‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 3 sur 185 · François de Sales, au roy de France Louys XHL · texte numérisé non relu

François de Sales, au roy de France Louys XHL

Le Sainct le remercie d'une aumosne qu'il avoit faite à Tegllse de Gex.

Sire, rien n'est caché à la chaleur du soleil en ce monde : rien non plus n'est esloigné du soing des bons roys en leurs monarchies. C'est pourquoy Vostre Majesté a regardé Teglise de Gex, qui est sur le fin bord du royaume, et, la voyant extrêmement misérable, luy a ordonné aumosne de trois cens escus, pour laquelle je vay maintenant en esprit, avec tous les catholiques de ce lieu-là, en faire actions de grâces à vostre charité royale, Sire, laquelle nous supplyons en toute humilité nous vouloir donner la jouyssance de ce bienfaict, duquel nous avons desjà la concession, pour laquelle nous implorerons à jamais la souveraine bonté de Nostre-Seigneur, qu'elle conserve et prospère Vostre Majesté en l'abondance des grâces célestes. C'est le souhaict perpétuel. Sire, de vostre tres-humble, etc.

S, François de Sales, au roy de France Louys XIII,

II le remercie d'une gratification de trois cens escus que Sa Majesté avoit donnez pour la réparation de quelques églises du bailliage de Gex.

Annessy, 31 juillet 1614.

Sire, les catholiques de Gex et moy avons receu les trois cens escus d'aumosne que Vostre Majesté a donnez pour la réparation des églises , avec une tres-humble révérence et actions de grâces, non-seulement parce que les faveurs qui proviennent de si haut lieu sont tousjours de grande estime, mais aussi parce que ce sont comme des arrhes de plus grands bienfaicts pour l'advenir, dont nous en espérons que la royale bonté de Vostre Majesté regardera de son œil propice la misère à laquelle l'heresie a reduict ce pauvre bailliage, pour respandre à son secours les grâces et assistances qui luy peuvent servir de remède. Ainsi Dieu soit à jamais le protecteur de Vostre Majesté, Sire, pour la combler des sainctes bénédictions que luy souhaitte vostre treshumble, etc.

l'eves^ue. 21

A monsieur le comte de Tornon.

Sur le duc de Nemours , et sur la reimpression de l'ouvrage de V Introduction

à la vie dévote,

3 aoust 1614.

Monsieur, j'ay donné en main propre de Monseigneur le duc de Nemours les deux lettres que vous m'aviez addressées, comme je feray tousjours fort exactement tout ce qui sera de vos volontez et en mon pouvoir. Au demeurant, je suis icy auprès de ce prince comme n'y estant point, d'autant que la multitude des affaires que ceste levée d'armée luy donne, m'empesche de pouvoir si souvent jouyr de l'honneur de sa présence, comme peut-estre je ferois en une autre sayson .

Laissant à part le vieil enseignement : Episcopum in caulis, non in aulis invenire par est; si vous venez assez tost pour le trouver icy, vous verrez que je ne brusle point mes ayslerons à ce flambeau. Je ne nye pas, certes, que le favorable tesmoignage que vous rendez à ce pauvre petit livret de V Introduction , ne m'ayt grandement encouragé, et plus en vérité, que celuy de plusieurs grands personnages qui, sans me cognoistre, me l'ont beaucoup recommandé par lettres. Je le revoy maintenant, parce qu'on le reimprime en petit volume, et j'y trouve une inflnité de fautes, partie de l'imprimeur, partie de l'autheur, que je corrige tendrement, ne voulant pas, s'il se peut, qu'on cognoisse sensiblement autre changement que celuy de la correction de l'imprimeur.

Monsieur du Noyeret a esté grandement consolé d'avoir sçeu, selon vostre désir, la souvenance que vous avez eue de luy en m'escrivant. Je suis après à desmeler le reste de son affaire dont je ne puis venir à chef, ayant deux rudes parties au conseil secret de Sa Grandeur.

Ces bonnes dames de la Visitation escrivent à madame ma cousine d'une petite ambition qui leur est venue, en laquelle pourtant elles regardent à la gloire de Nostre-Seigneur. Pour moy, quant à présent, je n'en ay point de plus grande que d'estre fortement advoûé de vous, Monsieur, et d'elle, tres-humble, tres-affectionné serviteur. — François , evesque de Genève.

