François de Sales, à un Religieux Feuillant
Il luy donne son advis sur la manière de composer des traitiez de théologie.
Annessy, i5 novembre i617.
Mon Révérend Père, c'est la vérité que j'ayme d'amour vostre Congrégation, mais d'amour infructueux jusqu'à présent : Dieu le rende autant eff'ectif qu'il est affectif, et non-seulement à N., mais en deux ou trois dignes monastères de ce diocèse, nous verrons refleurir la saincte pieté que le glorieux amy de Dieu et de Nostre-Dame, S. Bernard, y avoit plantée.
Je vois bien en vostre lettre, que vous languissez, puisque vous me dittes, ecce quem amas infirmatur[k)\ mais je n'en ay pourtant point de compassion , qu'avec une extrême suavité : d'autant que infirmitas hœc non est ad mortem, sed ut manifestentur opéra Dei. Ecce enim qui amat infirmatur, puisque amore languet{^). Et partant je suis bien content de faire l'office d'une fille de Hierusalem , et nuntiaho dilecto tuo : Ecce qui amat, et quem amas, infîrmatur{Çi). Et vous, mon cher Père, en contre-eschange , implorez pour moy et sur moy le secours duquel, entre les vens et les orages, j'ay tant be^in sur ces eaux : Aquse multœ populi multi, Salvum me fac, Deus; quoniam conculcavit me homo, et libéra me de aquis multis (7).
(1) Je me suis tu, et je n'ai point ouvert la bouche, parce que c'est vous, Seigneur, qui avez fait cela.
(2) Éloignez de moi vos plaies.
(3) Demeurez ainsi dans le Seigneur, mes très- chers, et aimez celui qui vous aime.
(4) Celui que vous aimez est malade. '
(5) Cette infirmité n'est pas à la mort , mais pour manifester les œuvres de Dieu. — Car celui qui aime est malade, puisqu'il languit d'amour.
(6) Et j'annoncerai à vostre bien-aimé : Celui qui aime et que vous aimez est malade.
(7) Des peuples nombreux sont de grandes eaux. Sauvez-moi , ô Dieu, parce que l'homme m'a foulé aux pieds , et délivrez-moi des grandes eaux.
i/evesqde. 89
J'ay veu avec un extrême playsir le project de vostre Somme de théologie, qui est à mon gré bien et judicieusement fait. Si vous me favorisez de m'en envoyer un cahier, je le liray amoureusement, et vous diray franchement et naïfvement mon advis, à quelque prix que ce soit; et pour vous en donner quelque asseurance dés maintenant, je vous dy que mon opinion seroit que vous retranchassiez, tant qu'il vous seroit possible, toutes les paroUes méthodiques, lesquelles bien qu'il faille employer en enseignant, sont neantmoins superflues , si je ne me trompe, et importunes en escrivant.
Qu'est-il besoin , par exemple , In hâc difficultate très nohis occurrunt quœstiones : prima nempè quœstio erit, quid sit prœdestinatio ; secundà , quorum sit prœdes tinatio , tertia, etc.? Car, puisque vous estes extrêmement méthodique, on verra bien que vous faites ces choses l'une après l'autre, sans que vous en advertissiez auparavant. De mesme, In hâc qxiœstione très sententiae stmt : prima sententia est, etc. Car, ne suffit-il pas de commencer à capite le récit des sentences, avec un nombre précédant en ceste sorte.