeu le depescher que ce matin 27 du mois , accablé, je vous asseure, d'affaires si pressantes, que je n'ay peu m'en eschapper. Je vous supplie de donner seure addresse aux lettres de Paris, et de recommander à nostre sœur de Moulins celle de Bourges qui importe à la supérieure de ce lieu-là. Quant à Clermont, je trouve vostre response toute bonne, puisque vous avez des filles pour fournir ceste mayson-là. Mais y auroit-il encore oultre cela une fille pour estre supérieure ou maistresse des novices? car je voy que de toutes parts on demande des maysons : et voilà que celle de Turin se va dresser, où il en faudra bien, tant pour la qualité du pays que pour satisfaire à Madame. Or, Dieu fera des filles, quand il les devroit tirer des pierres, et donnera l'esprit du gouvernement à mesure qu'il voudra multiplier les maysons. Ma tres-chere fille, je suis uniquement vostre. J'ay grand désir de sçavoir ce que Monseigneur l'Archevesque fera pour l'exécution du bref apostolique , et espère que l'humilité et douceur ne vous manqueront pas en toutes occurrences. Je salue chèrement nos sœurs, et tres-uniquement vostre cœur, ma tres-chere fille. Amen.
DCXL.