P. S. M. des Portes a vostre lettre et le contentement d'avoir plus heureusement terminé son affaire qu'il ne pensoit.

s. François de Sales, à M. Jean-Pierre Camu. evesque de Betley.

oui:iciiliiaiJ<|a«9, et luy rocomninuile Isa InUrests lia diocèse Ae Genève nui Etxaxs île Bonr- ^ÏDC, nil il allait BBeluler.

ADoetsy. î£ Kust tâll.

Monseigneur, je me resjouy, certes, de vos victoires; car, quoy que l'on sçaclie dire, c'est la plus grande gloire de Dieu que nostre ordre episcopal soit recogneu pour ce qu'il est, et que cette mousse des exemptions soit arrachée de l'arbre de l'Eglise où l'on voit) qu'elle a fait tant de mal. ainsi que le sainct Concile de Trente a fort bieo remarqué.

Mais je regrette pourtant que vostre esprit pastisse tant enceste guerre, en laquelle, sans double, i! n'y a presque que les anges qui puissent conserver l'innocence; et qui tient la modération emmy les procez, le procez de sa canonisation est tout fait pour luy, ce me semble : Sapere et amare vix dits conc'editur; mais je dirois plus volontiers : Litigare et non insanire vix sanciis concediiur. Neantmoîns , quand la nécessité le requiert , et que l'intention est bonne, il faut s'embarquer soua l'espérance que la Providence mesme, qui vous oblige à la navigation, s'obligera elle-mesme à vous conduire.

Tout mon plus grand desploysir, c'est de voir qu'enfin ceste amertume de cœur que vous me despeignez vous ravira d'auprès de nous, et me ravira une des plus précieuses consolations quo j'eusse , et à ce peuple un bien inestimable ; car des prélats affectionnez, il y en a si peu : Apparent rari nantes in gurgile vaslo. — Salvum me fac. Domine, quoniam defecit sanclus {Ps. 11).

Je voy bien, Monseigneur, par vostre lettre et par celle de M, de N., qui, en vérité, est fort mon amy, et bon père très-singulier, que nous ne sçaurions conserver les libériez ecclésiastiques que les ducs nnus avoient laissées es pays eslrangers. 0 1 Dieu bénisse la France de sa grande bénédiction, et y fasse reuoislre a pieté qui regnoit du teras de S. Louys.

Mais cependant, Monseigneur, puisque ce pauvre petit clergé de vostre evesclié et du mien a le bonheur que vous parliez ea son nom aux Estais, nous serons deslivrez de tout scrupule, si après nosremonstrances nous sommes reduicts en la servitude;

car que pourroit-on faire davantage, sinon crier au nom de l'Eglise : Vide, Domine, et considéra, quoniam facta aumvilis. Quelle abjection que nous ayons le glaive spirituel en main, et que, comme simples exécuteurs des volontez du magistrat temporel, il nous faille frapper quand il l'ordonne, et cesser quand il nous le commande; et que nous soyons privez de la principale clef de celles que Nostre-Seigneur nous adonnées, qui est celle du jugement, du discernement et de la science en l'usage de noslre glaive? Manum suam misii hostis ad omnia desiderabilia ejus; quia vidit gentes ingressas sanctuarium tuum, de qtiibus prœceperas ne intrarent in ecclesiam tuam (Thren. 1).

Ce n'est pas avec un esprit d'impatience ny de murmuration que je dy cecy ; je me ressouviens tousjours que ista mala invenerunt 7ios, quia peccavimus , iiijiistè egimus. Or sus pourtant. Monseigneur, vous verrez nos articles, et ferez, je m'asseure, tout ce qui se pourra pour la conservation des droicts de Dieu et de son Eglise ; et tandis que nostre Josué sera là, nous tiendrons les mains haussées, et prierons qu'il ayt une spéciale assistance du Sainct-Esprit ; nous invoquerons les anges prolecteurs, et les saincts evesques qui nous ont précédez, qu'ils soient autour de vous, qu'ils animent vos remonstrances.

