DCXLVI
S. François de Sales, à une Religieuse de la Visitation,
Le Sainct l'exhorte à l'attention sur elle-mesme.
9 juillet 1620.
Ce m'est tousjours bien de la consolation, ma tres-chere fille, de sçavoir que vostre cœur ne se despart point de ses resolutions, encore que souvent il se relasche à des immortifications; car j'espère qu'à force de s'humilier parmy les signes de son imperfection , il reparera les defFauts qu'elle luy apporte.
Ma tres-chere fille, la condition de vostre esprit requiert que vous en ayez un grand soing, à cause de ceste liberté et promptitude qu'il a, non-seulement à penser et à vouloir, mais à desclarer ses mouvemens.
Or sus, vous l'aurez , je m'asseure, ce soing-là : car vous aspirez de plus en plus à la parfaicte unyon avec Dieu, et ce désir vous pressera d'estre de plus en plus exacte en l'observance des vertus qui sont requises pour le contenter, entre lesquelles la paix, la douceur, l'humilité et l'attention à soymesme, tiennent les premiers rangs : et je prie sa divine Majesté, ma tres-chere fille, qu'elle vous comble de sa dilection: et je suis parfaictement vostre, etc.
LE FONDATEUR d'oRDRE. 577
DCXLVII.
S. François de Sales, à la Mère de Brechard, supérieure du monastère de la Visita(io?i de Moulins,
Âdvls sur des difficultez arrivées pour la fondation du monastère de son Ordre à Nevers. Il faut vouloir Dieu absolument et invariablement : et quant aux moyens de le servir, il les faut vouloir paysiblement et foiblement.
26joilletl620.
Je n'avois garde de deviner que ceste difficulté deust jamais arriver pour la fondation de Nevers, ma tres-chere fille; car quelle conséquence y a-t-il? Une fille est à Moulins; il faut donc qu'elle et ses moyens y demeurent? Mais ceux qui la font, sont dignes de si grand respect, et ont tant de mérite sur vostre mayson , et sur toute la Congrégation , et ont tant de bon zèle et de pieté, qu'encore qu'à la rigueur elle ne soit pas bien forte, il faut, ce me semble, la faire valoir pour une partie, selon l'advis du Révérend Père Recteur, qui, comme m'escrit Mademoiselle Du Tertre, estime que la moitié suffira pour commencer la fondation, et l'autre moitié pour bien accommoder la mayson de Moulins.
Reste la difficulté de vostre personne et de celle de ceste chère fille; car je voy aussi la grande affection que M. le maréchal de Sainct-Geran (1) et Madame la maréchale ont que vous vous arrestiez, et elle aussi, à Moulins. Et faut que je le confesse, que je voy que ceste affaire se prend d'un byais, que j'appréhende de dire mon sentiment, que je fay neantmoins, et dy qu'il seroit à propos que vous, qui avez traitté, et qui estes cogneue, menassiez ma sœur P. Hieronyme à Nevers, et l'yestablissiez le mieux que vous pourriez pour le séjour d'un mois ou deux : et quand je dy que vous y allassiez , j'entens aussi parler de Mademoiselle Du Tertre , ma fille , laquelle je sçay estre inséparable avec vous.
Or, je présuppose que ces Messieurs prennent confiance à la parolle que vous leur donnerez de revenir infailliblement, et de ramener Mademoiselle Du Tertre ; que s'ils ne le veulent pas , il faudra envoyer ma sœur P. Hieronyme, avec deux ou trois qu'elle choysiroit, et faire le mieux qu'on pourroit, pourveu qu'on fist le partage sus escrit; car ma sœur P. Hieronyme a
(1) Jean-François de La Guiche, comte de La Palisse, sieur de Saint*Géran, chevalier des ordres du roi, maréchal de France et gouverneur du Bourbonnais.