De vous envoyer quelqu'un de la part de mon diocèse, il n'en fut jamais question. Mon diocèse n'est-il pas vostre, puisque je le suis si parfaictement : Populus meus, populus tuus. Vous verrez le Père dom Jean de Sainct-Malachie à Sainct-Bernard ; si vous le hantez, vous trouverez en luy une veine féconde de pieté, de sagesse, et d'amitié pour moy, qui l'honnore réciproquement bien fort. De madame Falin dites-moy un jour à loysir l'histoire, parce que gloriam régis annuntiare justum est. Dieu soit à jamais le cœur de nos âmes. Je suis, Monseigneur, vostre, etc.

A M. le comte de Tornon, commandant-general en deçà des monts, en V absence de Son Excellence,

Sur le voyage que S. François fait dans le Valey, pour' le sacre

de Monseigneur de Sion.

Annessy, 28 novembre 1614.

Monsieur, Thors que Monsieur de Charbennen fut icy, j'estois en un petit voyage que j'ay fait en Tharentayse, pour la consécration de l'église que les Capucins y ont dressée nouvellement, selon la recommandation que Monseigneur l'archevesque de ce

lieu-là m'en avoit faite à son despart. Et dang deux jours je vay en Vaiey, où on doit sacrer Monseigneur de Sion, le seMnd dimanche de l'Advent; ce sera un voyage un peu plus long et qui me tiendra hors de ceste ville presque jusques aux festes. Cependant, les nouvelles de la paix se Fortifieront, Dieu aydant, et madame ma cousine arrivera près de vous, qui me gardera de luy fayre présentement response. J'ay apprins par Monsieur de Noyeret une partie de la négociation de Sainct-Rambert , car il a jugé que vous désiriez que je la sceusae, puisque Monsieur de Charbennen avoit charge de me la communiquer. Si ce bon prince revient, je seray grandement trompé, car à ce que j'apprens, on le porte tousjours plus avant de delà, et il me le signifie luy-mesme par une lettre qu'il m'a fait la faveur de m'escrire. Je prie Dieu qu'il vous comble de contontemens. Monsieur, et suis sans façons, vostre tres-humble serviteur. — François, evesque de Genève.

A M. le tnarquis de Lan^, gauvcrnenr de la Savoije à Mo/if.melian.

Sur lee «Horta du gouverueur île Milan , pour attïrsr le pflïB de Valey au pactj de l'Esiiugoe. A TbMioE . m Mie , 13 deuDhce IGli.

Monsieur, je vous donnay advis à mon despart d'Annessy comme je venois en Valey pour la consécration de Monseigneur l'Evesque de Sion qui, des il y a long-lems, m'y avoit convié; et à la célébration de laquelle j'estois nécessaire en quelque sorte, puisqu'il n'avoit point d'evesque plus proche qui luy peust rendre ce service avec moins d'incommodité que moy. Or, revenant de delà, je me suis treuvé obligé de donner advis à S, A. de l'effort que le seigneur gouverneur de Milan fait pour attirer le pays de Valey au parti d'Espagne, et soustraire cette alliance à S. A., de quoy les fers sont si avant au feu, que ai Saditte Altesse n'y remédie promplement, je ne sçay comme on en pourra empescber les effects. Et desjà les dizains de Comze, de Varagne, de Bringhen et Vespia, sont gaignés, et auroient fait faire le coup, si n'eut esté la vive résistance de Monseigneur de Sion et des autres trois dizains.

Cest advis. Monsieur, est d'importance comme V. E. jugera trop mieux, c'est pourquoy je la supplie d'envoyer ma lettre cyjoincte au plus tost à Saditte AUesse, à laquelle je ne dy pas que

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ces gens-là sont merveilleusement ombrageux et délicats à entretenir, car elle le sçayt bien; mais je luy eusse volontiers dit qu'ensuitte de cela, ils ont treuvé estrange que le seigneur Valdenghe n'ait pas comparu au sacre de leur evesque et à l'assemblée qui estoit assignée à ce jour-là, puisque mesme on leur en avoit donné intention , comme aussi à Monseigneur de Sion , que Monseigneur le Prince-Cardinal luy envoyeroit son anneau episcopal. Que si ledit seigneur Valdenghe ou quelqu'autre de la part de S. A., ne se trouve mardy 16 de ce mois ou soudain après, en l'assemblée générale des dizains qui se doit célébrer, je crains inCniment que l'alliance de S. A. ne se convertisse en celle d'Espagne. Au reste, il ne se peut dire combien de carroux on a fait à la santé de S. A., de Messeigneurs les Princes et de V. E., mes mesmes dimanche passé au festin solemnel, qui ne dura sinon depuis une heure après midy jusques à sept heures et demie du soir ; et V. E. peut penser si passé la première heure, les autres dévoient estre longues à ceux qui ne s'estoient jamais trouvés en telle histoire. Le bon Monseigneur l'Archevesque de Vienne et moy fusmes exempts de carroux, hormis de quatre, à la santé de S. A., de Messeigneurs les Princes, des sept Cantons catholiques, et de Monseigneur le Prince et Seigneur dizains du païs de Valey. Mais nous le fismes encore dans des verres et selon la mesure que nous voulusmes. Toutes les autres santés ne nous furent point présentées, mais elles ne demeurèrent pas sans porteurs.

Il falloit bien. Monsieur, vous dire tout, en gardant pour la bonne bouche, que ce nouveau Prince et Evesque (car ils l'appellent ainsi) est tout brave, dévot, sçavant, gentil et courageux, fort serviteur de S. A., et amy de la Savoye. Je prie Dieu qu'il vous comble, Monsieur, de ses plus désirables bénédictions, et suis sans fin, de V. E., tres-humble et tres-affectionné serviteur. — François, evesque de Genève.

s. François de Sales , à Monseigneur le cardinal Maurice, fils du duc Emmanuel /*% de Savaye.

Le Salnct explique la diipanitioii des pièces relatives à la caïKnlsatioii da B. Amedée,

et nvommande les Pères Bamabttes.

ÂBMSsy. 17 fiebnier 1613.

J'exvoyay au seigneur Raoze, il y a fort long-tems tout ce que j'avois peu recueillir, non-seulement en ce diocèse de Genève , mais encore ailleurs , pour radvancemenl de la canonisation du tres-heureux prince Amé troisiesme; et suis asseuré que le tout a esté receu, ce qui me rendit d'autant plus estonné il y a quelque teras, quand je receus une lettre de V. A. Serenissime, par laquelle elle tesmoignoit d'estre esbahie elle-mesme de quoy il tardoit tant à rendre ce devoir d'obeyssance envers elle et de pieté envers ce sainct ; mais j'ay jugé que le trespas dudit seigneur Ranze avoit esté cause de l'esgarement de ces pièces et de l'apparence par conséquent de la négligence de laquelle je n'a vois pas commis la vérité ; or voilà donc derechef, Monseigneur, des authentiques attestations de Thonneur religieux qui a esté porté à ce bien-heureux prince en divers endroicts, avec un petit mémorial pour la correction de ce que le P. Maleto en a escrit en desordre, faute d'avoir entendu les actes que j'avois envoyez en langue françoise.

Au demeurant, Monseigneur, V. A. nous ayant fait le bien de procurer la venue des bons Pères Barnabites en ceste ville , dont nous la remercions tres-humblement, noiis la supplyons treshumblement aussi, tous tant que nous sommes, ses tres-obeyssans serviteurs de deçà, qu'il playse à sa bonté de vouloir prendre en spéciale protection ceste œuvre de laquelle le fruict sera incroyable et qui portera sa splendeur à la postérité. Si les revenus de ce collège estoient insufflsans pour l'entretenement d'autant de personnes qu'il en faudroit pour faire les fonctions que ces Pères feroient excellemment en un lieu si propre, regardé de tant de nations estrangeres, centre de la Savoye et à la juste distance qu'il faut pour jetter les bons exemples et la doctrine dedans Genève^ V. A., Monseigneur, et en qualité de ce qu'elle est de sa naissance, et en qualité du rang qu'elle tient en l'église, ne pourroit à l'adventure pas plus dignement loger son soing et son zèle, qu'en l'aggrandissement d'un œuvre si illustre, fructueux, sainct, et nécessaire. C'est pour-

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quoy je le supplie en toute révérence de Tembrasser avec ceste pieté qui reluict en elle, et ne cessant point d'invoquer sur sa .personne la grâce céleste, je demeure à jamais, Monseigneur, tres-humble et tres-obeyssant orateur et serviteur de V. A. Ser""® et Rever°'^ — François, evesque de Genève.

s. François de Sales, au Président du Parlement

de Bourgogne,

li se plaint des habitans de Secellos (Seissel), qui refusoient la dixme à son Chapitre de Creneve. et reselarae contre eux l'authorité du Parlement de Bourgogne , pour faire rendre justice à son Eglise.

Apres le 4 mars 1615.

Monsieur mon frère, il faut que je vous parle à cœur ouvert : car à qui donc? Depuis que je suis en ceste charge d'evesque, rien ne m'est arrivé qui m'ayt tant affligé que ce mouvement fait par les syndics et plusieurs des habitans de Secelles , contre la pieté et la justice.

Ils ont depuis peu un procez avec mon Chapitre, à rayson des dismes qu'ils prétendent ne devoir payer, quant au blé, que de trente gerbes Tune, et quant au vin, de soixante charges l'une. J'ay tasché de tout mon pouvoir d'accommoder ce différend à l'amiable; mais il n'y a jamais eu moyen, ces bons habitans ne voulant subir ny sentences ny expediens, sinon que l'on fasse à leur volonté.

Pendant ce procez, ils ont estimé que la force leur seroit plus favorable que la justice; et, après plusieurs menaces qu'ils ont faites, ce que le sieur lieutenant de Bellay aura, je m'asseure, remonstré, si je ne me trompe, il y a eu un extrême mespris du devoir que Ton a aux magistrats, et une trop furieuse passion contre les curez et ecclésiastiques. Je suis donc affligé si ceste violence n'est reprimée ; car elle croistroit tous les jours davantage : d'ailleurs, je suis aussi affligé si on chastie cette mutinerie, parce que les mutins sont mes diocésains et enfans spirituels.

Toutes choses bien considérées, je désire le second, d'autant •qu'enfin il faut un peu d'affliction aux enfans, à ce qu'ils se corrigent, puisque les remonstrances n'ont servi de rien : et vaut mieux que je pleure leur tribulation temporelle, que s'ils se precipitoient en l'éternité. Tout plein de bons personnages de ces

lieux-Ià sont marrys de ce soulèvement ; ils n'ont peu toutesfois arrester le torrent de ce desordre. Or, forcé de mon devoir, j'envoye ces deux porteurs, qui ont esté plus que tesmoins oculaires de ce fait, surtout M. Roges, doué d'une incomparable probité, prédicateur fort capable, contre lequel ils esmeurent les femmes, pour le faire jetter dans le Rhosne par ce sexe facile à s'esmouvoir, comme s'il eust parlé contre l'honneur de toutes; de quoy s'excusant : Helas! dit-il, j'avois si grande peur parmy ces gens, que, quand j'eusse parlé mal toute ma vie, je me fusse bien teu alors.

En somme, il me semble que ceste insolence est trop publicque pour estre dissimulée , trop fascheuse pour demeurer impunie , trop dangereuse pour n'estre pas reprimée. Me remettant neantmoins entièrement à vostre prudence, je vous supplye seulement qu'il vous playse, Monsieur mon frère, me favoriser, à ce que mon Eglise subsiste en ses droicts, et que désormais ces gens-là demeurent en devoir.

ccxxn.

A Son Altesse Charles-Emmayinel /^% duc de Savoye.

Sainct François recommande à S. A. les habltans de la ville d'Annessy.

Annessy, 15 mars 1615.

Monseigneur, la ville d'Annessy recourt à la bonté de S. A. pour une gratification, laquelle cy-devant luy avoit desjà esté accordée et de laquelle la continuation luy est d'autant plus nécessaire que ses incommoditez ont prins beaucoup d'accroissement. Or, elle espère principalement à l'entremise de S. A. S., Monseigneur, pour obtenir ce soulagement, et je joins ma treshumble supplication à celle que son premier syndique présentera, affin qu'il playse à la douceur de V. A. de favoriser ce pauvre bon peuple, qui, avec moy, ne cesse point d'invoquer la D. M. sur la personne et les intentions de S. A. et de la vostre, Monseigneur, de laquelle je suis tres-humble et tres-obeyssant serviteur et orateur. — François, evesque de Genève.

l'evesque. 29

S, François de Sales, à M. Deshayes.

On fait de nouvelles tentatires pour attirer S. François en France , et il marque de nouveau l'opposition qu'il y sent. Il remercie M. Deshayes d'une expédition procurée à madame de Gouffier, et de l'unyon d'un petit bénéfice à son Chapitre, aussi bien que de la peine quHl avoit prinse pour demander à M. le chancelier un privilège pour l'impression de quelques ouvrages. Enfin il s'estend assez au long sur les dispositions d'esprit du fils de son amy, qui estudioit dans le collège d'Annessy, et termine sa lettre en luy disant que le duc de Savoye avoit battu les Espagnols.

Annessy, le 3 may 1615.

Monsieur, je respons donc à part à vostre lettre du 10 avril , que je receus avant-hier 1®' de may, et n'ay rien presque à dire en celle-çy sur ce subjet-là; car je parle tout à la bonne foy, et ne puis croire que l'on voulust me retirer au delà qu'avec la bienséance, sans laquelle je ne puis ny veux y aller, puisque je ne pourrois le vouloir sans offenser Dieu et perdre ma resputation, de laquelle pourtant en tout cas , mais en celuy-là particulièrement, j'aurois tant de nécessité.

Vous sçavez bien, Monsieur, qu'il faut plus de subjet pour faire remuer les vieilles gens que les jeunes, et que les vieux chiens ne prennent jamais le change qu'avec advantage. Au bout de là, je suis en vérité si peu de chose, que je ne suis pas mesme sans honte de voir l'honneur auquel, vous, Monsieur, et celuy qui vous a fait la proposition, avez pensé pour moy. Je croy que vous jugerez bien que je ne puis point faire d'autre response à une proposition si générale.

Maintenant je respons à deux autres lettres que je receus le mois passé, et tousjours obligé de vous remercier, puisque tousjours vous ne cessez de m'obliger. Je vous remercie donc treshumblement de l'expédition de madame de Gouffler, et de celle du petit bénéfice uny à mon Chapitre, vous conjurant. Monsieur, de me faire sçavoirla despense que vous aurez fournie pour l'un et l'autre, affin que j'aye tousjours la confiance de me prévaloir de vostre couptoysie entremise es occurrences, laquelle, certes, je n'oserois plus employer, si elle vous devoit estre onéreuse en autre chose qu'en vostre peine et vostre soing.

Je vous remercie encore. Monsieur, de la peine qu'il vous a pieu de prendre pour sçavoir si je pourrois obtenir un privilège pour l'impression de ces petites besongnes que je pourrois faire d'oresenavant : et puisque M. le chancelier ne treuve pas à propos de me l'accorder, sinon pour le libraire que je luy nom-

meray, il me semble que je dois laisser ce soing-Iâ au libraire Diesme, qui obtiendra le privilège pour soy à raccoustumée. Mais je serois marry que M. le chancelier creustquej'eusse voulu tirer conséquence du grand cardinal du Perron, à moy qui serois, certes, un téméraire soiindaleux si je pensois ni'apparier en privilège à cest homme sans pair en doctrine, éloquence et mérite : aussi n'a-ce pas esté sur ses livres que ce désir m'estnit venu , mais sur des autres, comme par exemple de M. Valadier. qui a fait imprimer l'an passé ses sermons sous un tel privilège, et de plusieurs autres, qui m'a fait estimer que ce n'esloit pas un privilège tant spécial ; mais puisqu'il l'est , je ne le désire plus.

Reste vostre fils , qui en vérité a un cœur fort bon , et l'esprit encore meilleur; mais, comme vous le dites. Monsieur, est un peu friand et brillant, et pour cela nous tascherons de l'occuper fort. !1 va en classe , et pense monter à la Saincl-Remy à la seconde. Il va commencer à apprendre l'escriture d'un brave maistre que nous avons icy. Les Pères n'ont pas encore esté d'advis qu'on le misl aux mathématiques de quelques mois, et j'avois treuvé un de nos chanoines qu'il l'eust fort volontiers enseigné.

Le dimanche de Quasimodo il monta en chaire pour reciter un poëme héroïque de la résurrection de Nostre-Soigneur. Il ne se peut dire de quelle grâce, avec quelle asseurance, avec quelle beauté d'action il prononça ceste besongne. Je luy dis après, qu'il avoit parlé avec beaucoup de hardyesae, et il me respondit qu'il ne falloitpas craindre en bien faysant. Au demeurant, il m'aymo et me respecte extrêmement, avec une crainte infinie de me fascher, et je croy que je mesnage bien ce talent avec luy; de le tenir trop serré, cela luy nuyroit. Il commence à prendre un peu de sentiment de resputation qui luy sera utile, car les remonstrances qu'on luy fait de la part de l'honneur le touschenl.

Je suis marry que nostre collège n'est pas en si bon terme comme la bonté et sufQsaoce de ces Pères qui le gouvernent maintenant nous promet qu'il sera bientost. Mais puisque nous aurons l'honneur de vous voir dans quelque tems, nous parlerons un peu ensemble de tout ce qui est requis pour la bonne conduilte de ce cher enfant, qui est fort aymable ; ce qui réussira comme j'espère, extrêmement bien : et sans double ça esté une vrayc inspiration céleste qui vous donna la resolution de le re- ' mettre un peu aux lettres; car la vivacité de son esprit l'eust mis en grand danger en ceste autre profession , pendant ces deux ou trois ans.

Son Altesse a battu ces jours passez les Espagnols, mais non

pas avec une grande effusion de sang. Il suffît qu'en ces trois ou quatre petites rencontres Dieu a tousjours favorisé la cause du plus foible. Je pense que c'est pour advertir le plus fort de n'estre pas si vigoureux. Je suis trop long, mais pardonnez au playsir que j'ay de vous parler en la façon que je puis. Je prie Dieu qu'il vous comble de prosperitez, et suis, Monsieur, vostre, etc.

s. François de Sales, à l'empereur Mathias.

Le Salnct s'excuse de ne pouvoir assister à la diète de Ratisbonne , convoquée le 1" f ebvrier 1615, pour demander du secours aux princes de l'Empire contre les Turcs , et à laquelle il fut invité comme prince de l'Empire et souverain de la ville de Genève.

Serenissimo et Invictissimo rom. imper. Matthias , semper augusto.

Quam vellem, Imperator Augustissime, mandatis majestatis vestrœ Cœsare ad amussim obtemperare posse, Comitiis nimirum imperialibus, quse nuncindicit, interesse, ingenium, si quod in me sit, operamque meam honorificentissimis suis conatibusimpendere,acdenique augustissimum invictissimi Csesaris vultum coram venerari! Verum haereticorum Gebennensium rebellio, quœ episcopalem hanc cathedramomni penitus rerum humanarum praesidio, per summam perfidiam spoliavit, efficit ne quod volo bonum, hoc faciam. Quare quod superest, Serenissime Cœsar, nunquam intermittam, quin Deum optimum maximum sacrifîciis, precibusque pla-

Annessy, 9 may 1615.

Tres-auguste Empereur, je voudrois à la vérité pouvoir tousjours dresser mon obeyssance au niveau des commandemens de Vostre Majesté Impériale. Je desirerois bien d'assister aux assemblées qu'elle publie, d'employer mon industrie, toute telle qu'elle est, et mon travail, à ses treshonnorables entreprinses, et de rendre en personne l'homnxaige et l'honneur que mérite la tres-auguste face de l'Empereur catholique : mais la rébellion des hérétiques genevois, qui, par une trèsgrande perfidie, a totalement despoiiillé ceste chaire episcopale de secours humains, empesche que je ne fasse le bien que je veux :

si est-ce que je n'obmettray jamais ce qui me reste seulement, de prier en mes oraysons et sacriQces le Dieu tout bon et tout-puissant, qu'il envoie èiVo^ivQ Majesté Impériale son secours d'en-haut, et qu'il confirme tout son conseil.

De Vosire Majesté Impériale care contendam, ul tribuat tres-auguste , etc. tibi auxilium de sancto, et

omne tuum piura consilium confîrmet. Amen.

S, François de Sales, à Monsieur le curé de Gex.

Conseils du Salnct sur les maryages entre les catholiques et les protestans.

Lel4aoust 1615.

Monsieur le curé, ceste remarquable qualité de catholique que ce porteur possède, me fait luy désirer du contentemeut. Je desirerois neantmoins qu'il en eust sans préjudice de ma paroUe , et ne doubtant point que les sieurs Gay et Choudens ne l'accommodent volontiers à mon intention, je vous prie de faire avec eux qu'ils associent ce personnage qui, pour Tappuy qu'il aura de M. de Siccard et de M. de La Faye, pourra beaucoup pour rendre la ferme plus utile; que s'ils ne l'accommodent pas à mon désir, je vous prie de surseoir et me venir voir. Pour le maryage, je ne vois ny petite ny grande apparence que je le puisse treuver bon ou advoiier sans desclaration de la fille, et ne sert à rien de m'alleguer des exemples; car les Evesques qui les permettent peuvent avoir plus d'authorité que je n'ay pas; et comme ils ont, je m'asseure, bien de quoy respondre de leurs actions, aussi respondray-je, comme j'espère, des miennes : je ne doubte point que les maryages des catholiques et hérétiques ne soient bons quand ils sont faits, mais de les permettre et faire bénir, le Pape mesme ne le fait pas. Je sçay qu'il arrive des conséquences peu désirables, mais je m'arreste à mon devoir. A tant, vous prions d'avoir tousjours bon courage parmy ces petits tracas. Je supplie Nostre-Seigneur qu'il vous comble de ses grâces et suis. Monsieur, vostre plus humble confrère. — François, evesque de Genève.

l'evesque. 33

s. François de Sales, à Monseigneur le Prince de Piedmont {Victor-Amedée).

Le Sainct Tinstruict du bien qae doit procurer aux peuples de Thonon et des environs Testabllssement des Pères Bamabltes dans ceste Tille ; il luy expose en niesmo teois les vœux qu'ils font pour la canonisation du bien-heureux Amedée.

3 septembre 1615.

Monseigneur, suivant le commandement de Vostre Altesse, je suis venu icy pour procurer Tintroduction des Pères Barnabites en la saincte raayson de Nostre-Dame de Compassion, et enfin le traitté de ceste affaire est parvenu jusqu'à Tarresté cy-joinct(l).

Or, il ne se peut dire combien l'advancement des Pères Barnabites en ces contrées de deçà sera utile pour celuy de la gloire de Dieu, non-seulement pour la confirmation de la foy parmy ces bons peuples, qui, à la faveur de l'incomparable courage et rare pieté de Monseigneur, père de Vostre Altesse, ont esté remis dans le giron de la saincte Eglise catholique; mais aussi pour la confusion des ennemys de la foy, qui environnent de toutes parts ceste province, de laquelle il ne se peut faire que le bien spirituel ne s'escoule petit à petit sur le voysinage, qui, par ce moyen, pourra recevoir insensiblement de grandes dispositions pour se convertir et réduire au devoir.

Mais encore. Monseigneur, je ne puis me retenir que je ne tesmoigne la joye que je sens de quoy, par la venue de ces bons Pères en ceste ville, nous verrons refleurir le sainct service divin dans l'église de Sainct-Augustin, fondée par le fameux Amedée, grand aïeul de Vostre Altesse, et en une ville honnorée de la naissance de cest excellent serviteur de Dieu, le bien-heureux Amedée, duquel nous respirons la canonisation avec des désirs

(1) L'arrêté dont il est parlé ici était que le prieure conventuel de Contamine demeurerait aux Clercs réguliers de Saint- Paul, dits Barnabites, avec tous ses droits, fruits, revenus et appartenances quelconques; que les Pères Barnabites auront soin du collège , et tiendront pour les lettres humaines quatre professeurs, qui enseigneront jusqu'à la rhétorique inclusivement, instruiront les eufants du séminaire , célébreront les offices divins , selon leurs Constitutions , dans l'église de Saint- Augustin , entendront les confessions, feront les catéchismes, et prêcheront selon leur coutume, etc. C'est pourquoi S. François leur remit l'église de Saint- Augustin, avec sa maison, sa place, ses jardins et son cimetière. Quant au reste , ils furent obligés à toutes les charges du prieuré , et à donner, quand il serait à propos , des Pères de leur ordre , pour enseigner la philosophie et la théologie, etc.

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